L’affaire des « mamans toxiques » à Hollywood : quand la parentalité contemporaine est mise sous pression - Anissa Hezzaz

L’affaire des « mamans toxiques » à Hollywood : quand la parentalité contemporaine est mise sous pression

Ces derniers jours, la polémique autour des « mamans toxiques » a refait surface à Hollywood. En toile de fond : Ashley Tisdale, Hilary Duff, et une prise de parole ironique de Matthew Koma, le mari de cette dernière. Un épisode people, certes, mais surtout un révélateur d’un malaise bien plus large : la parentalité contemporaine peut être étouffante — et pas seulement à cause du manque de sommeil. De Hollywood à nos groupes WhatsApp, décryptage d’une polémique très contemporaine.
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Derrière cette expression clivante de « mamans toxiques », se cache une réalité plus subtile et surtout plus universelle. Le problème n’est pas tant les mères elles-mêmes que la culture de la comparaison permanente dans laquelle elles évoluent.

Dans un autre registre, on vous dévoile la meilleure galette des rois :

Tout commence le 1er janvier, lorsque Ashley Tisdale publie un essai dans The Cut, intitulé Rompre avec mon groupe de mères toxiques. L’actrice et chanteuse y raconte comment les conseils non sollicités, les comparaisons incessantes et les normes implicites l’ont fragilisée en tant que jeune maman.

Comme beaucoup d’autres avant elle, elle évoque surtout la violence feutrée des jugements parentaux en ligne — autour de l’allaitement, du corps post-grossesse ou des choix éducatifs. Elle y confie s’être sentie mise à l’écart par un groupe de mères pourtant proches : « Je me retrouvais seule un soir, après avoir couché ma fille, à me demander si je n’étais pas assez cool. Tout à coup, je me suis retrouvée à nouveau au lycée, complètement perdue, me demandant ce que je faisais de “mal” pour être mise à l’écart. »

Jusqu’au moment où elle décide de couper court : « Après avoir été exclue d’une nouvelle sortie en groupe, j’ai envoyé un SMS : “C’est trop lycée pour moi et je ne veux plus y participer.” »

Une polémique people révélatrice d’un malaise bien réel

Inutile de chercher à savoir qui ferait réellement partie de ce fameux « groupe toxique ». La querelle peut rester à Hollywood. Ce qui importe davantage, c’est ce que cette prise de parole révèle : la pression parentale traverse toutes les sphères, que l’on soit une star mondiale ou une maman anonyme.

Selon Marine Ghuys, psychologue et mère de deux enfants, cette dynamique n’a rien de nouveau… mais elle a changé d’échelle.

« La comparaison est un mécanisme humain classique », explique-t-elle. « Ce qui est différent aujourd’hui, c’est l’exposition permanente à la vie des autres. Les réseaux sociaux offrent une quantité infinie de matière à comparer. »

Avant, on se mesurait à quelques proches. Aujourd’hui, on se compare à des dizaines, parfois des centaines de modèles parentaux — souvent idéalisés, filtrés, scénarisés. Résultat : une checklist invisible de la mère parfaite, impossible à compléter.

De Hollywood… à nos groupes WhatsApp belges

Si la polémique est née outre-Atlantique, elle trouve un écho très concret chez nous, en Belgique. Il suffit d’ouvrir un groupe WhatsApp de parents pour le comprendre. Aujourd’hui, on en trouve par dizaines : des groupes de mamans qui se rassemblent, créent du lien digitalement, se rassurent, s’organisent — parfois jusqu’à former de véritables petits “gangs” virtuels. À l’origine, l’intention est louable : entraide, organisation, soutien. Mais dans les faits, ces espaces peuvent devenir de véritables caisses de résonance de la pression.

« Quand une maman pose une question très précise, elle reçoit souvent des réponses basées sur des vécus totalement différents », observe Marine Ghuys. « Cela crée une surcharge d’informations et, surtout, une pression supplémentaire. »

Une question ciblée — par exemple sur l’arrêt de l’allaitement — peut vite se transformer en déferlement de récits personnels, voire de jugements implicites. On n’absorbe plus seulement une réponse, mais la réalité de plusieurs familles à la fois.

Et avec elle, le doute s’installe : Est-ce que je fais assez ? Est-ce que je fais bien ?

Pourquoi les mères trinquent davantage

Dans cette polémique, Matthew Koma a choisi de répondre avec ironie à Ashley Tisdale, publiant en story Instagram une fausse couverture de magazine inspirée de The Cut. En légende : « Quand tu es la personne la plus égocentrique et incapable d’écoute du monde, les autres mamans ont tendance à tourner leur attention vers leurs enfants. Toute la vérité sur un groupe de mamans, vue par un papa. »

Une sortie qui a relancé les débats, avant qu’Ashley Tisdale ne tente d’apaiser les tensions : « C’est malheureusement un sujet qui a enflammé ceux qui ont trop de temps à perdre sur Internet à jouer les enquêteurs. »

Pour Marine Ghuys, si les mères sont particulièrement touchées, c’est avant tout une question de répartition des rôles. « Malgré une implication croissante des pères, la responsabilité mentale et émotionnelle des enfants repose encore majoritairement sur les mères. Quand tout va bien, c’est normal. Quand quelque chose ne va pas, c’est souvent vécu comme une faute personnelle. »

Plus de responsabilités signifie aussi plus de vulnérabilité face aux jugements. Dans un contexte où tout se partage, se commente et se compare, la confiance parentale s’effrite. Le danger principal ? Se perdre dans le je dois. Faire les choses non plus parce qu’elles ont du sens, mais pour cocher des cases inspirées par Instagram, un groupe WhatsApp ou le récit d’une autre maman.

« On risque alors d’être moins dans la présence, moins dans le plaisir », explique la psychologue. « La relation devient plus performative, moins vivante. » Moins de spontanéité, plus d’objectifs à atteindre — et une culpabilité diffuse qui s’installe.

Faut-il fuir les autres parents ?

La solution n’est pas de disparaître des réseaux ni de quitter tous les groupes. Mais d’apprendre à les utiliser consciemment. Y aller quand on en a besoin. Accepter les conseils sollicités. Mettre à distance les autres. Et surtout, écouter ce signal intérieur qui indique quand un espace ne fait plus du bien.

Face à cette parentalité sous pression, le message de Marine Ghuys est simple, presque radical : « Vous êtes assez. »

Revenir à ce qui est déjà fait plutôt qu’à ce qui manque. Se féliciter. Changer d’angle. Et accepter que la parentalité ne soit ni une compétition, ni un projet à optimiser.

Derrière la polémique des « mamans toxiques », il y a surtout une urgence : réintroduire de la nuance, de la douceur et du réel dans nos récits de parents. Parce qu’élever un enfant n’a jamais été une performance. Et ne devrait surtout pas le devenir.

Sur sa page Instagram, Marine Ghuys offre un autre regard sur la maternité, une maternité décomplexée et sans tabous.

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