Le « liking gap » : pourquoi pense-t-on être moins apprécié qu’on ne l’est vraiment ? - Mais d’où vient ce bug social ? - Camille Vernin

Le « liking gap » : pourquoi pense-t-on être moins apprécié qu’on ne l’est vraiment ?

Selon la science, les autres nous trouvent bien plus sympathiques qu’on ne l’imagine. Ce phénomène, appelé « liking gap », revient en force sur les réseaux, TikTok en tête, et met un mot sur ce malaise social partagé. Décryptage d’un biais cognitif étrangement universel.
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Vous sortez d’un dîner, d’un date ou d’un apéro entre collègues. Et vous vous refaites la scène en boucle : « Pourquoi ai-je dit ça ? Ai-je ri trop fort ? Ils ont dû me trouver bizarre. » Spoiler : non, ils ne vous ont pas trouvé bizarre. Ils vous ont même probablement trouvé très sympa. C’est ce que démontre le « liking gap », ce petit bug social qui fait que l’on sous-estime systématiquement l’effet que l’on fait aux autres. Et si on arrêtait de croire qu’on est socialement mal aimé ?

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Le syndrome du « je suis relou »

On le connaît tous, ce syndrome. Ce moment de solitude intérieure où l’on se rejoue chaque mot, chaque geste, chaque blanc un peu trop long dans une conversation. À en croire notre cerveau, on serait en permanence à deux doigts d’être blacklisté de toute vie sociale. Pourtant, selon la science, ce serait tout l’inverse en réalité.

Ce sentiment, c’est le « liking gap » : l’écart entre la manière dont on pense avoir été perçu, et la manière dont les autres nous ont réellement vus. Et surprise, on marque souvent plus de points qu’on ne le croit.

Une découverte pas si nouvelle, mais toujours aussi frappante

Le terme « liking gap » ne date pas d’hier. Il était déjà théorisé en 2018 dans une étude menée par Erika Boothby, Gus Cooney et leur équipe de chercheurs. Leur constat est simple et cinglant : après une interaction, les gens ont tendance à croire qu’ils plaisent moins qu’ils ne plaisent réellement. Pour le prouver, ils ont fait discuter des inconnus, leur ont demandé ce qu’ils pensaient les uns des autres, et comparé les ressentis. Résultat ? Tout le monde se sous-estimait, tout le monde pensait avoir été un peu chiant, un peu awkward. Et tout le monde avait tort.

Plus fort encore, cet écart de perception persiste, même après des semaines ou des mois à vivre ou travailler ensemble. Comme si notre cerveau s’était mis en mode auto-sabotage social permanent. Dès 2023, le « liking Gap » devient viral sur TikTok. Et ce n’est pas surprenant. L’appli n’est qu’un miroir grossissant de nos anxiétés sociales contemporaines : peur d’être gênant, peur d’avoir « mal performé » en soirée, peur d’avoir été « trop ».

Mais pourquoi on fait ça ?

Il y a plusieurs pistes pour expliquer ce bug mental. D’abord, parce que lorsqu’on parle à quelqu’un, on est souvent trop occupé à gérer notre propre performance pour capter les signes que l’autre nous apprécie : un sourire, un hochement de tête, un « moi aussi ». Ensuite, parce qu’on a toutes et tous une petite voix intérieure (reloue) qui suranalyse nos moindres faits et gestes.

Selon les chercheurs, cette voix pourrait être un mécanisme de défense : mieux vaut se préparer au rejet que de se croire irrésistible et tomber de haut. Le hic ? Ce biais devient un frein, notamment quand il s’agit de se faire de nouveaux amis, de tisser des liens ou simplement de s’ouvrir aux autres.

Faut-il s’en inquiéter ? Ou s’en foutre ?

Bonne nouvelle : le « liking gap » tend à diminuer avec le temps. Plus on connaît quelqu’un, moins on doute de ce qu’il pense de nous. Autre bonne nouvelle : personne ne vous juge autant que vous ne le pensez. Si vous avez l’impression d’avoir été maladroit, sachez que l’autre est probablement trop occupé à se demander s’il n’a pas eu l’air, lui aussi, un peu à côté de la plaque.

Le plus ironique ? Tout le monde est tellement centré sur soi qu’il n’a souvent pas le temps de juger l’autre. Et cette prise de conscience a quelque chose de libérateur. Alors la prochaine fois que l’on rentrera de soirée en pensant que l’on a tout foiré, rappelons-nous que ce n’est pas forcément la vérité. C’est juste notre cerveau en roue libre, et on peut gentiment lui dire de se détendre un peu. Après tout, vous n’êtes pas un robot social programmé pour la perfection.

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