
C’est, dans l’univers de la mode, l’un des monogrammes les plus emblématiques. Pour célébrer son 130e anniversaire, Louis Vuitton enchaîne les célébrations. Comme récemment avec une campagne, photographiée par Glen Luchford, et un clip réalisé par Roman Coppola, qui met en scène des célébrités, ambassadrices ou amies de la Maison, qui pose avec leur modèle favori : le « Speedy » pour Zendaya, l’« Alma » pour Catherine Deneuve, entre autres. De notre côté, nous avons profité de cet anniversaire pour nous glisser dans les coulisses de la célèbre maison et tenter de découvrir ses secrets de fabrication…

Imaginez une demeure historique construite sur les berges de la Seine, à 8 kilomètres de Paris ; une bâtisse avec tellement de charme qu’elle pourrait facilement s’offrir un premier rôle dans un film français du siècle dernier. Planquée dans une rue paisible d’Asnières-sur-Seine, elle raconte à elle seule plus de 150 ans d’histoire de l’accessoire. La rue qui l’accueille s’appelle… Louis Vuitton, une appellation qui lui a été donnée en hommage à l’homme qui l’a rendue célèbre. À gauche de la porte, une petite sonnette nous permet de nous annoncer. D’un coup, la grille s’ouvre et la demeure apparaît enfin : une maison de famille de style Art nouveau, toute proprette car entièrement restaurée entre 2011 et 2016. Pour pouvoir s’installer au salon, face aux grands vitraux qui baignent la pièce de lumière, il faut néanmoins avoir reçu une invitation.

Seuls quelques clients archi-VIP ont en effet accès à l’ancienne demeure de la famille Vuitton. Les vitraux aux motifs floraux nous rappellent vaguement quelque chose. « Normal », nous souffle notre guide. Ils ont servi d’inspiration aux malles récemment imaginées par Pharrell Williams pour le défilé présenté à Paris en janvier dernier. Ces pièces hors norme – qui ont nécessité 100 étapes de fabrication et 800 heures de travail chacune – s’ajoutent à la collection de malles iconiques fabriquées, aujourd’hui encore, dans l’annexe de la villa.
Secrets de cuisine
Avant de nous y conduire, notre guide nous présente un carreau en faïence récupéré dans la cuisine de la villa. « On n’a aucune preuve formelle qui atteste que ce motif floral soit à l’origine du Monogram LV, mais il se pourrait que si », nous explique-t-elle. D’autres observateurs évoquent l’Art nouveau ou encore le Japonisme, très en vogue à l’époque, comme vecteurs d’inspiration pour ce logo. Son créateur : Georges-Louis Vuitton, le fils de Louis. Alors que son père, déjà très visionnaire, imagine, dès 1854, la première malle plate de l’histoire, plus simple à manipuler quand on se déplace en train que les versions bombées, George-Louis crée quant à lui le Monogram LV, une signature très identitaire, difficile à copier par ses concurrents. En 1896, il est l’un des premiers à afficher aussi ostensiblement son logo sur ses produits. Suite logique des toiles brevetées de la Maison, comme la toile rayée de 1872 et le Damier de 1888, ce monogramme, mélange d’initiales et de fleurs, présente l’avantage de pouvoir s’afficher partout : sur une toile, mais aussi sur du cuir ou sur tout autre support. Une vraie révolution au pays du branding qui, décennie après décennie, a profité de l’esprit novateur de la famille Vuitton. D’abord réalisé en jacquard, le Monogram capitalise ensuite sur l’invention du pochoir pour gagner en profondeur et en nuances, puis sur l’introduction de la fameuse toile enduite qui sert, aujourd’hui encore, de base aux sacs souples de la Maison.
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Rien, vraiment ?
Chez Louis Vuitton, on prétend que « rien n’est impossible ». Pour nous en convaincre, nous sommes allés jeter un œil par-dessus l’épaule des artisans qui œuvrent ici dans le plus grand secret. Sur les vieilles affiches publicitaires de la marque qu’on peut apercevoir dans les couloirs de l’atelier, l’appellation « emballeur de mode à Paris » nous interpelle. C’est ainsi que Louis Vuitton se qualifiait au milieu du 19ème siècle. En 1859, soit 5 ans après la création de sa Maison, il fait construire des ateliers sur un terrain vierge, proche d’une voie ferrée et de Paris, là où il a ouvert son premier magasin. La jolie villa ne sera construite que quelques années plus tard. Le style du bâtiment est inspiré de l’architecture de Gustave Eiffel. Comprenez : avec beaucoup de métal et de verre ; du verre qui offre un environnement de travail lumineux et apaisant aux menuisiers et aux maroquiniers que nous avons rencontrés lors de ce reportage. Ils sont plutôt jeunes, ces surdoués dans le maniement du bois ou de la toile monogrammée. Certains sont ici à la suite d’une reconversion professionnelle. Avec, en toile de fond, une envie de revenir aux gestes d’antan. Comme Maxime, ancien styliste aux lunettes roses translucides qui, pendant la pandémie de 2020, a dit « adieu » aux vêtements pour se former au métier de maroquinier. Pendant qu’il nous parle, il procède aux finitions intérieures d’un coffret horloger habillé d’un élégant tissu en alcantara. « Les clients qui commandent une malle sur-mesure peuvent choisir les couleurs et les finitions de leur choix, à condition de respecter les codes de la Maison », raconte l’artisan.
Coup de marteau
Ce n’est pas Florian qui va le contredire. Cet autre artisan travaille sur les parties extérieures d’une malle immense ; la dernière en date conçue par la maison française. C’est vrai qu’avec sa taille XXL, ses clayettes en bois recouvertes de cuir et ses compartiments de différents calibres, elle a fière allure. Fabriquée pour des clients forcément très fortunés, amateurs de champagne et de grands crus classés, la malle Vin peut, sur demande, changer légèrement de look. Florian l’a déjà réalisée en jaune pour un collectionneur amoureux de cette couleur. C’est aussi dans cette partie de l’atelier que sont fabriquées les fameuses malles trophées ; celles qu’on voit en gros plan à la télé à l’occasion des Grand Prix de Formule 1 ou des compétitions de foot.

