Jean Prouvé, l’architecte des temps modernes - Jean Prouvé - Magali Eylenbosch

Jean Prouvé, l’architecte des temps modernes

Jean Prouvé fait partie de ceux qui voulaient que le design ne se limite pas à une conception intellectualiste de la création industrielle, mais ouvre un dialogue social, tisse des liens, soit un témoin de la modernité.
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Né le 8 avril 1901 dans le 14e arrondissement de Paris, Jean Prouvé est l’une des figures emblématiques du design et de l’architecture du XXe siècle. Ce n’est peut-être pas le plus connu du grand public, pourtant c’était l’un des plus visionnaires. Il grandit au sein d’une famille d’artistes nancéiens. Son père, Victor Prouvé, est un peintre et un sculpteur reconnu, sa mère, Marie Duhamel, est pianiste. Si les arts ont toujours occupé une place importante, il pense d’abord mener une carrière d’ingénieur. Les aléas de la vie l’empêchent d’emprunter cette voie. Il suit donc un apprentissage en orfèvrerie et ferronnerie chez Emile Robert, à Enghien, et Georges Szabo, à Paris. Deux artisans particulièrement réputés pour leur savoir-faire. Après avoir appris à travailler la matière, à la façonner, à se l’approprier, il ouvre son propre atelier à Nancy, début des années 1920. L’architecte parisien, Robert Mallet-Stevens décèle son potentiel et lui commande une grille pour la maison Reifenberg (1926), ainsi que pour d’autres lieux dont le casino de Saint-Jean-de Luz ou l’hôtel-atelier des frères Martel à Paris (rue Mallet-Stevens, au cœur du 16e arrondissement). De son amitié avec André Fontaine, historien et journaliste progressiste, il retiendra surtout l’essentiel : ne jamais copier.

En vidéo, on vous décrypte la méthode JATO :

La matière en évolution 

Jean Prouvé est un pionnier. Il abandonne assez rapidement le style Art nouveau pour se tourner vers des réalisations plus modernes. L’acier inoxydable devient son matériau de prédilection. Il en explore les propriétés, expérimente les avantages, met au point des procédés innovants, et crée sa « chaise inclinable », en toile et tôle d’acier pliée laquée. Son approche inspire d’ailleurs encore de nombreux designers contemporains. En 1929, Jean Prouvé fonde l’Union des artistes modernes (UAM) aux côtés de Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Charlotte Perriand et Robert Mallet-Stevens. Ceux-ci rejettent l’ornement et toutes notions décoratives au profit de la fonction et de la structure. Ils privilégient également l’exploitation de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques pour s’ancrer dans une vision moderne et revalorisée des arts décoratifs.

Différents projets pour des collectivités, notamment à vocation éducative, lui permettront d’appliquer ses procédés novateurs et l’inciteront à abandonner définitivement la ferronnerie traditionnelle. Petite anecdote : après son élection en 1919, le maire de Boulogne-Billancourt décide de faire bâtir un hôtel de ville digne du lieu qui est alors en plein essor. Celui de Schaerbeek sera une véritable source d’inspiration. Il confiera la réalisation des rampes, cloisons et porte d’entrée à l’atelier de Jean Prouvé.

Architecture et renouveau 

La Seconde Guerre mondiale arrive. Jean Prouvé s’engage dans la résistance. Dans sa vie, comme dans son travail, on retrouve sa conception humaniste de la société. « Le bien-être pour tous », c’est là qu’il a un rôle à jouer. À la libération, il devient maire de Nancy. Pendant cette période sombre, l’acier se fait rare et l’oblige à s’ouvrir à de nouveaux horizons. Tout au long de son parcours atypique, il se formera souvent sur le tas. S’il n’a pas de diplôme, il a du talent, voire du génie. Cette fois, il mettra ses compétences au service de la nation et s’emploiera, avec une équipe de 200 personnes, à construire des maisons et écoles préfabriquées, dans les ateliers Maxéville, en Lorraine. Il n’en est pas à ses premiers pas dans le domaine de l’architecture.

Déjà en 1938, il a imaginé une maison de week-end en acier. Le métal est encore et toujours au centre de ses créations. Il se penche aussi sur du mobilier avec, notamment, le célèbre fauteuil kangourou et le tabouret 307, deux pièces rééditées par Vitra depuis 2022. En 1956, le prototype de sa maison Les Jours Meilleurs sera présenté au Salon des arts ménagers. Il s’agit d’un véritable condensé de son idéal d’habitat industrialisé. Le projet est ambitieux, dynamique et pensé pour apporter une solution rapide et pérenne pour le logement d’urgence. Hélas, il ne sera pas développé, faute d’une homologation officielle. La filière béton sera privilégiée par les autorités. Plus tard, Jean Prouvé deviendra architecte conseil indépendant à la tête d’un bureau à Paris. De 1957 à 1970, titulaire d’une chaire de professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, il transmet à ses étudiants son expérience dans le domaine de la construction industrielle et son intégration dans l’environnement. En 1971, il préside le jury du concours pour la construction du Centre Pompidou à Paris. C’est le projet de deux architectes alors inconnus, Renzo Piano et Richard Rogers, qui sera choisi.

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Fauteuil kangourou, réédité par Vitra

Aujourd’hui, Vitra développe et réédite les modèles Jean Prouvé en étroite collaboration avec Catherine Prouvé, la fille de celui qui se définissait comme un homme d’usine. Il ne se revendiquait ni architecte, ni ingénieur. Pourtant son œuvre est riche de tout ce qui peut être construit et fabriqué industriellement, du coupe-papier aux ferrures de portes et de fenêtres, des luminaires aux meubles ou aux maisons préfabriquées.

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L’Ermitage

L’Ermitage, une pépite au cœur des Vosges

Une histoire insolite, un parc thermal de 650 hectares particulièrement bucolique, et une bâtisse qui a tout pour séduire les amateurs de patrimoine font du club Med Vittel Ermitage une destination des plus séduisantes pour un week-end à quelque 400 km de Bruxelles. Dix mois de travaux pour un montant de 15 millions d’euros ont permis à la bâtisse Art déco de retrouver son lustre d’antan. Le lieu se distingue essentiellement par ses éléments architecturaux inscrits à l’inventaire des Monuments historiques. En 1854, l’avocat Louis Bouloumié, alors en cure près de Vittel, découvre les bienfaits de l’eau de la source éponyme sur son affection digestive. Il décide de faire l’acquisition du pré dans lequel jaillit cette Grande Source, également appelée fontaine de Gérémoy. Un an plus tard, autorisé à exploiter celle-ci, il crée la station thermale de Vittel. À partir de 1860, il l’agrandit avec un hôtel et un parc. Puis, à l’orée du XXe siècle, la famille Bouloumié poursuit l’extension de ce domaine avec une seconde bâtisse. Le chantier est confié à l’architecte Fernand César et le double escalier monumental à l’architecte Jean Prouvé. Motifs graphiques des rideaux et coussins, fresque au-dessus de chaque tête de lit en cuir et acajou, penderies marquetées, accord de couleurs tout en douceur, aujourd’hui, tout se répond et se fond dans le respect des éléments classés en façade ou en intérieur. À l’instar des salles de bains des chambres existantes avant la rénovation qui conservent leur baignoire et la mosaïque d’origine. Un charme d’antan qui n’a rien de suranné.

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