« Vous, les femmes, êtes tellement un trésor imperceptible », nous dit l’acteur et humoriste. Pas par flatterie ni bienséance, juste parce que son rapport à la femme est celui-là : rempli de gratitude – pour sa mère, à qui il rend hommage à chaque fois qu’il monte sur scène – et pour les filles aux côtés desquelles il s’est déguisé en femme, pour la première fois, pour amuser la galerie et s’amuser, lui. Un costume parmi tant d’autres pour aussi brouiller les pistes afin qu’on ne décèle pas l’« état réel » de son « origami » (titre de son dernier spectacle) émotionnel. Derrière un Ahmed Sylla caméléon, mais toujours drôle se cache une véritable acuité à comprendre les autres et soi, à se fondre dans la masse (malgré sa taille) pour, au final, briller.
Ahmed, quand on vous voit, on se dit que aimez la mode et être bien sapé. Cela a toujours été le cas ou c’est venu avec le succès ?J’ai un très bon styliste en vrai ! (sourire). C’est-à-dire que dans la vie de tous les jours, je ne vais pas aller chercher des pièces, des marques un peu niche. Je n’ai pas la mode à proprement parler en moi.Mais ça fait partie du job ? Pour certains, les vêtements sont même une armure…Je ne le vois pas comme une armure, mais j’aime être bien habillé en fonction des occasions. J’arrive à m’adapter, c’est ça mon truc. On peut être un vrai caméléon avec les fringues, et c’est ça que je trouve sympa.Êtes-vous un caméléon de manière générale ?Oui, je l’ai toujours été par la force des choses parce que j’ai évolué dans des milieux qui ne me ressemblaient pas forcément. Et il faut alors s’adapter, faire en sorte que les autres puissent nous remarquer, et ne pas s’effacer, faire partie du groupe.Quels étaient ces milieux qui ne vous ressemblaient pas ?Je suis né et j’ai grandi dans un quartier sensible de Nantes. Et toute ma scolarité, de mes primaires jusqu’à mes études secondaires, j’étais dans des écoles privées catholiques. Donc avec des cultures différentes, une religion différente, une richesse différente, un milieu social différent. Tout ça a fait que j’ai dû m’adapter.Et en grandissant, vers 14-15 ans, vous découvrez l’art de la scène. C’est une façon aussi d’être quelqu’un d’autre…Oui. La vraie histoire, c’est que je fais rire en cours, tout le temps. En fait, je ne vis que pour ça. C’est ma passion d’entendre les petits rires de mes camarades. Et mon vrai kiff, c’était de faire rire les profs, même si parfois je les agaçais. Et il y avait un petit groupe de théâtre de filles qui était en option théâtre à côté. Elles jouaient la pièce « 8 femmes » et il leur manquait quelqu’un. Les filles m’ont dit : « Gars, tu fais rire tout le temps, s’il te plaît viens faire du théâtre avec nous. Essaie au moins ». Quand on est ado, un peu nul, on se dit qu’on ne va pas faire ça. Et j’ai essayé… et je ne les remercierai jamais assez de m’avoir forcé !Vous étiez dans un groupe uniquement de femmes et, des années plus tard, vous continuez à vous déguiser à la perfection en femmes, en en jouant dans vos sketches…Mais c’est un vrai plaisir…Et le regard des autres, à l’adolescence, quand vous vous retrouviez en femme sur scène, vous vous en fichiez ?…Spectacle Origami, le 11 décembre 2025 à Forest National.