
Paris, 28 avril 1925, l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes consacre le triomphe de l’Art déco. Alors à son apogée, ce premier mouvement universel, sans véritable unité conceptuelle et trop diversifié pour être un style, témoigne de l’importance du beau et s’exprime à travers l’architecture, le design d’intérieur, le mobilier, la verrerie, la joaillerie… De l’univers du vitrail à la céramique, en passant par le domaine des arts de la table, l’argenterie, tissus d’ameublement et papiers peints, matériaux et techniques ont succombé à l’appel de l’Art déco.
Ce dernier succède alors à l’Art nouveau, tendance géométrique, avec un glissement vers la simplicité des formes, abandonnant les lignes organiques et le trait dit « en coup de fouet », inspirées de l’univers végétal. Il se décline à travers de luxueuses créations : tapis, meubles et paravents en laque, revisitant la technique japonaise dans un esprit occidental contemporain, placages de bois précieux… Tous font appel aux meilleurs artisans et maîtres d’art. Tandis qu’une évolution plus démocratique, en parallèle au Modernisme, exploite les matériaux plus industriels comme l’acier, le verre. Dans les années 1980, il a connu une renaissance avec la vague postmoderniste… Aujourd’hui, alors que le mouvement célèbre son centenaire, de nombreux créateurs s’en inspirent et le revisitent…
Les dialogues esthétiques de Tim Leclabart
Il dessine des pièces alliant héritage, réinterprétation et contemporanéité. Le fauteuil Jane, avec sa courbe rythmée en bois et d’aluminium, fait écho aux fauteuils « paquebot », renvoie à la géométrie de ceux de Jules Leleu, André Groult ou Pierre Chareau. « Dans ma manière de concevoir un objet, je pars toujours d’un cube ou d’une sphère que je viens tailler, découper, réduire à la manière d’un sculpteur. Dans cette collection, ces formes géométriques sont omniprésentes, mettant en lumière à la fois l’infini de l’espace et mon processus de création intérieur. »

Tim recherche la justesse de la ligne où l’épure est au service de l’esthétisme, le choix de matériaux nobles, chêne massif, merisier, noyer ou pierre de lave, la collaboration avec des artisans. Avec son Totem Axis, Tim Leclabart invoque un esthétisme formel historique en faisant référence à la colonne infinie de 1938 de Constantin Brancusi, sa forme, sa répétition, ainsi que l’importance du socle. Grâce à la technologie LED et l’utilisation de la résine translucide, il la transforme en un objet lumineux.
L’élégance épurée de Maxime d’Angeac
Sa collection Contrepoint est composée de douze pièces de mobilier, deux tapis, trois lampes, des panneaux décoratifs et un miroir. Les matériaux somptueux jouent avec la lumière et les reflets pour créer un équilibre harmonieux entre forme et fonction. La finesse du dessin de Maxime d’Angeac, immédiatement identifiable, affleure par des harmonies de matières, des géométries et des textures, une subtile préciosité reprenant les codes du confort, l’aisance maîtrisée de l’Art déco.

Sensation d’apesanteur du fauteuil Métronome, précision sculpturale du guéridon Legato, jeu de matières pour le tabouret et table d’appoint Diapason, dont la forme est inspirée du bilboquet, chaque création défie la perception. Le canapé Point d’Orgue réinterprète la géométrie classique, tandis que le bureau Tempo et le fauteuil Mezzo offrent des volumes raffinés. La collection est complétée par deux tapis exclusifs, des bas-reliefs exceptionnels d’Etienne Rayssac et des dessins architecturaux d’Alexey Rezvy, tissés de façon harmonieuse dans un récit où s’équilibrent les matériaux, le mouvement et l’art.
La fantaisie maîtrisée de Dorothée Meilichzon
Fondatrice de l’agence de design global Chzon, Dorothée Meilichzon, à travers sa rénovation de l’hôtel Bachaumont de Paris, a dévoilé son talent pour jouer avec les formes et motifs géométriques : têtes de lit à larges cannelures recouvertes de tissu, effets de contrastes bicolores, usage immodéré du noir et blanc, damiers, rayures, jeux de cercles.

Tandis qu’à l’intérieur de l’hôtel Regina Experimental de Biarritz, ces têtes de lit s’imposent comme des puzzles cubistes. Le comptoir en forme de paquebot est un hommage à l’architecte et designer Eileen Gray. Et dans les canapés et fauteuils du terminal 2 G de l’aéroport de Paris Charles-de-Gaulle, on peut reconnaître les boudins de son fauteuil Bibendum.
L’art de la courbe, du demi-cercle et de l’arche est exploré dans l’hôtel Il Palazzo Experimental de Venise. En version bohème chic, l’influence Art déco des années 1930, emprunte de parfums ethniques, se manifeste dans les intérieurs de l’hôtel Montesol à Ibiza.
La sophistication inventive d’Hervé Van der Straeten
Sculpturales et radicales, audacieuses et graphiques, pensées pour des espaces généreux, les pièces signées Hervé Van der Straeten se distinguent par une haute qualité d’exécution et font appel à de nombreux savoir-faire : patine, ciselure, laquage, marqueterie de paille, gainage de parchemin, acier poli, aluminium anodisé, cristal…

Dans ses ateliers d’ébénisterie et de bronzerie d’art, labellisés, depuis 2007, « Entreprises du Patrimoine Vivant », sont produites des créations faisant référence à l’univers du bijou et de l’orfèvrerie, dont certaines font partie du Mobilier National et ont été installées à l’Elysée. Sa dernière collection, Antidote, illustre une exubérance tempérée. La virtuosité des créations se décline notamment à travers un cabinet en ébène orné d’un bandeau en lapis-lazuli, serti de bronze doré, et fermé par un cristal de roche (700 heures de travail). Elle inclut des techniques expérimentales, comme ce miroir recouvert d’une laque interférentielle virant du rouge au vert, lorsqu’on passe devant.
Encore plus contenu «maison» avec notre interview du designer Tom Dixon :
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