
La couleur a un effet feel good et dynamisant, en jouant un rôle stratégique dans nos intérieurs. C’est un médium sensuel, intuitif, délicat, risqué, osé, un agent de différenciation, exprimant l’individualité, une irrésistible fantaisie, avec un répertoire infini, porte-parole identitaire et plus qu’un simple composant décoratif. C’est la première perception d’un objet qui a un impact visuel et transmet un message immédiat.
Principe actif, elle agit sur les sens et les émotions. Provocante et attirante, elle rythme l’ordonnance d’un salon, accompagne le bouleversement des normes ou les lignes pleines de distinction. Elle se fait matière et texture et raconte un processus de transformation des matériaux, une évolution des techniques, un savoir-faire industriel autant qu’un procédé artisanal dans la maîtrise des teintures, pigments naturels ou artificiels. Et en fonction de sa couleur, un matériau délivre une impression différente. Oui, la couleur crée de la valeur et ennoblit un objet.
Un lieu manifeste
Dans le nouveau musée PoMo, créé par la designer franco-iranienne India Mahdavi, et l’architecte norvégien Erik Langdalen, la couleur est mise à l’honneur sur cinq étages et 4000 m2 d’exposition. L’écrin est sobre, avec des murs blancs et des effets de contrastes, des associations de teintes vibrantes : pour s’associer au rose, peinture orange mandarine dans l’escalier principal, sol en terrazzo vert dans la salle de lecture qui fait écho aux fresques du plafond… On peut y piocher de belles idées d’harmonies. Le rose calme le jaune, rehausse le brun, dynamise le beige ou le gris, pour les rendre moins classiques, brise les codes dans un univers masculin. Ses vertus sont nombreuses en décoration.

La couleur préférée d’India Mahdavi est certes le rose, mais elle la considère aussi comme un état d’esprit, une façon de penser et une attitude positive. Décor hollywoodien pour le restaurant Le Sketch à Londres, salle de bains rose Marshmallow pour l’éditeur de carrelage Bisazza, réfectoire bigarré pour la Fondation Luma à Arles, elle l’utilise sans modération. Ici, à Trondheim, sur les rives du fleuve éponyme, elle a ressorti ses crayons pour donner une seconde jeunesse à l’ancien bureau de poste principal, Posten Modern. Dans ce véritable hymne à la couleur, elle a confronté sa teinte phare au béton, à l’acier et à d’autres teintes vives et denses, comme le rouge ou violet.
Osez le rose
Le spécialiste de la couleur et historien Michel Pastoureau dévoile l’ambivalence du rose, couleur à la fois adorée et mal-aimée dans notre culture européenne. Son aspect genré est récent et ne date que du XIXe siècle. Les références au rose sont légion : esprit shocking du rose bégonia du flacon de parfum d’Elsa Schiaparelli, dès 1936, élégance du tailleur de Jackie Kennedy, humour décalé de La Panthère rose, légèreté de la palette de Picasso, esprit kitsch des sculptures « mignonistes » de Philippe Katherine…

Le designer iconoclaste Gaetano Pesce considérait le rose comme la couleur du futur car, selon lui, l’avenir est féminin. Auteur d’un pavillon rose, un cube de 8 m de côté, dédié aux ateliers pour enfants à la Triennale de Milan, il a ainsi exprimé son désir de voir changer l’architecture. Le designer Karim Rashid, avouant que ses parents l’habillaient toujours en rose, a été un pionnier dans l’utilisation décomplexée du rose. On se rappelle aussi des associations du rose flashy avec l’orange et le rouge du maître de la couleur Christian Lacroix, très haute couture. Pastel, nude, églantine, saumon, ocre ou pêche, mat, satiné, brillant ou fluo, tous les roses n’adressent pas le même message.
Et si vous aimez les couleurs, vous devriez craquer pour cette capsule :
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