Le collectif de designers Zaventem Ateliers envahit un écrin Art déco bruxellois
Jusqu’au 19 mars, la Fondation Boghossian accueille au sein de la Villa Empain les projets du collectif Zaventem Ateliers. Au rendez-vous : une trentaine de designers, artisans et artistes qui brisent les codes de la création. Rencontre avec deux créatrices textiles qui transforment des déchets en joyaux magiques et poétiques.
ParAgnès Zamboni,
PhotoStan Huaux
Bâtiment iconique à Bruxelles, la Villa Empain orchestre durant quelques jours une rencontre singulière entre création contemporaine, artisanat et art de vivre, en accueillant les artistes des Zaventem Ateliers. Fondés en 2019 par Lionel Jadot, ces ateliers forment une ruche créative hors normes, prônant une vision contemporaine du design. Jusqu’au 19 mars, plus de 30 de ses créateurs investissent la villa Art déco pour présenter leur travail. Nous avons rencontré deux d’entre eux…
Loumi Le Floc’h, a mis au point une matière, un style, une écriture… - D.R.
Comment sont nées vos Precious Peels ?
Il y a environ quatre ans, au cours de mes études à La Cambre, en section design textile, j’ai choisi de travailler sur la revalorisation d’un déchet. J’avais envie de le sublimer, de le transcender, de le rendre si précieux pour qu’on ne le reconnaisse plus. J’ai commencé à explorer mes propres épluchures de fruits et légumes, bananes, mangues… réalisé mes premières recherches et plusieurs tests avant de me focaliser sur la peau d’aubergine, au PH très réactif. En pulvérisant dessus du jus de citron, j’ai obtenu un rose très vif. J’ai commencé par fabriquer des petits échantillons pour transformer la matière première en une sorte de papier très fin.
Comment fabriquez-vous vos pièces ?
Lorsque j’ai un projet en cours, je récupère, chaque jour, les épluchures d’aubergine produites par le restaurant bruxellois Oliban. Elles doivent être travaillées fraîches et avant deux ou trois jours Elles sont cuites à l’eau, séchées et façonnées, une à une : Positionnées et juxtaposées sur une bâche, elle-même, tendue sur un cadre, en se superposant, elles recomposent naturellement en une surface se rapprochant du papier de soie. Fragile, on peut le consolider avec un vernis, l’insérer entre deux plaques de verre, de PMMA. La matière translucide joue avec la lumière comme un vitrail. On peut alors fabriquer des tentures, des panneaux fixes ou mobiles, à intégrer à l’architecture, mais aussi des meubles, des tableaux, des luminaires…
Quelles pièces présentez-vous dans cette exposition ?
Le concept est d’habiter le lieu, comme dans une vraie maison. Dans l’entrée, la première pièce, telle une tapisserie, est installée devant la fenêtre et dialogue avec des sculptures de Cédric Van Parys. À l’étage, un paravent de 3,50 m de longueur et de 2,50 m de hauteur, que j’ai intitulé « Mouvements d’automne », propose des couleurs faisant référence à cette saison ; l’espace de la Villa Empain nous a permis de recomposer des pièces de vie, en associant plusieurs œuvres.
Une pièce en cours de réalisation : les épluchures cuites à l’eau, séchées et travaillées, sont ensuite disposées sur une bâche où elles vont naturellement composer une surface. - D.R.
Le Turborama ou système T, ce sont des surfaces multicolores et vibrantes, unies ou à motifs géométriques, fabriquées à partir de gaines plastiques.
Emma Cogné réhabilite le pouvoir esthétique d’un matériau industriel - Seal Ceada
Comment ont démarré vos investigations ?
Designer textile, diplômé en Master textile à La Cambre, après des études aux Beaux-Arts de Lyon, j’ai débuté une recherche sur les chantiers de construction de Bruxelles et les déchets produits par le BTP. Je souhaitais mettre en avant un matériau low-cost, sans aucune valeur marchande, et l’amener dans le milieu du luxe et du textile, pour l’ennoblir en changeant le regard qu’on lui porte. L’idée c’est d’attaquer une valeur symbolique et montrer ce qui est caché. Les gaines techniques, protégeant habituellement les câbles dans les installations électriques, sont, à l’origine, dissimulées dans les murs.
Quelles techniques et outils utilisez-vous ?
J’enfile les tubes, à la façon d’un tissage improvisé de perles. Les cordes que j’utilise n’ont rien à voir avec des fils classiques. J’ai mis au point des petites machines pour la découpe des gaines mais le tissage est entièrement réalisé à la main. Les couleurs, prédéfinies dans les catalogues des fournisseurs, correspondant à une signalétique technique, forment une palette pour jouer avec les motifs. À l’échelle de l’espace, je compose des parures d’intérieur : écrans, claustras, panneaux, stores et parois ajourés… ils offrent une vibration à l’œil, filtrent la lumière, définissent des zones ombragées. Je m’inspire de l’habitat léger comme les tentes.
D’où provient le matériau de base ?
J’utilise des éléments de réemploi. Débarrassés de leur plâtre, ils se nettoient facilement. Mais cela ne suffit pas. Je dois mélanger avec des restes neufs de découpe industrielle, des produits de stockage et de surplus, des gaines défectueuses. Il y a beaucoup de gaspillage. Je suis en contact avec une entreprise familiale française qui me fournit en fonction des projets, pièces commandées, uniques, créées sur mesure. Le recyclage des gaines en plastique (100 % polypropylène) n’est encore qu’une activité marginale.
Quelles œuvres montrez-vous à la Villa Empain ?
Pour cette présentation, j’ai spécialement créé une nouvelle pièce, inspirée de la dentelle, à partir d’un motif rural. Le siège circulaire « Circus », façon filet, travaillé à partir de la structure d’un trampoline est aussi exposé.
Spell blanket, installation au Wonder festival. - Jeroen Verrecht
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