Notre série de l’été, l’art d’être une icône (1/8) :
Jennifer Lopez, du « block » jusqu’au top - Jennifer Lopez, 56 ans (ici portant sa robe mythique): icône de la méritocratie - charlotte vanbever

Notre série de l’été, l’art d’être une icône (1/8) : Jennifer Lopez, du « block » jusqu’au top

Elles et ils ont transcendé leur art et, à une époque où le terme « icône » est galvaudé, lui donnent son véritable sens. Stars des courts, des podiums ou de la scène, génies du design ou du goût, ils inspirent au-delà de ce qu’ils font et cela dure depuis des décennies. Alors qu’elles se retrouvent (une nouvelle fois) au centre de l’attention cet été, SoSoir vous explique en plusieurs chapitres pourquoi ces personnalités n’ont pas volé leur statut d’icône. Première démonstration avec Jennifer Lopez.
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En grec ancien, c’est l’image, la représentation. Mais aujourd’hui, une icône, c’est quoi ? On la reconnaît d’abord parce qu’elle fait partie de notre quotidien, qu’il est impossible de ne pas en connaître l’existence, analyse la docteure en sociologie Audrey Van Ouytsel. « L’icône jouit d’une visibilité extrême. Elle est largement connue et identifiable dans l’espace public, à l’échelle mondiale. Elle possède une aura visuelle et/ou esthétique dans une société de l’image ».

L’été des stars? Découvrez en vidéo comment elles décompressent:

Mais derrière l’image, il n’y a pas de vide. « L’icône représente plus que sa personne, mais une époque, un combat ou une émotion collective. Elle a une capacité à fasciner et marquer l’imaginaire, elle influence, fait rêver. La résilience et forcément la longévité caractérisent aussi une icône, forte d’un storytelling. » L’icône a une histoire à raconter, la sienne, dans une société qui a besoin d’être inspirée. « Elle a aussi un rôle politique et sociétal à jouer », continue la sociologue. « L’icône s’imbrique souvent dans des causes, représentant davantage d’origines, de genres ».

Elle a donc quelque chose à défendre, encore plus quand elle est femme. « Les icônes féminines aujourd’hui sont aussi dans l’hyper-contrôle d’elles-mêmes. Ce sont des femmes en maîtrise de leur corps, de leur image, de leur carrière. On attend d’elles qu’elles incarnent des ‘superwoman’ des temps modernes : à la fois sensuelles et naturelles, sympathiques et fortes, mères et indépendantes et insoumises… Sociologiquement, cela dit à quel point la société valorise les self-made women, mais au prix d’une pression immense. Paradoxalement, cette société patriarcale est féministe. Les icônes féminines portent donc des discours d’ ‘empowerment’ (de prise de pouvoir) tout en incarnant le ‘male gaze’ (soit la représentation de la femme d’un point de vue de l’homme hétérosexuel, ndlr). Elles réconcilient donc l’émancipation féminine et le désir masculin ».

Cependant, ambivalentes, les icônes fascinent autant qu’elles agacent. On aime parfois brûler ceux et celles qu’on a portés aux nues, mais l’icône renaîtra toujours de ses cendres. « Ce sont les mythologies modernes, elles condensent nos fantasmes, nos angoisses, nos contradictions. Ce sont des marques dont on attend qu’elles soient cohérentes, engagées et irréprochables, mais cela est fondamentalement impossible puisque les icônes restent avant tout humaines ».

Humaines mais (presque) immortelles. « Elles ont beau être ancrées dans une époque, elles traversent le temps au travers d’une forme de polyvalence ou de transformation ». Ce que le 21e siècle ne permet plus à ses starlettes émergentes, trop tôt qualifiées d’ « icônes », dépréciant ainsi le sens de ce mot. « L’image aujourd’hui prévaut sur le discours, on se retrouve donc dans un capitalisme de l’attention dans une époque saturée de contenu. Ce qui explique la difficulté à durer, plus qu’il y a plusieurs décennies. Aujourd’hui, le statut d’icône est compromis ».

