Tadashi Kawamata fait vivre son art éphémère au milieu des vignes - L’artiste Tadashi Kawamata dans le domaine de Ruinart. - Charlotte Vanbever

Tadashi Kawamata fait vivre son art éphémère au milieu des vignes

Quand Tadashi Kawamata s’installe dans un endroit, ce n’est jamais pour trop longtemps. L’artiste japonais, dont l’art in situ en bois a déjà changé – temporairement donc – le visage du Centre Pompidou à Paris et de la place du Parc à Mons, dialogue cette fois avec la nature, mystérieuse et silencieuse, du vignoble Ruinart… et, un peu avec nous aussi.
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Florie Berger

Tadashi Kawamata aime converser avec l’environnement, quel qu’il soit. L’artiste cherche aussi à faire prendre de la hauteur depuis le sommet – ou tout en bas – de ses installations. Pour, nous dit-il, qu’on « regarde à nouveau et qu’on prête attention à des détails que souvent on ne voit pas – les changements de lumière, le mouvement du vent et la présence d’autres êtres vivants ». Cabanes, passerelles et belvédères, installés momentanément dans un arbre (comme à Mons en Lumières, l’année dernière) ou dans des lieux patrimoniaux, racontent ce « voyage perpétuel vers la découverte, plutôt qu’une destination en soi » et questionne notre rapport au temps.

Son prochain point d’arrêt : Reims, dans le domaine de la plus ancienne Maison de Champagne (depuis 1729), Ruinart. Parce qu’« il y a quelque chose d’éphémère dans les bulles qui disparaissent aussi vite qu’elles se forment… Et l’art partage la même tension : un long processus exprimé en un instant fugace ». Paroles d’un artiste qui s’installe, jamais trop longtemps, sans déranger, juste pour sublimer.

Florie Berger
Florie Berger
Florie Berger
Florie Berger
Une précédente installation de Kawamata - Frederic Pacsquini
Une œuvre de Kawamata au Centre Pompidou à Paris - Charles Duprat
Florie Berger
Florie Berger
Tadashi, dès le début de votre carrière, vous avez pris le parti de travailler avec des matériaux recyclés, du bois, pourquoi ? Votre vision de l’art a-t-elle, depuis, évolué ?
Dès le début, j’ai essayé de créer un type d’art différent de celui de l’art mondial (à l’époque, je revenais de la Biennale de Venise en 1982). Je voulais créer mon propre style d’art. J’ai commencé une série de « projets d’appartements », en 1983 au Japon… Un immeuble en bois ordinaire qui servirait de lieu d’exposition. Pendant un mois et j’y ai travaillé, exposé et ensuite démonté. C’était ça ma première installation, on aurait dit un espace « under construction », où le travail n’est jamais fini.
Pourquoi des structures éphémères ? Cela signifie-t-il que l’art n’a qu’un temps ?
Oui, à cette époque, je n’avais que peu de temps pour emprunter l’espace… et ne causer aucun dégât au bâtiment et à l’espace. Je dois prendre grand soin des murs, du sol. Ce que j’y construisais devenait donc très fragile. D’autant plus que mes œuvres sont réalisées à partir de matériaux simples, en particulier du bois. Le processus d’assemblage est délibérément visible pour mettre en valeur la dimension artisanale, la fragilité et la nature transitoire de mes constructions. Mon travail reflète la vulnérabilité des écosystèmes et notre relation au temps. Chaque construction est conçue pour évoluer et se transformer avec les saisons et les éléments, nous rappelant que rien n’est fixé dans la nature.
Vous avez aussi travaillé sur des sites religieux (Les Béguinages à Courtrai, La Vieille Charité à Marseille) : ce genre d’endroits vous apporte-t-il quelque chose de plus spiritual au moment de créer ?
Non, ce n’était qu’une coïncidence de choisir des lieux si religieux… Je ne suis pas du tout une personne religieuse (ni bouddhiste, ni shintoïste…).
Ici, vous vous êtes « installé » dans le Domaine de Ruinart, au milieu du vignoble. Comment cet environnement-là, et le champagne qui en découle, a-t-il nourri votre travail ?
Mon approche reposait sur l’observation patiente du site et de son atmosphère changeante. Quand j’ai visité le vignoble, il y avait beaucoup de brouillard et le temps n’était pas clair. Mais c’était très mystérieux et très silencieux, on n’entendait que les oiseaux. J’ai ressenti très fort la nature, l’odeur, le vent… Pour moi, le champagne est synonyme de légèreté mais aussi de patience et de précision. Le champagne est le produit d’un long processus invisible qui résonne avec mon travail. Il y a quelque chose d’éphémère dans les bulles qui disparaissent aussi vite qu’elles se forment. J’ai trouvé cela très émouvant car l’art partage la même tension : un long processus exprimé en un instant fugace.
Vous aimez travailler en hauteur (avec notamment des cabanes dans les arbres). Est-ce que le ciel n’est même pas une limite pour vous ?
Quand je construis des cabanes dans les arbres, les gens ressentent quelque chose dans l’air, comme une maison flottante. Mes installations modifient subtilement notre perception de l’espace. En jouant avec différentes échelles, avec la hauteur, le vide et des structures fragiles, elles nous font regarder autrement et prêter attention à des détails que, souvent, on ne voit pas – les changements de lumière, le mouvement du vent et la présence d’autres êtres vivants.
Y a-t-il des défis artistiques que vous n’avez pas pu réaliser dans votre carrière ?
Tous les projets que j’ai réalisés dans ma carrière ne représentaient que 60 % du total de propositions que j’ai reçues. Je n’ai pas réalisé ces projets parce que, par exemple, ils étaient techniquement trop grands, trop ambitieux, trop controversés, voire parfois trop politiques.
Quelle est votre définition de l’art ?
Pour moi, l’art est le voyage continuel à travers lequel ma vie sans fin doit se réaliser ; c’est le but de mon existence, un processus continu de découverte de soi et de manifestation. L’art est un voyage perpétuel vers la découverte et l’expression de soi, plutôt qu’une destination.

Trois installations (Cabane, Nid et Observatoire) à découvrir sur le site historique du 4 rue des Crayères à Reims.

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