
Ce lundi, nos fils d’actu ressemblent déjà à une fresque géante de cartables, tresses bien serrées et sourires forcés. Soyons honnêtes : personne n’a vraiment besoin de savoir que Léo rentre en première maternelle ou que Jade a choisi un sac à paillettes. Mais pour leurs parents, c’est vital. Comme si ce moment devait absolument être partagé, validé. « C’est un événement symbolique, et dans notre société hyper-connectée, le réflexe est de le diffuser », analyse la psychologue Marine Ghuys. Traduction : on ne vit plus l’instant, on le poste.
En cette rentrée, un phénomène va faire parler de lui, la blind box :
La fierté version 2.0
Pourquoi ce besoin compulsif ? Parce qu’à l’ère du digital, la fierté se mesure en likes. Avant, on montrait la photo de rentrée au bureau, à la grand-mère ou aux voisins. Aujourd’hui, c’est au monde entier — ou du moins à nos “amis” Facebook. Et l’avantage, c’est que sur ce sujet précis, aucun risque de jugement : tout le monde est logé à la même enseigne. « C’est un moment partagé collectivement, qui fédère. Les parents savent qu’ils ne seront pas critiqués pour ça », poursuit Marine.
C’est vrai : on a beau râler, difficile de ne pas craquer. Alors on like, on commente un petit cœur, et on scrolle.
Le sharenting, ce nouveau rite parental
Ce réflexe a même un nom : le sharenting. Contraction de share (partager) et parenting (éducation), il désigne l’hyper-partage de la vie des enfants par leurs parents. Premiers pas, premières purées, premières chutes de dents… et forcément, première rentrée. Cette exposition quasi systématique interroge : les enfants deviennent malgré eux les héros d’un feuilleton numérique qu’ils n’ont pas choisi. Leur image circule, se stocke, se commente, parfois pour toujours.
Mais pour les parents, difficile de résister : dans un monde où tout doit être “posté”, ne pas partager, c’est presque passer pour un parent invisible.
Cette frénésie photographique raconte surtout un trait de notre époque : tout doit être documenté. La rentrée n’est plus un rite intime, c’est un contenu. On ne garde pas la photo pour soi, on la publie.
C’est aussi une manière pour les parents de se rassurer. À travers ces posts, ils se disent : “Moi aussi, je fais partie du club. Moi aussi, je traverse cette étape.” Le feed devient un miroir collectif où chacun vient chercher une forme de reconnaissance.
On soupire, on lève les yeux au ciel… mais on finit par liker quand même. Parce que, avouez-le : si vous aviez un enfant, vous posteriez sans doute la photo aussi.
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