
Pour comprendre l’engouement actuel, il faut replonger dans les années 1950. À l’époque, la montre de plongée n’est pas un accessoire de mode, mais une nécessité vitale. Son cahier des charges est spartiate : lisibilité absolue en eaux troubles, lunette tournante unidirectionnelle pour sécuriser la réserve d’air et étanchéité à toute épreuve. C’est dans ce contexte que naissent les deux piliers du genre : la Blancpain Fifty Fathoms (1953), conçue pour les nageurs de combat français, et la Rolex Submariner (1954). Si la première incarne un aspect technique très martial, la seconde va populariser l’esthétique « diver » auprès du grand public. Ces pièces, que l’on portait naguère sur des combinaisons de néoprène, sont désormais le Graal des salles de ventes autant que les stars des coffres-forts.
Confirmation au marteau
L’actualité récente le prouve : le 22 mars dernier, en l’Hôtel des Ventes des Quinconces de Bordeaux, une LIP Blancpain Fifty Fathoms de 1958 affolait les compteurs. Adjugée 16.500 euros (hors frais), au-delà de l’estimation haute, cette pièce à la double signature, comme d’ailleurs à la double nationalité, rappelle une époque où la distribution des montres était une affaire d’alliances stratégiques. Un résultat loin d’être un épiphénomène, qui confirme que les collectionneurs ne recherchent plus seulement une marque, mais une ‘‘patine d’histoire’’, aux détails esthétiques qui valent leur pesant d’or. Le marché actuel est ainsi dominé par une hiérarchie claire, où rareté et provenance (notamment militaire) dictent leur loi. L’idéal absolu s’incarne dans les Rolex ‘‘Milsub’’ (réf. 5513 ou 5517) de la British Royal Navy.
Et, à ce niveau, on ne parle plus d’horlogerie mais d’actif financier. Un exemplaire en état d’origine peut ainsi aisément franchir la barre des 250.000 euros, en vente publique à Genève. Pour sa part, l’icône professionnelle est l’Omega Seamaster 300 ‘‘Big Triangle’’ de dotation militaire. Si un modèle civil se négocie entre 8.000 et 12.000 euros, les versions militaires authentifiées avec marquages au dos s’envolent désormais dans les 30.000 euros. À ne pas négliger non plus, les Tudor Submariner 9401 bleues. Longtemps demeurées dans l’ombre de leur grande sœur Rolex, elles ont vu leur cote exploser. Comptez entre 25.000 et 45.000 euros pour une pièce ayant servi dans les rangs de la marine française.

Des pépites encore accessibles ?
Si ces vedettes du marché sont devenues inaccessibles pour le néophyte, des segments demeurent encore sous-cotés, offrant un potentiel de progression réel. Avec ses élégants boîtiers Super-Compressor, la Longines Admiral ‘‘Skin Diver’’ offre ainsi une alternative raffinée, avec de beaux exemplaires encore à chiner entre 2.500 et 4.500 euros. Fleuron français des années 1970 et porte d’entrée idéale pour le collectionneur averti, la Yema Superman vintage se négocie, pour sa part, entre 1.200 et 2.500 euros, pour les modèles avec brevet de bloque-lunette et mouvement automatique.
Enfin, marque de niche, prisée des plongeurs de la Marine Nationale et valeur sûre face à la standardisation actuelle, la ZRC Grands Fonds propose un design radical, avec sa couronne à 6 heures. Les modèles vintage « Série 2 » oscillent entre 4.000 et 7.000 euros. Curieusement, malgré une obsolescence technique face aux ordinateurs de plongée modernes, la montre de plongée a donc réussi le tour de force de rester pertinente, en ce qu’elle incarne une forme de liberté et de résilience.

Quelques conseils
Toutefois, dans un marché où les prix s’envolent, la tentation est grande de ‘‘maquiller’’ l’histoire. Voici dès lors trois points de vigilance à ne jamais négliger : lorsque, dans les années 1970, une montre de plongée militaire (Tudor MN ou Rolex Milsub) retournait en atelier pour révision, il n’était pas rare que l’horloger remplace le cadran au Tritium piqué par un cadran de service neuf au Luminova. Si la montre brille encore dans le noir, méfiance ! Pour un collectionneur puriste, un cadran de service peut diviser la valeur de la pièce par deux. L’authenticité prime donc sur la fonctionnalité… Se méfier aussi des montres dites ‘‘Frankenstein’, assemblées à partir de pièces disparates. Par exemple, une lunette d’une référence Rolex 5513 montée sur un boîtier de 5512, ou un mouvement provenant d’un modèle civil inséré dans un boîtier militaire. On vérifiera toujours la cohérence entre le numéro de série du boîtier et celui du mouvement.
À ce titre, un certificat d’origine ou un extrait d’archives de la manufacture reste votre meilleur allié. Enfin, qu’on ne s’y trompe pas, une Fifty Fathoms de 1958, aussi rutilante soit-elle, n’est plus étanche ! Les joints d’époque ont séché et les boîtiers ont pu subir une micro-corrosion. Sauf passage certifié en atelier spécialisé, il s’agit de considérer ces icônes comme des ‘‘montres de terre ferme’’. Car une simple immersion accidentelle pourrait bien transformer votre investissement en un irréversible drame de décompression…
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