Qu’est-ce que cela dit de nous, communs des mortels ? « Ces icônes sont les miroirs de nos aspirations. Elles révèlent notre fascination pour la réussite individuelle et la transformation de soi. Notre goût pour le spectaculaire. Elles parlent d’elles et de nous-mêmes. En somme, elles nous renseignent sur les valeurs dominantes mais aussi sur les failles de notre société, comme le culte de la performance, de l’apparence et de la célébrité. Elles servent également de miroir pour se construire. Et incarnent l’hyper-individualisme de notre société car l’icône réussit seule par son talent. Cela masque aussi des inégalités systémiques car, non, on ne réussit jamais seul ».

Enfin, est devenu icône qui a réussi à transcender son art (ou ses arts), en « incarnant plusieurs rôles. Une icône sait constamment se réinventer, comme Jennifer Lopez, emblématique du 21e siècle. C’est une figure indépendante, exemple de réussite multisectorielle ». On commence donc notre série consacrée à ces véritables icônes par la démonstration, en 5 points, de l’ « iconitude » de Jennifer Lopez, qui vient tout juste de fêter ses 56 ans (si, si, vous avez bien lu…) en pleine mini-tournée estivale.

JLo, une marque sur tous les fronts

Notre série de l’été, l’art d’être une icône (1/8) :
Jennifer Lopez, du « block » jusqu’au top - Intimissimi - charlotte vanbever
Collection capsule Intimissimi en 2023 - Intimissimi

La voilà, l’incarnation de la wonderwoman. De celle qui incarne plusieurs rôles – a priori à la perfection, sinon cela n’aurait aucun impact – pour mieux inspirer. Danseuse, chanteuse, actrice depuis presque 30 ans mais aussi mère et femme d’affaires qui, tout naturellement, a transformé son nom en marque. L’univers commercial de Jennifer Lopez, c’est celui de « JLo » depuis le début des années 2000 (et son 2e album éponyme). Gourde pailletée siglée « JLo » lors de ses sorties publiques ou draps de lit et petites pantoufles avec ses initiales brodées : chaque détail compte pour asseoir toujours un peu plus l’identité et la puissance de la femme derrière la marque.

Tôt dans sa carrière, elle lance son parfum « Glow » – passage presque obligé à cette époque pour les popstars – avant de faire le constat que le temps était son meilleur allié : plus elle vieillit, plus elle embellit. Voilà donc le chemin parallèle à emprunter pour pérenniser (et monétiser) la marque JLo : continuer d’inspirer les femmes en leur offrant la possibilité d’accéder aux secrets de beauté de la star. JLo Beauty, et ses crèmes pour le corps et le visage, apporte depuis 5 ans un peu de « glow » à celles qui l’espèrent. Jusque-là, l’univers commercial de Jennifer Lopez est cohérent : elle est ce miroir dans lequel de plus en plus de femmes aimeraient se reconnaître. Cela passe par un style quotidien souvent streetwear décomplexé – « vive la vie en training ! », semble-t-elle lancer – et donc des collab’ mode associées (des sneakers pour Nike notamment) et, plus récemment, un look de femme d’affaires qui en jette, collection capsule de sacs Coach/JLo sous le bras. Mais là où JLo a frappé fort, c’est en lançant une collection éphémère de sous-vêtements avec Intimissimi. C’est l’inoxydable « bomba latina » qui enjoint toutes les femmes à assumer leur « sexytude », peu importe leur tour de poitrine ou de hanches.

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Jennifer Lopez, du « block » jusqu’au top - Belga - charlotte vanbever
Un corps durement sculpté - Belga

On cherche en revanche un peu plus le sens de la dernière création de la marque JLo : une série de cocktails (Spritz et consorts), Delola, prêts pour faire la fête. On ne doute pas du côté festif de JLo, mais un peu plus de sa consommation, même occasionnelle, d’alcool. Son corps et son assiduité à le sculpter semblent plutôt bannir ce genre de breuvage. Voilà qui nous amène au point suivant…

