Axelle Red: « J’ai renoncé à mon voyage de noces pour partir en mission humanitaire » - Pour Axelle Red, le voyage forge - Charlotte Vanbever

Axelle Red: « J’ai renoncé à mon voyage de noces pour partir en mission humanitaire »

Des visages, plus que des paysages… C’est ce qu’elle retient de ses 30 ans de voyages humanitaires. « J’apprends et j’en sors plus forte », dit Axelle Red, engagée, fâchée mais positive, en ouvrant une partie de son carnet de voyages.
sosoir
Photo
DR

Son premier grand voyage, elle l’a effectué en sac à dos, au Vietnam, à l’âge de 20 ans. L’étudiante en droit, sensible depuis petite « à ce qui n’était pas juste », ouvre alors les yeux sur ce monde qu’on ne nous donne pas à voir. Ce voyage sera pour Axelle Red le premier d’une longue liste de missions effectuées, de Haïti au Rwanda, en tant qu’ambassadrice bénévole d’UNICEF Belgique, puis aux côtés d’Handicap International, et le point de départ d’un activisme qui s’exprime aussi en chansons et, une nouvelle fois, ce week-end lors du Festival des citoyens inquiets, Show Up for Humanity (à l’Atomium). Bien sûr il y a eu Manhattan-Kaboul et d’autres titres porteurs, mais la carrière de l’artiste belge a parfois « payé le prix de son engagement ». Pas grave, sourit Axelle Red, vent debout et rebelle optimiste. « Je suis fâchée sur le monde mais je suis contente parce que j’ai transformé ce négatif en quelque chose de positif », nous dit-elle dans ce récit de voyages, et de vie, tourné vers l’humain.

Au Rwanda - DR
Dans un camp de réfugiés syriens - BELGA
Axelle, la première fois que vous avez vu ce qui « tournait mal » (pour paraphraser l’une de vos chansons) dans le monde, c’était à vos 20 ans, au Vietnam. Cela a déclenché quoi en vous ?
Je me suis dit que quelque chose n’allait pas. Que moi, j’ai reçu toutes les chances de me développer. Je suis née en Belgique, j’ai pu faire des études (de droit). Jusque-là, je n’ai aucun mérite. C’est grâce à mes parents, au fait d’être née dans le bon pays. J’arrivais ailleurs qu’en Belgique – même s’il ne faut pas aller bien loin pour voir qu’il y a d’autres gens qui ne naissent pas avec les mêmes chances – et ça m’a beaucoup frappée de voir des gens avec moins de chance que moi. Et je voulais pouvoir rendre ce que j’avais déjà reçu parce que j’avais eu mon premier succès (Kennedy Boulevard). Je ne voulais pas prendre toute la lumière que je recevais. Quand tu es une « star », tu prends la lumière. Mais l’idée est de la partager. Si je ne fais pas ça, c’est que je suis une mauvaise star.
Une mauvaise personne aussi ?
Oui… J’aime bien ces petites phrases dans lesquelles il y a toutes les vérités, tout comme j’aime beaucoup les blagues de mon père dans lesquelles il y a toute la philosophie de la vie. J’ai lu un jour ceci, il y a longtemps : «celui qui marche devant est censé être un peu plus responsable que les autres ». Que tu fasses de la politique, que tu veuilles être le chef de la classe ou des scouts, que tu sois sur scène, quand tu veux être devant, dans la lumière, ça inclut aussi avoir plus de responsabilités. Sinon, ça crée un déséquilibre parce que ton impact positif ou négatif est forcément plus grand que chez celui qui marche au milieu ou qui marche derrière. Je ne dis pas que chaque action doit être complètement activiste. Mais quand tu es devant et que tu défends une action ou que tu répands des paroles qui ne servent pas la cause humaine, tu n’es pas une bonne personne. Je trouve qu’on doit inspirer la confiance, c’est primordial.
C’est presque politique ce que vous dites…
Oui. Si j’avais le courage, s’il n’y avait pas la particratie, je serais ministre de l’Education et de la Santé.
Ce côté humaniste activiste qui s’exprime à travers ce que vous dites, mais aussi vos actions et vos chansons, vous avez l’impression de toujours l’avoir eu en vous et qu’il a été nourri par vos voyages humanitaires ?
Je pense qu’il y a quelque chose qui a toujours été en moi quand même. Enfant, j’ai été très choquée la première fois que je me suis rendu compte de la méchanceté humaine. C’était le premier choc dans ma vie et j’en ai fait une chanson (Beautiful Thoughts) bien des années après. J’étais dans un magasin et j’avais dit bonjour à une dame. Elle m’a répondu : « Pourquoi tu dis bonjour ? Je ne te connais pas ! » Je me suis dit qu’elle était méchante. Ça m’a traumatisée. J’étais très sensible à tout ce qui n’était pas juste, sans me prétendre parfaite hein! Et j’ai ensuite été très déçue quand j’ai fait le droit parce que j’allais à la recherche de justice, et je ne l’ai pas trouvée…
Avec ce constat, comment restez-vous optimiste ?
Je pense qu’il y a suffisamment d’êtres humains qui ont le cœur au bon endroit, qu’il y a plus de bons êtres humains que de mauvais êtres humains. On est tous un peu sur le même bateau, dans le sens où ce qui nous manque un peu c’est le courage de se dire qu’il y aura une place pour tout le monde. Pour moi, il y a deux groupes : les abusifs et les abusés. Et si on peut inspirer la peur aux gens, on peut leur inspirer aussi la confiance. Aujourd’hui, les gens sont inspirés par la peur parce qu’on est au summum de notre société individualiste. Je crois à l’effet boule de neige et je me dis que si je peux inspirer à ma petite échelle la confiance, ces gens-là inspireront à leur tour la confiance. Et il y a suffisamment de gens qui en ont envie. Selon moi, aussi con que cela puisse paraître, on change plus de choses par soi-même, avec des toutes petites actions. On va dire que je suis la « chevalière moralisatrice », mais ce n’est vraiment pas ça. Être une gentille personne, ouverte d’esprit et répandre le bien autour de soi, c’est ça qui peut faire la différence.
Aujourd’hui, il y a un peu plus de facilité pour un artiste à évoquer des sujets sensibles ? Vous allez prochainement sortir la « suite » de Manhattan-Kaboul, sur les femmes afghanes. Mais à une époque, et vous l’avez vécu (avec l’album Sisters & Empathy), les maisons de disque rejetaient des chansons à messages, leur préférant des thèmes plus légers. Mais vous avez persévéré…

Axelle Red sera présente le 20 septembre au festival Show Up for Humanity, un festival de citoyens inquiets, au pied de l’Atomium (de 12 à 23 heures). Infos : showupforhumanity.be

Retrouvez ici la suite de l’interview d’Axelle Red (sur www.lesoir.be) et dans votre So Soir ce samedi en librairie en supplément gratuit du journal Le Soir.

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