Adeline Blondieau : « Je suis une féministe qui a payé cher pour le devenir » - So Soir est parti à la rencontre d’Adeline Blondieau en Camargue - Charlotte Vanbever

Adeline Blondieau : « Je suis une féministe qui a payé cher pour le devenir »

On l’a idolâtrée « sous le soleil » du petit écran. Aujourd’hui sophrologue, c’est sa résilience qui inspire. Adeline Blondieau a connu une traversée du désert. Elle a su se réinventer pour, à son tour, aider les autres à se sentir bien. Un parcours qui fait sens et qu’elle raconte au So Soir, qui fait sa rentrée.
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Damien Lorrai

Le cadre est apaisant. C’est en Camargue, où elle vit, que la quinquagénaire, aujourd’hui sophrologue, reçoit en consultation dans une de ses roulottes. Là aussi qu’elle réalise ses vidéos qui font une centaine de milliers de vues. On écoute Adeline Blondieau évoquer son parcours cabossé, ses amitiés indéfectibles, sa reconversion, sa période noire sur les plateaux : elle met des mots sur les maux. Tout semble cohérent aujourd’hui, elle est bien dans sa vie, en phase avec ses valeurs. Quelques jours après notre rencontre, Adeline Blondieau allait épouser son « chéri-chéri ». La résilience dont elle fait preuve s’est exprimée dans ce domaine-là aussi : « Très jeune, je me suis dit que si je détestais les hommes, ça voulait dire que j’acceptais que ceux qui m’ont fait du mal me volent mon sourire ». Et il est bien là aujourd’hui, ce fameux sourire. Voici quelques extraits de cette rencontre...

Adeline Blondieau : « Je suis une féministe qui a payé cher pour le devenir » - Damien Lorrai - Charlotte Vanbever
Dans un décor de rêve… - Damien Lorrai
Adeline, vous avez opéré une reconversion professionnelle et personnelle aussi un peu. Comment en êtes-vous venue à la sophrologie ?
Depuis toujours, j’aime aider les gens à aller mieux. Ce qui m’a plongée parfois dans des situations ubuesques, parce qu’aider quelqu’un qui ne vous a pas demandé précisément de l’aide, ça peut très facilement se retourner contre vous. C’est hyper frustrant et ça génère beaucoup de colère et de tristesse. À un moment de ma vie, je me suis aperçue que je ne me sentais plus à ma place dans mon métier de comédienne. Si le public, lui, a toujours été là, je n’avais plus l’impression d’être désirée par les gens du métier. À chaque fois que je faisais un truc, ça partait en cacahuètes quasiment systématiquement. Ça ne collait plus, ni avec mes valeurs, ni avec mes besoins. Et ça me mettait en souffrance. J’avais fait un premier burn-out, je m’en étais sortie. Je me suis dit : « Regarde ce qui se passe, c’est fini. Il faut que tu changes, que tu te réinventes ». Sauf que j’avais la quarantaine et je n’arrivais pas à me projeter dans une reconversion. J’étais seule avec deux enfants à charge. J’ai essayé de réinventer en proposant des spectacles pour les enfants. Ça a marché un temps mais je ne me voyais pas faire ça tout le temps. Et en travaillant sur moi – je fais une analyse depuis longtemps, qui me passionne et qui m’a plusieurs fois sauvé la vie – je me suis demandé ce que j’aimais. Et c’est accompagner les gens et les aider à aller mieux.
Comment avez-vous réalisé que le métier de comédienne, c’était fini pour vous ?
J’ai fait ma traversée du désert de comédienne, ça me rendait malheureuse, j’avais l’impression de n’être plus bonne à rien, de ne rien valoir et de devoir passer en mode survie jusqu’au bout, au moins pour aider mes enfants jusqu’à leur maturité. Il fallait un grand travail de remise en question, de prise de recul, être humble et accepter la vexation, que ça ne marche plus, qu’on ne veuille plus de moi. Et j’en avais marre de souffrir sur les plateaux.
Mais vous souffriez de quoi sur les tournages ? De ce qu’on disait de vous à une époque où tout le monde ou presque regardait Sous le soleil : que « vous n’étiez pas de grandes actrices » ?
Oui. Pourtant, on tournait entre 14 et 15 heures par jour et on apprenait 30 pages de texte pour le lendemain s’il y avait un changement. Cette faculté d’adaptation a fait qu’il n’y a eu que trois personnes sur toute l’équipe de comédiens qui ont réussi à faire ça pendant aussi longtemps : Bénédicte (Delmas, alias Laure), Tonya (Kinzinger, alias Jessica) et moi. Parce qu’à chaque fois qu’on a voulu nous remplacer, les autres filles n’ont pas tenu la route. On avait cet amour entre nous trois qui était hallucinant ; ça me donne la chair de poule rien que d’en parler ! Et cette amitié, personne n’a pu la déboulonner, même si plusieurs ont essayé. Et on était des bêtes de travail, des locomotives.
Il y avait aussi un travail et une grosse attention portée à votre physique. Cela devait être pesant. Si vous continuiez alors à tourner, c’était justement pour cette amitié ?
On jouait dans un endroit magique. Les postes clés étaient quasiment tous donnés à des femmes, donc on a été très protégées du harcèlement et tout ça. C’était dur, mais c’était chouette. Donc, quand on a rempilé pour le spin-off, on était toutes heureuses de se retrouver. Et puis le fait d’être à Saint-Tropez, on était vachement protégées des retours des médias, du parisianisme, des paparazzi et s’il y avait des fans qui venaient lors du tournage, c’était drôle. Mais une fois que la série Sous le soleil s’est arrêtée, là, le #Metoo, je l’ai vécu. Le chantage, la pression sexuelle, le harcèlement, les propositions dégueulasses, jusqu’aux menaces de mort.
Est-ce que ça a biaisé votre rapport à votre propre corps ?

Retrouvez la suite de l’interview d’Adeline Blondieau sur le Soir.be (cliquez ici) et dans votre So Soir ce samedi en librairie en supplément gratuit du journal Le Soir ou sur www.lesoir.be.

Sortie le 24 septembre du livre d’Adeline Blondieau « Cheminer vers soi » (éd. Albin Michel).

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