JLo, son corps, une inspiration et un nouveau souffle pour les femmes

Elle a permis aux femmes – toutes les femmes ! – d’assumer leur corps après des décennies d’injonctions à la maigreur. Cette « Vénus callipyge » a jeté un premier pavé dans la mare du « body positive » au début du 21e (voire même fin du 20e siècle) en mettant l’accent sur l’acceptation, et mieux, la valorisation de ses formes. Même si, convenons-en, nous n’avons pas toutes un postérieur assuré à hauteur de 27 millions de dollars depuis des décennies, Jennifer Lopez a sacrément secoué le cocotier des stéréotypes en même temps qu’elle se déhanchait. Ce corps, outil de travail et objet de fascination, est aussi la représentation d’efforts physiques sans relâche : alors que certaines se font greffer un fessier rebondi, c’est à la sueur de son front que JLo sculpte sa silhouette, telle une athlète entretenant ses muscles. Il est à l’image de ce qui a construit l’icône : un exemple de persévérance…

JLo, l’incarnation de la méritocratie pour la communauté des latina

Notre série de l’été, l’art d’être une icône (1/8) :
Jennifer Lopez, du « block » jusqu’au top - charlotte vanbever
En 2021, à l’investiture de Joe Biden. Au top de la méritocratie

Son storytelling est donc celui-ci : d’originie portoricaine, née dans le Bronx, c’est par l’effort individuel et une sacrée dose de culot et de détermination qu’elle sortira de son quartier aux possibilités d’évolution très restreintes. L’effort se veut double : s’extirper, sans renier lui appartenir, de cette minorité latino pour prendre l’ascenseur social américain et ce, uniquement à ses conditions. Jennifer Lopez veut danser, chanter et jouer la comédie, contre l’avis de tous. Elle y parviendra « seule ». Son histoire, c’est celle d’une battante, indépendante, incarnation de l’ « American Dream » et une inspiration intemporelle pour toutes les générations de femmes issues de minorités.

JLo, entre émancipation féminine et désir masculin

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Jennifer Lopez, du « block » jusqu’au top - Belga - charlotte vanbever
Secouer le cocotiers des injonctions en se déhanchant - Belga

Son parcours est donc celui d’une femme en charge de son destin. Ce n’est pas qu’une histoire ou une posture, c’est aussi un message – on est donc là en pleine démonstration d’» empowerment » – qui parcourt toute sa carrière de chanteuse et d’actrice. À l’écran, souvent dans la peau de mères célibataires qui veulent s’en sortir coûte que coûte (« Enough », « The Mother », « Maid in Manhattan », « Hustlers »…), en chansons avec des propos tels que « Je ne suis pas ta mère ; Je ne vais pas faire tes lessives… », « Je joue avec les affaires ; J’ai tellement grandi ; J’ai le contrôle et j’adore ça », elle pourrait effrayer la gent masculine… Et pourtant. Elle manipule, poses et danses lascives à la clé, le désir masculin. Objet absolu de fantasme, elle a redessiné les contours du « male gaze », en a repris le rênes, sans que les principaux concernés n’aient jamais eu leur mot à dire.

JLo, la résilience d’une icône pas irréprochable

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Jennifer Lopez, du « block » jusqu’au top - Belga - charlotte vanbever
Avec Ben Affleck, du temps de leur récent mariage - Belga

Son aura visuelle, spectaculaire, est incontestable (souvenons-nous tout de même que Google Images a été créé après que Jennifer Lopez a porté la désormais fameuse robe en soie verte signée Versace). Elle a marqué l’imaginaire hier, et continue à le faire pour demain. Tout le monde vantera sa longévité. Cependant, il y a cet écueil, cette ambivalence que décrient certains : la femme indépendante et accomplie affiche aussi son besoin de l’autre, d’avoir son destin amoureusement scellé à celui d’un homme. Souvent moquée pour ses fiançailles et mariages avortés (4 divorces), jamais réellement tombée et toujours résiliente, elle aime être seule et accompagnée. C’est une des contradictions de notre époque. Moins déesse de la mythologie grecque qu’humaine, donc. Tous les facteurs sont là. CQFD.

Prochain portrait d’icône : Anna Wintour.

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