Pourquoi est-on soudain envahi de coffee shop ? - Les coffee shop continuent de fleurir à Bruxelles et en Europe. Et ce n’est pas terminé.... - Camille Vernin

Pourquoi est-on soudain envahi de coffee shop ?

Longtemps considérés comme des repaires de vieux briscards ou des haltes anodines, les cafés se réinventent et séduisent une nouvelle génération. Aujourd’hui, plus que des lieux de passage, ils deviennent des temples de la culture branchée et du café de spécialité, où l’artisanat rencontre l’innovation.
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Barkboy, Koukou, Drache, Virginia… C’est comme s’il ne se passait pas un jour sans qu’un nouveau coffee shop pointe le bout de son nez à Bruxelles, en Belgique, et même partout dans le monde. Un engouement de la Gen-Z qui tire son origine dans une tradition pourtant vieille comme le monde. Celle des cafés, qu’il s’agisse de troquets de quartier, de bistrots ou de grands palaces. La romancière et comédienne Léa Wiazemsky, qui a grandi dans l’atmosphère chaleureuse de ces « secondes maisons » leur a carrément dédié un roman : « Petit éloge des cafés ». Des lieux qu’elle compare à des « micro-mondes porteurs de petites histoires, et parfois de grandes ».

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Du bistrot de quartier au « bar à café »

Des lieux qui tendent aussi à disparaître, dans les villes comme dans les campagnes. On en comptait plus de 200 000 dans les années 60, contre 35 000 aujourd’hui. Mais si ces refuges propices aux pensées vagabondes disparaissent sous leur forme d’antan, ils ressurgissent aujourd’hui avec un nouveau lifting. Loin de la planque en moleskine et formica, le café connaît un grand renouveau. Des adresses tendances qui vont sans doute accabler les piliers de bar attachés au charme de leurs impérissables bruns cafés, mais qui en attirent d’autres, des jeunes, des enfants, et des femmes.

« Les familles peuvent venir avec leurs enfants et les travailleurs avec leurs clients. Les préoccupations autour de la santé ont changé : le café, c’est mieux que la pinte de Jup’ », explique Grégory Sorgeloose, expert des l’HoReCa. « Il faut aussi savoir que trois-quarts des cafés sont sous contrat de brasserie. C’est un phénomène très belge. Ils sont donc obligés de vendre la marque de bière et de café du brasseur dont ils dépendent, avec un objectif de consommation en hectolitres chaque mois. Souvent, c’est une marque mainstream plus neutre. Difficile d’offrir une vraie expérience café… Dès lors, les palais se tournent aujourd’hui vers les nouveaux concepts indépendants et soucieux de la qualité de leurs fournisseurs. »

Une tendance bobo

Désormais, les coffee shops ultra-soignés s’imposent, fièrement équipés de machines Marzocco à 10 000 euros. Ce concept, devenu l’incarnation du branché, suscite les critiques, certains dénonçant un délire bobo, voire carrément snob. Il suffit de jeter un œil aux quartiers où ils se développent le plus : Saint-Gilles, Ixelles, Uccle… des adresses où le café rivalise avec l’attitude.

Côté goût, on s’éclate en revanche. On a troqué l’Americano classique pour des frappuccinos, des cold brews et autres créations que l’on savoure désormais tout au long des saisons. Les recettes se veulent plus funs, graphiques et colorées. En témoignent les matcha latte, flat white et autres babyccinos. La qualité du café n’a jamais été aussi importante. Le terme « café de spécialité » est désormais sur toutes les bouches, soit des cafés de qualité, éthiques et aux multiples arômes. En Belgique, les torréfacteurs locaux comme WideAwake Coffee, MOK, Torrefactory ou Corica font rayonner leur savoir-faire, chacun avec une touche unique et un caractère bien trempé.

… ou accommodante ?

À côté de l’aspect « tendance », il y a l’aspect pratique. C’est un fait moins connu mais, aux yeux des bailleurs, les coffee shops ont tout pour plaire. « Je suis pensionné et j’ai un immeuble avec un rez commercial et des locataires dans les appartements au-dessus. Je n’ai pas envie de les perdre », ajoute Gregory. « Un coffee shop, c’est le plan parfait. Exit les odeurs, les nuisances sonores et les marchandises dans les couloirs communs. En plus, ils n’ouvrent que de jour ». Celui qui a près de 23 ans d’expérience dans le métier nous raconte que les litiges et actions en justice sont légion dans le métier, ce qui explique que le sujet soit fréquemment mis sur le tapis lors de la signature d’un bail commercial.

Scroll et cappuccino

Instagram et TikTok ont eux aussi joué un rôle dans l’essor de cette tendance. Sur les réseaux, on cherche sans arrêt à surprendre et à créer l’événement. À Bruxelles, Buddy Buddy a été l’un des premiers à transformer le coffee shop en ovni architectural. Barkboy a démultiplié l’expérience de dégustation en proposant des canettes en verre en guise de contenants. Chez Seven, le café devient pharmacie grâce à des shakes de superaliments. Oui, pendant que les adresses dédiées au café se multiplient, sa clientèle évolue. Il est loin le temps des cafés qui fédèrent pour par cher. Bien qu’il reste toujours possible de se commander un espresso au comptoir pour la modique somme d’un euro, comme c’est le cas au Coq, un café pourtant réputé « branché ».

De là à risquer la saturation ?

« Comparé aux villes étrangères comme Paris ou Londres, on est encore très loin de la saturation. On le remarque, les tendances évoluent par vagues. C’est comme pour les pizzas, burgers et pokés. Fika, Belga&Co, ou encore Natural Caffèes ont « créé » la tendance. Puis une seconde vague est arrivée, puis une troisième et ainsi de suite. Chaque vague efface l’ancienne ou amène de nouvelles choses. C’est ce qui modernise constamment l’HoReCa, et c’est ce qui est génial. »

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