Une fois encore, ce sont les remous de l’Histoire qui ont donné lieu à un épisode marquant de l’histoire de la côte belge. Nous sommes dans les années 1930. Plus précisément en 1933. Adolf Hitler arrive au pouvoir et parmi les personnalités dans sa ligne de mire, se trouve le célèbre physicien. Scientifique, pacifiste, juif… Albert Einstein représentait tout ce que Hitler haïssait.
Par chance, à cette époque, le physicien et son épouse séjournent aux États-Unis, en Californie, où il est invité par la faculté de Caltech. Au départ, le couple souhaitait rentrer en Allemagne, mais sur place, dès mars, le IIIe Reich met en place différentes lois ciblant les juifs et les communistes. L’appartement berlinois des Einstein est mis à sac, leurs biens confisqués, leurs comptes sont gelés. Leur résidence secondaire, à Caputh, est également perquisitionnée (les nazis en feront par la suite une base pour les jeunesses hitlériennes !).
Il ne fait à l’époque aucun doute que le régime nazi veut se débarrasser du scientifique, qui décide de ne plus rentrer en Allemagne. Sa tête mise à prix, c’est en Belgique qu’il va trouver refuge… Arrivé à Anvers le 28 mars 1933, Albert Einstein va d’ailleurs remettre son passeport au consulat allemand et renoncer à sa nationalité allemande. Lui et son épouse sont accueillis par le professeur Arthur De Groodt et sa femme, qui leur offrent un refuge temporaire au château de Cantecroy, à Mortsel.
Direction le Coq-sur-Mer
Grâce à ses contacts dans la station du Coq-sur-Mer, Madame De Groodt trouve un logement pour le couple : la Villa Savoyarde, sise au numéro 3 de la Shakespearelaan, dans le quartier de La Concession. Un quartier célèbre pour ses jolies villas de style anglo-normand, ses rues courbes et son abondante végétation. Un écrin paisible, loin du tumulte, pour le couple, qui y pose ses valises en avril et y résidera pendant six mois. Durant cette période, Einstein est devenu une figure familière de la petite station de notre littoral, où il aimait se promener, faisant notamment halte à l’Hôtel Belle Vue.

Mais l’atmosphère n’est pas totalement paisible : des menaces d’attentat circulent en effet et la gendarmerie belge a pour mission d’assurer sa protection. Deux agents veillent en permanence sur lui à la demande de la famille royale belge, dont le scientifique est par ailleurs proche. Surtout de la reine Elisabeth, avec qui il partage une même passion pour les sciences et la musique. Outre la Reine, des scientifiques, écrivains et artistes viendront lui rendre visite. Dont le peintre James Ensor et le romancier Aldous Huxley. Einstein donnera également des conférences à Bruxelles, Oxford et Ostende. Il participera même à un récital de violon au Kursaal d’Ostende. Le 8 septembre 1933, Einstein quitte le Coq-sur-Mer pour l’Angleterre avant de rejoindre Princeton. Il ne reviendra jamais vivre en Europe.
Sur les traces d’Einstein
De nos jours, si la Villa Savoyarde existe toujours, elle ne peut être visitée. On peut cependant y voir une plaque commémorative rappelant le passage du scientifique dans ses murs. Elle fait tout logiquement partie des étapes d’une visite guidée organisée par la ville, qui invite à découvrir ses rues et quartiers (surtout celui de La Concession) en marchant sur les traces d’Albert Einstein.

Étirée sur un peu plus de quatre kilomètres, elle passe entre autres par la station de tram Belle Époque, d’où il est descendu à son arrivée, et qui est restée dans « son jus », et une statue de bronze, installée dans l’avenue Normandie depuis 2006. Le scientifique y est représenté assis sur un banc, comme s’il regardait les passants, les invitant à s’immortaliser à ses côtés.

L’itinéraire de la visite est disponible auprès de l’office du tourisme du Coq.
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