
Mario Olimpio a l’art de créer des restaurants où l’on se sent comme chez soi. Chez Primo et ses pâtes fraîches, on a opté pour une déco iconoclastes au sein d’une sorte de resto-appart qui offre une version modernisée de la trattoria. Chez Ciccio, on a cette fois misé sur un petit local intimiste en entresol, qui dévoile une jolie courette insoupçonnée à l’arrière. La troisième adresse du food-entrepreneur, ouverte depuis quelques semaines à peine, allait forcément proposer un cadre complètement atypique et personnel elle aussi.
Découvrez en vidéo notre immersion chez Ciccio :
Ésotérisme et objets chinés
Puisque Mario ne fait rien comme les autres, il s’est inspiré d’un monument que l’on ne visite jamais ou presque à Rome pour concevoir la déco de sa nouvelle adresse. La « Porta Alchemica » est une porte condamnée surmontée de symboles occultes, mais snobée par la plupart des touristes malgré sa bonne dose de magie et d’ésotérisme. C’est l’idée de MATTO, qui signifie « fou » en Italien : offrir un cadre où l’alchimie règne en maître.
Pour y parvenir, on grimpe dans un couloir sombre orné d’inscriptions. On pousse une porte sans écriteau et entre dans l’intimité d’une maison de maître aux murs colorés, décorée presque entièrement avec des trouvailles chinées par Mario lui-même. Vieille lampe de grand-mère, jolie desserte dénichée, anciens tableaux de famille ou encore objets récupérés ici et là… le tout s’accorde avec un mobilier contemporain. Malgré ses atours énigmatiques, on s’y sent comme chez soi. Dans un coin, un tourne-disque joue en fond un vieux morceau de jazz de Jimmy Smith. Pendant ce temps, Marco, vêtu d’un t-shirt large, vous accueille à bras ouverts. L’atmosphère est hors du temps.
Un menu-itinéraire
Comme beaucoup de nouveaux restos italiens, MATTO cherche à se libérer des codes conventionnels de la cuisine transalpine sans s’en détacher complètement. Aux fourneaux, le chef Giorgio Spatafora propose donc un menu-itinéraire en 5 chapitres. On commence par un spuntino (collation), avant d’enchaîner sur un poisson, une viande puis un plat végétarien et de clore le tout par un dolce.
L’idée ? Proposer des plats qu’on ne retrouve pas forcément ailleurs. Ça donne en « collation » – car les portions sont généreuses – une revisite des artichauts à la juive, spécialité romaine à base d’artichauts croustillants, ricotta et gremolata (11€). C’est frais, et délicieux. On retrouve aussi trois painzas de chez Ciccio, le petit frère installé juste en dessous. On choisit la version végé, garnie de mousse de champignons à la fève de tonka, champignons des bois trifolati, parmigiano et noisettes (18€). On le mange en toute liberté, façon pizza, en se salissant les doigts.
Côté pesce, on pique la fourchette dans leur poisson du moment (issu d’une pêche durable de la mer du Nord), orzotto, fumet de poisson au saké, lait de coco et salade croquante de chou-fleur (22€). Puis, côté carne, dans l’effiloché de porc confit, poêlée de butternut émulsion de beurre de sauge, le tout rehaussé par du taleggio (un fromage moelleux italien), un jus corsé au Primitivo et de la fève de cacao (22€). Miam !
Simplicité sans compromis
L’adresse, malgré son caractère bien trempé, a déjà tout de la valeur sûre où l’on pense déjà à réserver la porte à peine franchie. Car si la cuisine ne révolutionne pas le genre, elle fait mieux : concilier prix abordables, portions généreuses et recettes sans compromis. Comptez une trentaine d’euros par tête seulement côté plats, et entre 6 et 7€ le verre de vin. Le mixe-matche de produits locaux et de spécialités italiennes fonctionne bien, les painzas sont le petit plaisir régressif qui vient couronner le tout. C’est parfait pour un tête-à-tête, et encore mieux pour un dîner entre potes.
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