Salon du design de Milan : le Belge Xavier Lust présente sa nouvelle collection - Sigrid Descamps - Journaliste

Salon du design de Milan : le Belge Xavier Lust présente sa nouvelle collection

Le designer bruxellois s’envolera bientôt à Milan, pour présenter sa nouvelle collection, Pi, au salon Raritas. Une actualité qui marque une continuité dans son parcours construit, depuis plus de 25 ans, autour d’une même exigence : toujours proposer des formes nouvelles, jamais vues…
Sigrid Descamps Journaliste
Photo
Carole Debae

Il fait beau ce jour-là quand Xavier Lust nous reçoit à Ixelles dans son bureau, qui fait aussi office de showroom privé. Dans ce vaste espace baigné de lumière, quelques-unes de ses créations emblématiques se donnent la réplique. Dont son célèbre « Banc », qui a lancé sa carrière à l’international, la console « Bijou », qui affole une clientèle féminine fortunée et les petits derniers, issus de la collection « Pi », qu’il dévoilera d’ici peu au salon Raritas (du 21 au 26 avril), à Milan.

Salon du design de Milan : le Belge Xavier Lust présente sa nouvelle collection - Sigrid Descamps - Journaliste
Le bureau et showroom du designer à Ixelles.
Vous êtes présent au salon Raritas, qui lançait sa première édition dans le cadre du Salone del Mobile. Mais de quoi s’agit-il ?
C’est une nouvelle initiative du Salone consacrée au design de collection et aux plus belles réalisations de l’artisanat haut de gamme. C’est un beau projet, initié par Annalisa Rosso, dont la scénographie est confiée au duo de designers Formafantasma. Quand on parle de design italien, on a l’impression que ça remonte à la Renaissance, à Michel-Ange, etc. En réalité, ce n’est pas vraiment le cas. Plus que par des grands noms, le design italien est surtout lié à la production industrielle italienne, qui est très compétitive et qui permet de produire des projets en grande quantité. Or la tendance créative aujourd‘hui s’inscrit plus dans des pièces uniques ou des séries limitées. C’est très nouveau au sein même du Salone et cette première édition regroupe une poignée de 25 exposants, des galeries principalement, mais aussi des studios de designer. Quand on m’a proposé d’y participer, je n’ai pas hésité longtemps en repensant aux succès remportés en 2000 et 2001, qui ont lancé ma carrière avec de nombreux éditeurs italiens. Même si mon travail est exposé chaque année, il y a longtemps que je n’avais pas eu une aussi belle occasion d’avoir mon propre stand au Salone del Mobile.
Qu’y présentez-vous ?
Parmi d’autres créations récentes, « Pi », un élément en bronze pensé pour s’inscrire de manière multiple dans l’espace domestique. Sculpture, table d’appoint, siège occasionnel ou simple support, l’objet échappe à toute définition univoque. Son nom et sa silhouette évoquent le nombre Pi. Il sera disponible en cinq finitions de patines différentes. Parmi les autres pièces, il y a également la lampe « Experiment », conçue et réalisée à partir de verre de laboratoire Pyrex, qui fait basculer la précision scientifique dans un registre sculptural. Mais aussi l’« Alchemist Bar », que j’ai déjà présenté à la Brafa. À travers un jeu d’ouvertures secrètes, le bar révèle un enchaînement spectaculaire de mécanismes articulés, transformant l’objet en une expérience à la fois fonctionnelle et festive. À première vue, on ne sait pas trop si c’est un meuble ou une sculpture. Il est fait de bois, mais la finition est telle que même de très près tout le monde le croit fait de métal.
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Pi, une création déclinée en cinq teintes.
Vos réalisations sont à la fois épurées et organiques, froides et chaleureuses, comme si vous aimiez unir les contraires…
Je pense que dans la vie, tout est dual, enfin, qu’il existe des dualités. Donc, oui, cette manière d’approcher différentes dualités et d’en créer des choses innovantes, c’est un de mes axes de création. J’ai besoin que chaque projet ait une raison d’exister, qu’il soit innovant, qu’il soit un apport dans le mode de vie quotidien.
Vous êtes actif depuis plus de 25 ans, vous avez su très tôt que vous vouliez designer, créer ?
Oui, j’avais 19 ans. Je n’ai pas spécialement décidé que je voulais faire ce métier, mais j’ai senti que j’avais des prédispositions pour comprendre techniquement comment les choses sont fabriquées et la capacité de conceptualiser. J’ai aussi grandi dans une belle maison, contemporaine, à toit plat, mais entouré de pas mal d’antiquités. Peut-être ai-je voulu meubler cet espace autrement ? (Sourire) Toujours est-il que j’ai étudié l’architecture intérieure à Saint-Luc.
C’est là que votre carrière a débuté également…
