Scènes intimes, consentement,... : le tournant du cinéma post #MeToo - 50 nuances de Grey et ses scènes très intimes - Charlotte Vanbever

Scènes intimes, consentement,... : le tournant du cinéma post #MeToo

On les appelle des coordinateurs d’intimité. Encore rares chez nous, ces spécialistes exercent sur les plateaux de tournage un métier qui a émergé à l’ère post #Metoo. Une conséquence heureuse du mouvement « pour garantir le consentement des comédiens » lors de scènes plus érotiques, notamment. On vous propose une immersion dans l’intimité du 7e Art…
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Sur les plateaux de tournage américains, la présence d’un coordinateur d’intimité est devenue systématique. L’obligation n’existe pas mais, pour les productions hollywoodiennes, la morale est ainsi sauve…

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De ce côté-ci de l’Atlantique, et en Belgique particulièrement, la présence de ces médiateurs, garants du bien-être des comédiens et du respect du « consentement », n’est « pas encore une priorité absolue. Pour une question de budget notamment », explique Audrey Van Ouytsel, sociologue, thérapeute et, depuis un an, coordinatrice d’intimité (sur la série « Les trentenaires » de la Warner Bros, pour la RTBF). « On est là pour assurer le respect de l’intégrité physique et psychologique des comédiens lors de scènes d’amour mais aussi lorsqu’il s’agit de scènes psychologiquement plus difficiles. Il existe ce que j’appelle la ‘porosité’identitaire’, soit une identification au personnage qui peut être très forte et qui, parfois, a un fort impact sur la vie privée du comédien ».

Scènes intimes, consentement,... : le tournant du cinéma post #MeToo - Studio Canal - Charlotte Vanbever
La scène culte de « Basic Instinct » à une époque où les coordinateurs d’intimité étaient loin d’exister. - Studio Canal

Le travail du coordinateur d’intimité commence en amont. Scénario en main, une discussion s’impose avec les principaux concernés, réalisateur et comédiens. Le balisage des scènes plus intimes est ainsi posé. Mais à la demande de qui ? « Très souvent, c’est à la demande des acteurs. Mon rôle est de m’assurer de leur consentement, de connaître les limites qu’ils souhaitent imposer et, qu’effectivement, lors du tournage, leur volonté soit respectée. Je dois déchiffrer le non-verbal des comédiens lorsqu’ils jouent la scène. Et si je constate qu’ils ou elles sont mal à l’aise, je peux interrompre le tournage ».

À nu, la nuance

Dans sa fonction de « pare-feu », le coordinateur s’assure ainsi que toute « scène d’amour ne sera pas répétée 10 fois en pleine lumière. On veille à réduire le nombre personnes présentes sur le plateau et à tamiser un peu les lumières. On propose aussi aux acteurs de porter des sous-vêtements spéciaux qui passent inaperçus. Je peux, si elle en reçoit le besoin, me tenir à côté d’une actrice qui tourne seins nus pour lui tendre une serviette afin qu’elle se couvre la poitrine une fois la scène terminée. L’objectif est d’éviter toute situation de voyeurisme, chose à laquelle on ne faisait pas forcément attention avant. Ce n’est pas parce que tu es filmé dans une scène intime ou plus érotique que tu n’as pas droit à ton intimité. Ce n’est pas parce que tu te mets à nu que forcément tu l’es physiquement et psychologiquement ».

Toute la nuance, ténue pour certains qui peinent à l’intégrer dans leurs mœurs de tournage, se situe là…

Scènes intimes, consentement,... : le tournant du cinéma post #MeToo - DR - Charlotte Vanbever
La vie d’Adele, film aussi marquant que controversé pour ses scènes intimes. - DR

Pas que pour les femmes

Et la sociologue et coordinatrice d’intimité de donner l’exemple suivant : « j’ai assisté au tournage d’une scène assez érotique sous la douche. On a au préalable créé un climat intimiste, avec personne ou presque sur le plateau pendant les répétitions. Il faut, dans ce genre de cas comme dans d’autres, offrir ensuite un sas de décompression aux acteurs, qui ont besoin d’en parler. Dans ce cas-ci, on a mis en place un rituel pour l’actrice, afin qu’elle sorte de son personnage, et rentre chez elle après une douche purificatrice ».

Mais il serait faux de croire que les répercussions du mouvement #Metoo, telles que le recours à un coordinateur d’intimité ne concernent que le bien-être des femmes. « J’ai travaillé avec un acteur très mal à l’aise avec une scène d’amour. Il devait se retrouver dans l’intimité avec une fille de 20 ans de moins que lui. Il était malade à l’idée que, dans la rue, les gens puissent l’identifier à son personnage, l’interpellent pour le traiter de salaud. Le travail, dans ce genre de cas, est d’apprendre à l’acteur à relativiser certaines choses par rapport à son métier et sa sphère privée ». L’intime n’est pas que sexuel. Et la révolution #Metoo – et la redéfinition nécessaire du mot « consentement » – n’a pas pour unique conséquence le respect de la femme, mais bien celui de tous.

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