
Le grand come-back
Le show a démarré fort : Jasmine Tookes, enceinte de neuf mois, avançant lentement dans une robe dorée transparente, le ventre fièrement arrondi. Un geste simple mais frappant, comme une métaphore de ce que la marque tente désormais d’incarner : un « sexy » plus doux, plus vivant, moins dicté.
Autre moment marquant : la présence de l’athlète Angel Reese, star du basket américain et première sportive professionnelle à fouler le podium Victoria’s Secret. Une apparition qui envoie un message clair : désormais, l’ange peut aussi avoir des baskets. Et parce qu’il fallait un peu de drama, Barbara Palvin a défilé malgré une fracture du pied, révélée par son mari Dylan Sprouse, sur le tapis rose. Un récit taillé pour nourrir cette mythologie d’un glamour qui vacille entre bravoure et pression.
À leurs côtés, la nouvelle génération faisait son entrée. À l’image d’Iris Law, fille de Jude, dans un look « Naughty-ish » entre sport et impertinence. Le casting mêlait anciens anges (Adriana Lima, Lily Aldridge, Joan Smalls ) visages neufs (Yumi Nu, Precious Lee, Quenlin Blackwell). Comme si la marque cherchait encore son équilibre entre nostalgie et modernité. Le tout rythmé par des performances XXL signées Missy Elliott, Karol G, TWICE et Madison Beer, dans une mise en scène pensée pour le streaming et le partage en direct sur TikTok, YouTube et Prime Video.
Kelly Rutherford nous raconte en vidéo sa définition de l’élégance :
Un « sexy » repensé (ou recyclé ?)
Derrière les plumes et les strass, c’est une véritable opération reconquête qui se jouait. Depuis l’arrivée d’Hillary Super à la tête du groupe en 2024, la marque tente de concilier son ADN sensuel avec un discours plus inclusif. Le nouveau message officiel ? Assumer le sexy, oui, mais sans exclusion.
Le show 2025 en est la vitrine la plus claire : diversité des corps, mannequins enceintes, athlètes sur le podium, discours bienveillant. L’intention est louable et la mise en scène réussie. Pour preuve, les chiffres semblent suivre, avec +3 % de ventes au deuxième trimestre 2025. Le public adhère, ou du moins, il est curieux.
Mais à y regarder de plus près, la révolution reste mesurée. Car sous le vernis de la diversité, les silhouettes restent largement conformes à l’idéal classique : longues jambes, tailles fines, visages familiers. L’inclusion est présente, mais encore trop souvent cosmétique. Comme si Victoria’s Secret mettait en scène le changement sans en bousculer vraiment les fondations.
Peut-on vraiment se racheter ?
C’est là toute la question. Pas facile d’effacer en un claquement d’ailes des années de scandales, d’accusations de sexisme et de liens troubles avec Jeffrey Epstein. Le show 2025 a beau s’offrir un casting « nouvelle ère », cela ne suffit pas à effacer une culture entière. Il semble que la marque tente aujourd’hui une rédemption, mais en équilibre : se montrer « woke », sans froisser les nostalgiques du fantasme originel. L’inclusivité, pour être crédible, ne peut pas être un thème de défilé, elle doit devenir une pratique quotidienne : dans les équipes, les campagnes, les tailles disponibles, les conditions de travail. Pour l’instant, Victoria’s Secret raconte une belle histoire. Reste à prouver qu’elle n’est pas qu’un nouveau chapitre marketing.
Un chantier plus qu’une victoire
Bref, sur le plan esthétique, le pari est réussi : le show était spectaculaire, efficace, parfaitement rythmé pour les réseaux. Mais sur le plan moral, la métamorphose reste fragile. Entre volonté de bien faire et tentation du fantasme nostalgique, la marque marche sur une corde (très) raide. La génération actuelle ne pardonne plus les faux-semblants, elle veut des preuves.
Entre désir de bien faire et tentation du fantasme, Victoria’s Secret avance sur une corde raide. Le monde d’aujourd’hui ne veut plus de symboles, il veut des preuves. Le show était grandiose. La prise de conscience, elle, reste à écrire.
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