Un peu plus loin, nous rencontrons Siam qui a rejoint la maison, il y a cinq ans. L’artisane nous parle avec enthousiasme de cette toile monogrammée résistante à la pluie et aux années. Devant nous, elle la chauffe pour pouvoir la tendre sur un coffret haute horlogerie qu’elle est en train de finaliser. Après une formation en menuiserie et une première expérience dans une maison de luxe concurrente, elle a poursuivi son passionnant travail autour des malles. Emballer des objets aux formes improbables (une guitare, un gâteau d’anniversaire ou encore la flamme olympique) fait désormais partie de son quotidien. Alors évidemment, il y a les classiques : les malles beauté ou les malles Poker. Et puis, il y a celles qui, parce qu’elles répondent à des caprices inédits, donnent du fil à retordre aux artisans d’Asnières. « Peu de gens peuvent se targuer d’exercer ce métier d’artisan-malletier qui fait notre fierté », complète sa collègue en recouvrant patiemment les tiroirs d’une malle d’un précieux alcantara rose poudré.
Très long courrier
Cette visite à Asnières-sur-Seine nous conforte dans l’idée que la malle courrier inventée par Louis Vuitton n’en est pas à son dernier voyage. Forte de ses codes identitaires - la lozine (la bordure en fibre, typique de l’univers Louis Vuitton), les coins métalliques ou encore les rivets – elle est l’Incarnation parfaite du savoir-faire du malletier français. Mais elle est aussi une source d’inspiration sans limite pour les directeurs artistiques qui se sont succédé à la tête de la Maison, dont Nicolas Ghesquière, maître-à-penser des collections femmes ou encore Pharrell Williams, créateur des lignes hommes. Au premier, on doit notamment la malle « Pyramide », un ensemble de quatre malles qui se superposent ou s’emboîtent les unes dans les autres. Imaginé en 2021, cet ensemble habillé d’une toile monogrammée et d’une doublure déclinée dans quatre rouges différents permet de ranger vos plus précieux trésors. Quant à Pharrell Williams, il a à son actif la maille vitrail, mais aussi la malle Fleurs, une création de 2025 imaginée en tandem avec l’artiste japonais Azuma Makoto.
Combinaison gagnante
Avant de quitter la propriété, nous passons devant la partie de l’atelier dédiée à la fabrication et à la pose des serrures à clé uniques, une autre invention de Louis Vuitton. Aujourd’hui encore, si vous commandez une malle sur-mesure, vous avez droit à une combinaison de serrure qui n’appartient qu’à vous. Votre clé perso ouvrira toutes les autres malles que vous pourriez acheter par la suite. Notez que s’il vous arrive de retrouver, au fond d’un grenier, une vieille malle que vous ne parvenez pas à l’ouvrir, l’atelier d’Asnières-sur-Seine retrouvera votre combinaison gagnante parmi toutes celles archivées précieusement. Des premières malles aux sacs souples, le Monogram Louis Vuitton a parcouru le monde dans tous les sens. Universel et caméléon, il est aussi fédérateur que profondément versatile et contemporain. Une vraie bête de mode. De quoi nous faire regarder autrement notre joli carrelage de cuisine.
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