
Imaginée par la styliste Emmanuelle Plescoff (passée par Christian Lacroix), la collection de 54 pièces joue la carte du patchwork européen : élégance à la française, foulard graffiti pour la touche bruxello-amstellodamoise, et Docs british pour le clin d’œil punk. Surtout, elle a été co-créée avec 80 employés pendant deux ans et demi. Une première dans le genre, histoire d’éviter les uniformes beaux sur photo, mais importables pendant le service. Les pièces se mixent entre elles, se veulent confortables, respirantes et pensées pour toutes les morphologies. Le message : si vous voulez porter une jupe et des Docs, libre à vous.
Sophie Fontanel, la critique mode nous donne une leçon de style :
Le costume trois-pièces, symbole dépassé ?
Eurostar n’est d’ailleurs pas la seule multinationale à dépoussiérer ses codes. Ces dernières années, les uniformes corporate ont pris un virage à 180°. Virgin Atlantic permet depuis 2022 à son personnel de choisir jupe ou pantalon, indépendamment du genre. Air France et KLM testent désormais des uniformes plus modulables, avec tissus recyclés et chaussures confort (fini les talons de 8 cm obligatoires, encore heureux).
Même le monde de la banque s’y met : chez Goldman Sachs, la sacro-sainte cravate n’est plus imposée, symbole d’une finance qui se veut plus cool (du moins en surface). Bref, le costume-cravate ou le tailleur obligatoire, c’est so 1999. Aujourd’hui, les boîtes comprennent que leur aspect moderne passe par ce que portent leurs employés. Et que si on veut attirer la Gen Z, mieux vaut miser sur une paire de sneakers que sur des Richelieu parfaitement cirées.

L’écologie s’invite aussi dans la penderie
Au-delà de l’inclusivité, il y a l’étiquette « green ». Les uniformes Eurostar sont fabriqués en polyester recyclé et coton bio, produits en zone Euromed selon des standards ESG, et les anciens uniformes seront transformés en matelas ou doublures de paniers suspendus (oui, c’est précis). Même les nouveaux lounges de Bruxelles et Paris ont été rénovés en mode circulaire, en réemployant le mobilier existant. Dans une époque où les marques doivent prouver qu’elles ne se contentent pas de greenwashing, l’uniforme devient un symbole : celui d’une entreprise qui prend en compte son impact jusque dans les moindres détails.

L’uniforme comme miroir de société
Ce qui frappe, c’est que le vêtement de travail, longtemps pensé comme un carcan, devient aujourd’hui un outil de com’. Les Dr. Martens vertes d’Eurostar n’ont rien d’anodin : elles symbolisent une entreprise « sérieuse mais pas trop », qui porte le message « on est corporate, mais on sait vivre avec notre temps ». C’est aussi un baromètre culturel : à mesure que les boîtes affichent leur volonté de paraître inclusives, confortables et durables, leurs uniformes deviennent une sorte de manifeste visuel. Peut-être pas suffisant pour changer le monde, mais assez pour donner le ton.

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