Vieillir autrement : ce que le Japon a compris bien avant nous

Vieillir autrement : ce que le Japon a compris bien avant nous - Anissa Hezzaz

Effacer le temps qui passe et courir après la jeunesse éternelle semblent être les nouvelles obsessions de notre époque. Ne pas faire son âge, paraître toujours plus jeune, afficher une peau lisse et lumineuse : autant d’injonctions que l’on finit par intégrer sans même s’en rendre compte. Mais comment rester jeune le plus longtemps possible sans passer par la case bistouri ? Pour percer une partie du mystère, nous nous sommes rendus au Japon, invité par Yakult, la marque japonaise emblématique.

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D.R

En Belgique, l’espérance de vie atteint aujourd’hui 82,4 ans. Au Japon, elle se rapproche plutôt des 85 ans, et dépasse même ces chiffres dans certaines régions comme Okinawa, véritable légende des « zones bleues ». Là-bas, les centenaires ne sont pas des anomalies statistiques : ce sont des voisins, des cuisinières, des marcheurs matinaux qui s’étirent au soleil comme si le temps leur appartenait encore. Comment une société vieillissante parvient-elle à préserver autant de vitalité ?

Le repas comme cérémonie active

Au Japon, vivre longtemps n’est pas un argument marketing : c’est un mode de vie profondément ancré. Le premier secret tient dans le hara hachi bu, ce réflexe simple, discret, presque méditatif, qui consiste à poser ses baguettes lorsque 80 % de la faim est comblée. Rien d’austère, juste une manière de manger en conscience, permettant au corps de digérer mieux, d’enflammer moins et de laisser l’énergie circuler sans surcharge.

L’autre secret, omniprésent, est la fermentation. Ici, le miso n’est pas une tendance : c’est une respiration culturelle. Le natto file entre les baguettes, le tsukemono craque sous la dent, le saké kasu parfume les ragoûts, et chaque bouchée nourrit autant le corps que ce mystérieux écosystème intérieur qu’est le microbiote.

Fermenter pour mieux vivre

On sait aujourd’hui que notre microbiote se construit dès la naissance et se diversifie au fil de l’environnement et de l’alimentation. Mais avec l’âge, cette diversité a tendance à diminuer, laissant davantage de place aux micro-organismes pro-inflammatoires. « Maintenir un microbiote diversifié tout au long de la vie est essentiel », rappelle le microbiologiste belge Bruno Pot lors d’une rencontre à Tokyo.

L’alimentation joue un rôle primordial dans cette diversité. Les fibres alimentaires, notamment, sont transformées par les bactéries intestinales en acides gras à chaîne courte (AGCC). Ces AGCC constituent une source d’énergie précieuse pour les bonnes bactéries naturellement présentes dans l’intestin, pour les cellules immunitaires et pour les cellules de la paroi intestinale elle-même.

Les aliments fermentés, quant à eux, apportent directement de bonnes bactéries à notre microbiote. Bruno Pot explique comment l’alimentation occidentale, pauvre en fermentations, contraste avec le régime japonais, riche en aliments fermentés. Résultat : une digestion plus douce, une meilleure absorption nutritionnelle et une inflammation plus basse, ce marqueur central de longévité.

Même l’intolérance au lactose trouve une réponse dans les produits fermentés. En effet, certaines bactéries lactiques produisent une enzyme (la lactase) qui permet de digérer le lactose, avec à la clé un confort intestinal amélioré.

En Europe, seule une personne sur cinq consomme régulièrement des aliments fermentés : une différence culturelle immense. Cette philosophie du vivant s’étend jusqu’à la peau. Les routines japonaises, moins médiatisées que celles de Corée, sont pourtant tout aussi précises. Dans les hôtels, lotions et sérums sont aussi courants que le thé vert. La beauté n’est pas une coquetterie : c’est une hygiène quotidienne. Tout commence par une huile démaquillante pour dissoudre les impuretés, suivie d’un nettoyage doux, d’une lotion hydratante à tapoter et d’une crème aqueuse pour sceller l’hydratation. Une chorégraphie adoptée autant par les femmes que par une Gen Z masculine qui assume désormais pleinement d’y investir du temps… et de l’argent.

Les seniors, piliers sociaux

La longévité japonaise tient aussi à la place que la société accorde à ses aînés. Dans un parc de Toshima, l’un des vingt-trois arrondissements spéciaux de Tokyo, un homme balaie les feuilles tombées au sol avec une tranquillité désarmante. Yoshichika Komatsubara, 73 ans, ancien directeur marketing, se décrit simplement : « Je garde un rythme, et je m’amuse. » Il connaît les arbres de « son » parc par cœur, salue les passants, discute, observe. Il incarne une vieillesse debout, intégrée, loin de l’isolement que l’on constate parfois chez nous.

