Parcours inspirant : ce docteur a décidé d’aussi soigner par la musique - Boris le chef de service en neuroradiologie et A Boy Named B sur scène. - Charlotte Vanbever

Parcours inspirant : ce docteur a décidé d’aussi soigner par la musique

À la ville et au bloc opératoire il s’appelle Boris, professeur en neuroradiologie pour les tout-petits. Dans vos oreilles, c’est un son qui fait penser à The Cure et un nom : A Boy Named B. On vous raconte l’histoire inspirante de ce docteur belge de 52 ans qui a décidé d’extérioriser ses émotions bouillonnantes par la musique, habitué à s’en déconnecter pour exercer son métier.
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Son histoire pourrait être le point de départ d’une énième série médicale ou, mieux, il pourrait être l’un des personnages centraux de l’univers de David Lynch, qu’il vénère. Boris Lubicz est directeur du service de neuroradiologie interventionnelle à Erasme (à Bruxelles). Au quotidien, il opère des tout, tout petits cerveaux. Ils sont à peine une centaine dans le monde à le faire. Il a entre ses mains de chirurgien les destins de nouveau-nés. Il y a quelques mois, au terme de sept ans de recherche, avec son équipe, il a réalisé une découverte mondiale qui devrait assurer un avenir meilleur aux nourrissons porteurs de malformations vasculaires cérébrales.

Parcours inspirant : ce docteur a décidé d’aussi soigner par la musique - DR - Charlotte Vanbever
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Boris est un homme solaire et un docteur serein. A Boy Named B, son avatar, son pseudo de scène, est son double plus dark, plus bouillonnant aussi. « Le côté solaire, c’est aussi une forme de carapace pour faire le métier que je fais tous les jours. Donc la musique, c’est vraiment l’autre versant », nous confie-t-il. Son univers musical est directement inspiré de Lynch donc, de Nick Cave (son nom de scène est d’ailleurs inspiré d’une chanson de l’artiste australien) ou encore de The Cure. La musique le passionne depuis l’adolescence. Il y a beaucoup touché vers la vingtaine, pendant ses études. « J’ai même arrêté médecine pendant un an. Ce qu’on faisait à l’époque comme musique avec mon groupe était différent de ma musique aujourd’hui, c’était très pop sucrée. J’écrivais, je composais les chansons et les membres du groupe les transformaient à leur sauce, et ça ne me plaisait qu’à moitié. Même si on a fait des concerts, des concours (dont Emergenza) ».

Un temps, assez court, s’est posé la question d’abandonner sa première vocation. « Aussi parce que mes potes ne faisaient pas médecine et on était toujours décalés. Il y a eu un moment où je me suis dit ‘Pourquoi ne pas vivre ce rêve’? ». Mais Boris est vite retombé sur ses pattes, et vers ses premières amours. « J’ai compris que si on veut faire de la musique son métier, il y a un côté très fastidieux à transformer quelque chose qui de purement artistique en quelque chose de commercial ». Surtout, continue-t-il, « je voulais absolument réparer les cerveaux, donc je ne pouvais pas arrêter la médecine ».

Autohypnose et émotions retrouvées

D’aussi loin qu’il s’en souvienne, il voulait soigner. « Un ami proche m’a raconté qu’à 4 ans déjà, en maternelle, je disais vouloir réparer les cerveaux. C’est lié à l’héritage familial ; tous mes grands-parents sont morts d’une tumeur cérébrale, d’un AVC, d’un Parkinson. L’histoire familiale, comme on le sait, se transmet, et moi, j’étais l’élu pour prendre le relais d’un grand-père médecin, d’un oncle médecin ». Le diplôme en poche, de retour du bloc opératoire, Boris retrouve la musique. « Elle occupe quatre heures par jour minimum d’écoute. Comme mes journées ne ressemblent pas à celles de la moyenne des gens – je ne peux dormir que quatre ou cinq heures –, toutes ces heures, je les utilise pour écouter beaucoup de musique, à en faire un peu ».

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Le temps de monter son service à l’hôpital, d’évoluer professionnellement et de construire une famille (il a deux enfants) et sa passion pour la musique le rattrape de plus belle. « Aussi parce que mon métier est tellement lourd sur le plan mental, pour ce qu’il exige comme concentration et responsabilité. De plus en plus, j’ai senti que j’avais besoin d’un exutoire autre que faire du sport. Et la musique est revenue progressivement frapper à ma porte intérieure. Je me suis remis à écrire beaucoup plus, à composer plus, jusqu’au moment où ma compagne m’a dit d’y aller ».

A Boy Named B est né, à 52 ans. Il a déjà sorti deux singles (Emotional Epilepsy et Finally Fall Asleep) et son premier EP est dans les tuyaux. La musique, c’est désormais son exutoire assumé. Le lieu où le Boris médecin qui range ses émotions au placard pour entrer au bloc, peut les ressortir et enfin assumer son « épilepsie émotionnelle », cette espèce de bouillonnement émotionnel incontrôlable mais au final maîtrisé. « La manière d’aborder l’opération d’un nouveau-né, c’est une forme d’autohypnose où on doit se déconnecter des émotions. L’image que j’utilise, c’est celle d’un tunnel sans couleur, où je contrôle tout. Plus rien ne me touche, plus rien ne m’affecte, et le bloc est d’ailleurs un endroit où je me sens très bien, parce que rien ne compte d’autre que le patient. Et une fois qu’on sort de là, c’est l’explosion émotionnelle ». Retranscrite désormais en musique. Il chante d’ailleurs « sauver les autres » pour peut-être se sauver lui. « Il y a une partie de moi qui, comme tout être humain, a vécu des choses difficiles au début de l’adolescence, et c’est une façon de réparer ça en sauvant des enfants. Et c’est aussi ma mission sur cette planète. Non pas que je sois illuminé, mais en sauvant des gosses, je m’accomplis comme être humain ».

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Entre ombre et lumière

Les deux premiers titres, envoûtants et en anglais donc, de A Boy Named B, peuvent paraître sombres, alors que lui est solaire. « Effectivement, mais il y a vraiment une lumière au bout du tunnel. Je trouve toujours très important de dire qu’au travers de tout ce qu’on peut vivre, même si ça peut être émotionnellement extrêmement compliqué, la force de vie va être gagnante. Mais pour pouvoir y aller, il y a un chemin qui est sombre. Et c’est ma façon de l’exprimer ». Au plus grand nombre ? Il ne vise pas le succès international, et confesse tout de même : « Je mentirais en disant qu’il n’y a pas une toute petite lumière, tout au fond, qui se dit ’et pourquoi pas’. Je suis un rêveur avec un côté infantile assumé. Mais la réalité est que j’adore ce que je fais. Je ne pourrais pas lâcher la médecine. D’ailleurs, je n’ai jamais opéré autant de petits cerveaux qu’en 2025. Et ce sont deux mondes qui vraiment s’alimentent ».

Pour avancer, Boris le musicien s’est entouré d’une belle équipe (Solange Cigurel, la réalisatrice du film TKT pour ses clips, Rémi Lebbos, qui travaille avec Sofiane Pamart et Pierre de Maere, aux arrangements), comme Boris le spécialiste du cerveau l’a fait pour aboutir à sa découverte médicale d’il y a quelques mois. Ses collègues eux, s’ils n’écoutent pas sa musique dans le bloc opératoire, ne le taquinent pas : « Ils se disent que c’est le nouveau projet du chef, parce qu’ils savent bien que je suis un passionné… ».

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