
Soyons clair d’emblée. L’univers d’era, nouveau restaurant fraîchement installé à Bruxelles, n’avait a priori rien pour nous séduire. Du moins en apparence. Des canapés molletonnés en velours, des lustres géants et un parquet ancien côtoyaient un plat d’huître à l’apparence trop travaillé, une esthétique un peu trop léchée et des prix un peu trop exorbitants. Oui, ce nouveau resto avait tout de l’adresse surfaite. Et pourtant, era est peut-être la preuve flagrante qu’il ne faut jamais se fier aux apparences.
Découvrez en images notre expérience chez era :
Un lieu imprégné d’Histoire
C’est même la bonne surprise de la rentrée. Le restaurant a pris place au cœur du nouvel hôtel Fleur de ville, un petit bijou d’art aux allures d’Agatha Christie installé à deux pas de la Place des Martyrs. Mais era n’est pas qu’un restaurant d’hôtel, au contraire, ses portes sont ouvertes à toutes et tous, à condition de repérer l’adresse derrière la jolie façade néoclassique. Effet « waw » garanti dès que l’on franchit la somptueuse porte en fer forgé de ce bâtiment qui fut autrefois la Caisse Générale d’Épargne et de Retraite, une institution financière de premier plan dans la capitale. Aux détails architecturaux imprégnés d’histoire se mêle la déco contemporaine signée par le designer Saar Zafrir, basé à Amsterdam.
Le lieu peut paraître un peu impressionnant de prime abord, voire carrément écrasant. D’autant qu’il faut monter un escalier en marbre majestueux avec une hallucinante hauteur sous plafond pour atteindre la salle de restaurant à l’étage. Se dévoile alors un espace cosy d’une quarantaine de couverts à peine. Les fenêtres gigantesques donnent sur la tour de l’Hôtel de ville qui scintille au loin. On se glisse, non, on se coule dans un siège. L’atmosphère devient soudain enveloppante, on se met à l’aise.
Un menu surprenant
Ce qui vient casser le côté guindé, c’est étonnamment le service, précis et soigné, mais qui opère en toute décontraction. Les barmen viennent de chez Green Lab et de la compagnie ABC, idem pour le personnel en salle qui n’a pas forcément fait ses armes dans des grandes maisons. Pourtant, c’est sans faille. Les cocktails sont grandioses, et surtout d’une extrême finesse. On sirote un Reminiscence au bourbon, pomme verte et sirop de wasabi pour s’offrir le petit « kick » qu’il faut. Pour les palais qui préfèrent opérer en douceur, place à un Elysium composé d’un gin aromatisé au fenouil, du yuzu, fleur d’oranger et Champagne.
Pendant ce temps, on zieute la carte courte mais alléchante. Et on se laisse tenter par les huîtres pimpées avec du garum de porc (la petite touche d’umami), de l’huile de chili, un soupçon de caviar et du citron, mais aussi par les croquettes de poireaux saupoudrées de Comte. Ensuite, place sans doute au meilleur moment du dîner, lorsque le sashimi d’hamachi arrive avec ses lamelles de radis marinés très fines elles aussi, et sa sauce ponzu à l’orange sanguine et à l’huile de ciboulette. Tuerie monumentale dans laquelle on vous conseille – on vous exhorte même – à fare la scarpetta, c’est-à-dire à tremper allègrement un pain au levain signé Mains (que l’on vous sert avec un beurre miso fouetté à tomber).
L’autre climax du repas : la brochette de hampe et ris de veau, que la serveuse vous conseille également de retirer de la pique pour former la fameuse « bouchée parfaite » avec la sucrine grillée, la purée de pomme de terre hyper aérienne et la sauce Café de Paris qui l’accompagnent. C’est fondant et tendre à la fois. Avec un jeu constant entre les saveurs d’ici et de là-bas. Le palais déambule du Japon à l’Indonésie en passant par l’Italie sans perdre ses repères grâce à des produits de qualité de chez nous que l’on connaît très bien. Bref, la cuisine du jeune chef Yonatan Cohen – malgré son relatif anonymat – est savoureuse et surprenante, particulièrement en termes de cuisson et d’assaisonnement. L’occasion de rappeler qu’il ne faut pas forcément un grand nom pour faire de très belles choses.
Une qualité qui exige un certain coût
Seule petite précaution : le prix, bien qu’il se justifie largement au vu de la qualité des produits. Comptez environ 16€ le cocktail, entre 12 et 22€ l’amuse-bouche (2pcs), entre 18 et 36€ l’entrée et entre 11 et 13€ par 100g de poisson ou de viande en plat principal. Si vous avez le budget, c’est le moment de se faire plaisir car chaque assiette se vaut largement. Si l’adresse vous tente, mais que le budget est un peu plus serré, on vous conseille de prendre 2 snacks et 2 entrées à deux, car les quantités sont largement suffisantes. Ça fait 86€ pour deux sans les boissons. Ce qui est finalement le prix d’un bon gastro... hors de Bruxelles !
Infos :
Où ? Rue du Fossé aux Loups 46, 1000 Bruxelles
Quand ? Du lundi au vendredi de 7h à 10h30, et le week-end de 7h à 11h pour le petit-déjeuner. Pour le dîner, rendez-vous du mardi au samedi de 18h à minuit.
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