
C’est une tradition dans le monde viticole : le Beaujolais nouveau débarque tous les ans le troisième jeudi du mois de novembre. Cette année, ce jour tombe donc le jeudi 21 novembre 2024. L’occasion de se pencher sur ce primeur souvent mal-aimé avec Simon Pirard, caviste chez Vins Pirard.
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Comment est né le Beaujolais nouveau ?
Retour en 1951. Le 11 mars précisément, un arrêté publié au Journal officiel bouleverse les pratiques des vignerons : les vins bénéficiant de l’appellation d’origine contrôlée (AOC) ne peuvent être commercialisés avant le 15 décembre. Un coup dur pour les producteurs du Beaujolais, qui misent sur la vente rapide de leur vin de l’année.
Face à cette contrainte, l’Union Viticole du Beaujolais contre-attaque et obtient gain de cause le 13 novembre 1951. Elle décroche le droit de commercialiser ses vins en primeur, bien avant la date imposée par la réglementation. Mais pour éviter les complications administratives – comme la validation des vins qui ne pouvait pas se faire un dimanche – une date fixe est choisie : ce sera désormais le troisième jeudi de novembre.
Si, à l’époque, cette tradition reste confinée aux villages de la région, elle connaît une véritable révolution dans les années 1970 grâce à un visionnaire : Georges Duboeuf. Ce négociant de talent transforme le lancement du Beaujolais nouveau en événement international. Avec un sens aigu du marketing, il fait du primeur un symbole de convivialité et de fête. Résultat ? Ce vin léger et fruité s’exporte dans le monde entier, devenant une institution, malgré les critiques qui l’accompagnent souvent.
Un vin mal compris ?
Simon Pirard pointe deux grandes raisons à la mauvaise réputation du Beaujolais nouveau chez les amateurs éclairés.
« Il y a d’abord un biais historique, explique-t-il. Pendant des années, on en produisait à la chaîne, et la qualité en pâtissait. Certains vignerons utilisaient des levures industrielles, comme la célèbre 71B, qui donnaient au vin ce goût artificiel de banane. Tout ça pour accélérer la vinification et sacrifier l’identité du terroir sur l’autel de la rentabilité. On produisait vite, mais sans âme ». Mais aujourd’hui, Simon tient à le souligner : beaucoup de Beaujolais nouveau sont de très belle facture. « Encore faut-il les apprécier pour ce qu’ils sont, sans chercher à y trouver la complexité d’un grand cru. »
Autre problème : la surévaluation du Beaujolais nouveau. « C’est un vin simple, convivial, qu’on partage entre copains, un vrai vin ‘glou-glou’ sans autre prétention que de rassembler autour d’un verre. Il incarne l’esprit de fête ». Pourtant, selon lui, les faux connaisseurs s’attendent à y retrouver la complexité d’un grand vin. « Ils veulent de l’ampleur, des arômes qui se développent, une longueur en bouche infinie… tout ce jargon qu’ils aiment dérouler à table. Mais le Beaujolais nouveau, lui, n’en a rien à faire ! Et c’est bien là tout son charme. »
Un effet domino
Inutile d’évoquer la longueur en bouche ou l’élevage en barriques ici. Le Beaujolais nouveau, c’est avant tout un vin simple et direct, sur le fruit, issu du cépage gamay, emblématique de toute la région du Beaujolais. Léger, facile et souple, il est pensé pour être partagé sans chichis .« Quand on parle du Beaujolais nouveau, on entend presque les verres s’entrechoquer, plaisante Simon Pirard. C’est l’excuse parfaite pour trinquer entre amis et démarrer le week-end dès le jeudi ! »
Cependant, sa popularité a un revers : elle ternit parfois la réputation des autres vins de la région. « Le Beaujolais nouveau, c’est simplement le premier vin de l’année, précise Simon. Chez certains vignerons, ce même vin, embouteillé quelques mois plus tard, s’appellera simplement Beaujolais ». Et pourtant, la région regorge de trésors vinicoles souvent méconnus. Avec ses 10 crus – Saint-Amour, Moulin-à-Vent, Fleurie, Morgon et autres – le Beaujolais peut aussi offrir des vins bien plus complexes, voire de garde.
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