Vieillir autrement : ce que le Japon a compris bien avant nous - Anissa Hezzaz
Yoshichika Komatsubara, 73 ans, ancien directeur marketing

Un peu plus loin, Kazumi Yamazaki, 83 ans, ex-manager d’un centre sportif, supervise aujourd’hui le comité féminin du Silver Human Resources Center (SHRC) auquel elle appartient. Ces centres, nés d’une loi encourageant les entreprises à employer les 65+, permettent aux seniors de continuer à travailler à leur rythme, de rester utiles, de rester en lien.

Kazumi raconte qu’elle a longtemps accompagné les scouts lors de randonnées : « Je suis plus occupée aujourd’hui que lorsque j’étais manager », rit-elle, avant d’ajouter : « Être entourée de jeunes, c’est ce qui me maintient en vie. »

Vieillir autrement : ce que le Japon a compris bien avant nous - Anissa Hezzaz
Kazumi Yamazaki, 83 ans, ex-manager d’un centre sportif.

L’intégration sociale des aînés est presque palpable. Là où l’Europe tend parfois à mettre de côté ceux qui vieillissent, le Japon ouvre des espaces, crée des postes, invente des liens.

Et pour celles et ceux qui n’auraient plus la force de se déplacer, un autre réseau prend le relais : les Yakult Ladies. Plus qu’un simple service de livraison, elles tissent un véritable filet social. Avec leurs glacières et leurs vélos, elles visitent entre 20 et 25 clients par jour, vendent, conseillent, discutent. Leur Courtesy Visit Program transforme chaque livraison en visite de courtoisie : un sourire, une conversation, une présence. Comme une tournée Tupperware, mais avec un impact sanitaire bien réel. Yoshichika et Kazumi avouent d’ailleurs boire un Yakult chaque jour.

Sugamo, la capitale des grands-mères cool

Au Japon, on dit qu’à 60 ans, on recommence sa vie. Le respect des seniors est omniprésent : dans les transports, la rue, les restaurants, les personnes âgées sont vénérées, protégées, presque célébrées.

À Tokyo, le quartier de Sugamo, surnommé le « Harajuku des grands-mères », leur est entièrement dédié. Pharmacies, opticiens, boutiques de cannes élégantes ou de chariots de courses côtoient des magasins de vêtements qui consacrent des rayons entiers aux sous-vêtements rouges. Selon la tradition locale, porter du rouge près du nombril porterait bonheur et prolongerait la vie.

Shiga, Okinawa et les territoires de la longévité

Vieillir autrement : ce que le Japon a compris bien avant nous - Anissa Hezzaz

Cette longévité ne se limite pas aux villes. À Shiga, à quelques encablures de Kyoto, qui ne représente que 1 % de la population japonaise, les hommes vivent en moyenne 82,73 ans et les femmes 88,26 ans, parmi les records du pays. Le lac Biwa, immense anneau d’eau de 235 km, invite à marcher, respirer, pédaler. Les inégalités y sont faibles, les horaires de travail mesurés, l’alimentation profondément locale : riz, poissons (dont une spécialité fermentée réputée pour « ajouter dix ans de vie »), légumes et sake renommés.

Plus largement, le Japon affiche l’un des taux d’obésité les plus bas du monde industrialisé, un air étonnamment pur malgré sa densité, une eau potable de grande qualité, et des taux de cancers plus faibles grâce à une moindre exposition solaire, moins d’aliments ultra transformés et moins de surpoids.

À l’opposé, les États-Unis cumulent aujourd’hui 65 % d’adultes en surpoids ou obèses, un air nettement plus pollué et davantage de pathologies liées aux modes de vie. L’Europe, elle, se situe quelque part entre les deux.

Dans notre podcast, Maria Del Rio nous parle de sa routine beauté :

Vieillir bien, plutôt que vieillir jeune

Au fond, tout semble contribuer au même mouvement : vivre longtemps, mais surtout vivre bien. Manger avec conscience, bouger en douceur, prendre soin de son microbiote, préserver sa peau, travailler après 60 ans mais autrement, maintenir le lien social, rester proche de la nature, laisser la sagesse remplacer la performance. Le Japon ne promet pas la jeunesse éternelle. Il crée simplement — parfois sans même le vouloir — un environnement où le vieillissement n’est pas une chute, mais une trajectoire. Et pour la Belgique, la leçon est limpide : rajeunir n’est pas une affaire de rides, mais de routines.

Vieillir autrement : ce que le Japon a compris bien avant nous - Anissa Hezzaz

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