
Il y a ces repas que l’on prend par nécessité, et puis il y a ceux qui prolongent un moment. Ceux qui se glissent dans les interstices d’une visite de musée ou d’une soirée au théâtre. Les restaurants installés dans les lieux culturels sont de ces escales un peu particulières, où la gastronomie ne se suffit pas à elle-même mais dialogue avec l’art et l’histoire. Deux adresses bruxelloises incarnent à merveille cette alchimie : le Resto des Tanneurs et Gédéon, niché dans le Musée d’Art & d’Histoire.
Quand la table prolonge l’expérience culturelle
Ces lieux ont ceci de particulier qu’ils s’inscrivent dans un continuum : ils ne se suffisent pas à eux-mêmes mais enrichissent ce que l’on est venu chercher. Longtemps, ils sont apparus comme des sas de transition entre l’art et le quotidien. Des bulles où l’on digère aussi bien une mise en scène percutante qu’un repas pris sur le pouce. Une façon de prolonger l’expérience, et de partager son ressenti. Néanmoins, de plus en plus d’adresses s’imposent aujourd’hui comme des buts en soi, lassées d’avoir à jouer les simples faire-valoir. C’est le cas de Gédéon, la cantine jolie comme un écrin du Musée d’Art & d’Histoire de Bruxelles, mais aussi du restaurant du Théâtre des Tanneurs, au style résolument urbain. Chacun, à leur façon, réinvente complètement ses critères d’origine.
Le Resto des Tanneurs, cantine vivante et engagée
Dans le quartier des Marolles, le Théâtre Les Tanneurs attire une faune bigarrée : amateurs de danse contemporaine, de théâtre engagé ou encore de discussions animées... Son restaurant, sans chichis mais profondément ancré dans son époque, fonctionne à l’image du lieu : sincère et vibrant. Sous la houlette de Daniel (feu Oma à Saint-Gilles) et Alice (qui tenait autrefois Le Relais du Triporteur auprès de sa mère, à quelques pas de là), l’adresse propose une carte qui évolue au gré des saisons et des producteurs locaux.
Des assiettes simples mais inspirées, à des prix accessibles. On dévore leur hot-dog signature carné (saucisse de Francfort, cheddar et oignons frits) ou végé (patate douce rôtie au paprika fumé, feta) le tout surmonté de coleslaw, mayo aux câpres et aux cornichons, ketchup et moutarde pour 9€. En plat du jour ce midi-là, place à un curry-coco au riz basmati parfumé à la citronnelle à base de courge (16€) ou de boulettes de viande agrémentées de noix de cajou et de coriandre fraîche (17€). On sert aussi une lasagne aux blettes, citron, noix et pecorino (17€), ou une frittata aux brocolis, patate douce, cheddar et pesto aux noix (14€).
Une carte courte mais efficace servie le midi et les soirs de représentation. Parfait pour un lunch quali le midi quand on est dans le coin, ou pour faire durer la soirée autour d’un verre après la pièce en se laissant imprégner par l’ambiance du lieu.
Gédéon, l’élégance feutrée d’un musée à l’assiette
À quelques kilomètres de là, le restaurant Gédéon, installé dans l’enceinte du Musée d’Art & d’Histoire de Bruxelles, joue une partition différente. Ici, place à une déco bourgeoise dont l’ambiance nous rappellerait presque celle des cafés parisiens : hauts plafonds, moulures, vastes verrières, grandes fenêtres donnant sur la verdure, parquet brut et banquettes en velours. Le tout pimpé avec un mobilier moderne ultra vitaminé. Le nom Gédéon est un hommage au premier architecte attaché à la construction du Cinquantenaire, Gédéon Bordiau, dont l’empreinte architecturale a façonné l’histoire du lieu.
Place à une cuisine vivante et rafraîchissante servie dans un service floral décalé. Au menu ? 3 entrées, 3 plats et 3 desserts. Ce jour-là, place à soufflé au fromage des montagnes, effeuillé de veau en basse température, skreï façon blanquette, braisé de joue de boeuf et chou pointu, solette meunière, orecchiette salciccia... La carte, hyper lisible, fait la part belle aux traditions de brasserie dans une chouette version actualisée. Comme cette rillette de saumon, concombre aigre doux et fines herbes, ou encore cette échine de porc déposée sur des gnocchi alla romana (une version romaine des gnocchi, à l’allure proche d’une polenta).
Côté prix, on monte légèrement en gamme, comptez entre 13 et 15€ l’entrée, 19 et 23€ le plat et 9€ le dessert. L’atout ? Son cadre apaisant au coeur du Cinquantenaire, loin de l’agitation de la ville. Parfait pour s’attarder après une immersion dans les collections du musée (mais pas que).
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