
Il est 17h30, le 24 décembre. Vous êtes dans une boutique surchauffée, l’œil hagard, coincée entre une pile de beaux livres et des coffrets de thé « Nuit Calme ». Quand soudain la voilà : la bougie parfumée. Trop chère pour ce qu’elle est, mais esthétique et rassurante. Vous ne savez pas si votre cousin porte du 42 ou du 44, vous ignorez s’il a arrêté le gluten ou s’il déteste la céramique. Mais vous savez une chose : il a un toit, et il a donc probablement besoin que ça sente la « Forêt de Pins » ou la « Brioche Gourmande ». Emballé, c’est pesé ! Félicitations, vous venez de dégainer le passe-partout universel.
Pourquoi certains cadeaux de Noël tombent toujours à côté de la plaque ?
La Suisse du cadeau
Soyons honnêtes : la bougie, c’est le cadeau par défaut qui sauve la mise quand on ne connaît pas vraiment les gens. Le seul truc qui marche avec tout le monde, de la collègue de bureau à la cousine éloignée. C’est la Suisse du cadeau. Un parfum, c’est quitte ou double. De la déco, c’est imposer son goût chez les autres. La bougie, c’est ce petit message subliminal : « Je t’apprécie, j’ai mis le prix, mais honnêtement, je ne sais pas du tout ce que tu aimes dans la vie ». C’est un peu le service minimum de l’amitié.
Sans parler de cette hiérarchie sociale impitoyable liée au choix du modèle. Car tout le monde juge la provenance du pot en verre, même ceux et celles qui disent le contraire. Le message d’une bougie Ikea est clair : « J’ai pris ça en passant à la caisse après avoir acheté mes boulettes sauce lapin, joyeux Noël ». À l’inverse, certaines marques au format magnum impose par essence son statut. On n’offre pas une odeur, mais un objet de déco statutaire qui trônera sur la cheminée (et finira en vase ou en pot).
Mais le plus drôle dans ce cadeau reste sans doute le sous-texte passif-agressif qu’on refuse de voir. Offrir du savon ou du déo ? Grossier. Mais offrir une bougie « Feu de Bois » ? Quelle élégance ! Pourtant, le message est sensiblement le même : « Ton appart manque d’âme, ou alors ça sent le chien mouillé, tiens, prends un peu de cèdre du Liban, ça nous fera du bien à tous ».
Verdict ?
Alors, est-ce la bougie est officiellement le pire cadeau du monde ? Il serait tentant de dire oui, tant c’est le cadeau du renoncement. C’est aussi l’un des objets les plus « regiftés » de l’histoire (celui que l’on refile à l’instituteur ou l’institutrice du petit dernier en juin).
Inutile d’être snob néanmoins. Car quand janvier arrive, qu’il fait nuit noire à 17h et qu’il pleut à l’horizontale, craquer une allumette et s’allumer une bougie qui sent bon, c’est une petite thérapie à moindre coût. Oui c’est cliché et impersonnel au possible. Mais qu’est-ce que ça sent bon la tubéreuse ! Allez, je vous en prends deux.
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