Oui. J’y ai imaginé puis réalisé une première pièce en métal qui a eu un grand succès. Quelques années après être diplômé, j’ai exposé ce paravent dans une galerie au Sablon à Bruxelles, qui a été acheté par Mr Ralph Lauren dans le cadre de son département « Home & furnishing » à New York ; ça a marqué mon premier succès international et lancé une relation télépathique avec les États-Unis. Depuis 2017, je travaille avec la galerie de Ralph Pucci, à New York, Miami et Los Angeles. Mais le moment clé de mon parcours fut le salon Satellite, à Milan, en 2000, lorsque j’ai présenté le prototype Le Banc. Par la suite, entre 2001 et 2005, ça a été très intense : j’ai travaillé avec de nombreuses marques, principalement italiennes, et beaucoup de mes projets ont été édités. J’ai eu la chance de collaborer directement avec les fondateurs de ces entreprises, des personnalités inspirantes, avec une vraie vision créative. Mais vers 2005, 2006, le secteur a changé : beaucoup de ces marques ont été rachetées par des financiers et la logique est devenue plus marketing, moins créative. Je ne me retrouvais plus dans cette approche et mes propositions étaient moins comprises, ce qui a fortement ralenti ces collaborations.
Mais a marqué votre basculement vers l’art design. Qu’est-ce qui le différencie du design ?
Dès 2005, j’ai été contacté par des galeries de mobilier de collection. Une des différences fondamentales entre ces deux disciplines sœurs est liée à la manière de produire des objets. Dans le design industriel, on veille à ce que ça coûte le moins possible à produire, notamment par l’économie d’échelle, pour avoir un produit final produit en grande série avec un prix concurrentiel. Il y a d’ailleurs beaucoup de beaux projets qui ne voient pas le jour parce qu’ils coûtent trop cher pour ce type de diffusion. Avec l’art design, on a moins ce problème de coût de production et toutes les folies sont permises. C’est moins exigeant, plus libre et il est possible de vendre des objets à des prix élevés. Ce sont des œuvres d’art.
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The Alchemist Bar
Ce sont toujours des objets utiles malgré tout ?
La fonction est parfois secondaire. Prenez la console. Ce n’est pas un objet essentiel, c’est un prétexte pour faire une sculpture. A contrario, j’ai créé la Table S, produite en grande série par MDF Italia, mais pour laquelle j’avais négocié de pouvoir réaliser certaines pièces moi-même avec d’autres matériaux. J’ai donc présenté cette Table S en bronze avec un plateau en verre cerclé de métal ou en quartz… des pièces de collection qui ont eu un grand succès. Tout comme la console Bijou, qui attire une clientèle féminine fortunée qui a envie de ce « bijou » dans son boudoir.
Que recherchiez-vous quand vous avez débuté dans ce métier ?
Aujourd’hui, quand on parle de design, ça part un peu dans tous les sens, on ne sait plus très bien si c’est de l’art, du design, si ça a une raison d’exister, si c’est du recyclage, il y a plein de thématiques confuses… Avant l’essor de cet art design, c’était plus clair, Philippe Starck dominait la scène, il était un modèle pour toute une génération. J’ai adopté la philosophie de cette époque : le design pour tous, la qualité pour tous. Cette philosophie humaniste du design a quelque chose de très stimulant pour la créativité parce qu’elle est porteuse de sens et touche à une forme d’universalité. Mon idée est surtout d’apporter quelque chose de nouveau, tout en ayant un résultat qui apparaît comme une évidence. C’est comme cela que, dans une réflexion d’économie extrême, j’ai un jour imaginé d’utiliser des machines de pliage de métal différemment pour donner une troisième dimension bombée à des surfaces planes de métal. Cette déformation permet de réduire trois fois la matière nécessaire tout en offrant une forme où la matière participe au résultat par sa déformation naturelle. La répétition des opérations donne toujours le même résultat.
Le design pour tous, est-ce que ça vous attire toujours malgré tout ? Est-ce que par exemple, vous pourriez travailler avec des enseignes comme IKEA qui produisent à très grande échelle et petits prix ?
Oui, évidemment je suis ouvert à ce genre de collaborations. Ils peuvent me contacter (rires).
Le grand défi des designers aujourd’hui, c’est quoi : la durabilité, l’écologie ?
On en parle beaucoup aujourd’hui, mais ce n’est pas neuf dans les préoccupations des designers. Une de mes premières participations à une exposition collective était justement sur le thème de l’écodesign. J’avais fait des meubles en carton alvéolaire, une recherche débutée à l’école, mais le mobilier en carton reste un peu utopique. Par rapport à l’écologie, je défends plutôt l’idée de la permanence, des objets qui traversent le temps, aussi bien dans le matériau que dans leur aspect visuel essentiel, dont on ne se lasse pas. D’autre part, la plupart de mes objets sont faits d’un seul matériau. J’aime faire des choses qui ont du sens, qui ont une raison d’exister, qui rendent la vie plus belle, plus agréable. Quand on se trouve au milieu de beaux objets, dans un beau cadre, on est plus heureux !

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