Cécile de France : « Comme je vois la vie d’un côté vraiment beau, tout suit derrière »
«J’ai la chance de pouvoir participer à l’évolution des représentations féminines au cinéma», nous lance-t-elle. Cécile de France est un modèle de femmes sur grand écran. Mais être mise sur un piédestal, très peu pour elle, même si cette notoriété lui permet d’encore (beaucoup) jouer à son «âge», sourit-elle…
Difficile pour Cécile de France de cacher sa véritable nature. On la qualifie depuis une vingtaine d’années de « solaire », et c’est un véritable rayon de soleil, du son de sa voix à cette façon positive de voir l’existence. On aime dire qu’elle est naturelle, accessible mais c’est pour mieux la voir se transformer à l’écran, consciente d’une forme de responsabilité qu’elle endosse alors : faire réfléchir les gens – comme dans son dernier film, Dalloway, face à une très intrusive intelligence artificielle interprétée par… Mylène Farmer –, les inspirer peut-être. Et, aujourd’hui, ce désir « d’offrir des modèles de femmes courageuses, belles, authentiques et libres » est plus conscient que jamais chez elle. Cécile de France est presque toutes les femmes, mais aussi reine belge du cinéma.
Cécile de France, lumineuse. - Fanny De Gouville / modds
Cécile, dans vos choix de carrière – Dalloway en est un nouvel exemple –, les femmes que vous interprétez ont toutes, ou presque, vocation à faire avancer le débat, elles ont un rôle important à jouer dans la société. Vous le voyez comme ça ?
Ce n’est pas mon moteur premier, mais c’est vrai que, petit à petit, je me dis que j’ai toujours eu inconsciemment cette envie-là. Et, maintenant, ce désir d’offrir au monde des modèles de femmes courageuses, belles, authentiques, libres devient conscient. Sans prétention, mais c’est aussi une forme de responsabilité de ma part. Et de tous les artistes, quelque part, parce qu’on éveille des émotions chez les gens. Je me demande si ça peut faire réfléchir, inspirer. J’aime bien avoir cette petite fonction-là, à mon échelle. Quand je rencontre les spectateurs, et notamment les spectatrices, c’est souvent très émouvant parce que, par exemple, j’ai interprété un personnage dans lequel elles se sont reconnues, qui les a encouragées à s’affirmer… Je n’y pense pas forcément en le faisant, mais quand je vois concrètement que ça a une répercussion concrète dans la vie des gens, ça me touche beaucoup.
Vous dites que ce désir d’offrir ces modèles féminins est peut-être plus conscient aujourd’hui. Pourquoi ?
J’en ai pris conscience au fur et à mesure du contact avec le public. Ça a commencé tout simplement avec les rôles d’homosexuelles que j’ai interprétés, notamment Isabelle (dans la trilogie de Klapisch dont « L’auberge espagnole », NDLR), qui était un personnage sous-représenté. L’homosexualité féminine n’était pas représentée au cinéma à cette époque-là. Et de proposer Isabelle, qui est un personnage très solaire, bien dans sa peau, cela a été un déclic pour des jeunes femmes d’affirmer qui elles étaient. Et je ne m’y attendais pas du tout. Ensuite, avec La Passagère (où elle incarne une épouse et mère de famille qui tombe amoureuse d’un homme bien plus jeune, NDLR), quand je rencontrais des femmes plus âgées que moi qui avaient vécu des histoires comme celle-là, ça me bouleversait. Parce que tout d’un coup, on racontait leur vie. Cela fait partie de l’évolution des représentations féminines au cinéma et j’ai la chance de pouvoir participer à cette révolution. J’ai grandi dans un cinéma où il y avait mille fois plus de héros masculins que féminins. J’ai vécu ce basculement dans ma chair, il y a eu vraiment eu une prise de conscience égalitaire. J’ai commencé avec des rôles de la « copine de… », la « femme de… », la « confidente de… » et maintenant je suis émerveillée de voir tous ces films où les personnages principaux sont des femmes aussi. Et puis, c’est la moitié de l’humanité, il fallait quand même qu’on en prenne conscience ! (rires)
Avoir le choix entre plusieurs rôles – et vous l’avez –, c’est un luxe dans votre métier. Vous êtes-vous demandé ce qu’un réalisateur venait chercher chez vous spécifiquement ?
Là, par exemple, pour « Dalloway », je sais que Yann (Gozlan, le réalisateur, NDLR) m’a dit que le choix s’est porté vers moi parce qu’on peut s’identifier à moi, qu’il voyait en moi quelqu’un d’accessible. Peut-être que je dégage quelque chose d’une « humaine normale ». Et pour fabriquer un thriller, il faut absolument que l’identification fonctionne, il faut créer un lien entre le héros et le spectateur.
Quand on vous dit, justement, que vous êtes naturelle et « accessible », c’est le plus beau compliment qu’on puisse vous faire ? De l’être restée ?