
Avenue de l’Opéra, numéro 33. En poussant la porte, on bascule dans une cacao-thérapie à l’état pur. Les murs s’impriment en tablettes géantes, les cabosses XXL pendent du plafond comme des fruits défendus, et un mur de chocolat coule en continu, hypnotique. Cédric Grolet appelle ça sa première « chocolaterie ». On dirait plutôt un parc d’attraction pour becs sucrés, pensé pour les réseaux sociaux et pour les enfants que l’on tente vaguement de rester. L’ouverture officielle s’est déroulée ce samedi 18 octobre à 11 heures tapante, juste à côté de sa pâtisserie historique.
L’univers de Willy Wonka
Et le concept ne fait pas dans la demi-mesure donc. Pas question de poser trois pauvres tablettes sur un comptoirn, Grolet a bâti un monde entier, un retour à l’enfance grandeur nature. Avec l’architecte Tom Bénard (Atelier Cibé), il a planté deux arbres monumentaux, suspendu des cabosses géantes et façonné un comptoir en biscuits « petits beurres ». La pièce maîtresse ? Une fontaine qui déverse près de 150 kilos de chocolat en cascade permanente à 45 °C. Une mise en scène totale, presque muséale, où tout semble pensé pour flatter les sens. De quoi rendre complètement dingues les amateurs de bean-to-bar (et la pellicule photo de nos smartphones).
Qu’est-ce qu’on y mange (et à combien) ?
Sur les étagères, Grolet décline sa grammaire en version chocolatée : pralinés, ganaches, confits ultra lisibles, avec des formes qui annoncent ce qu’elles contiennent (cacahuète, noisette, pécan), guimauves mascottes baptisées « Cédrico », orangettes et pâtes de fruits. C’est beau, graphique, audacieux et hautement photogénique. Côté budget, pas de mystère, le chef a publié la grille complète. Tablette « pleine » 75 g à 14 €, pralinée à 16 €, ganache à 16 €, barre chocolatée à 18 €, pâte à tartiner 300 g à 18 €, cake de voyage à 35 €, coffret biscuits à 50 €. Tout est clair, net, précis, salé... Bref, dans la veine de la maison finalement.
Reste l’éternelle question : la file. Qui s’annonce longue et documentée sur tous les réseaux. Entre stories qui pleuvent, boîtes soigneusement unboxées et rafale de commentaires sur les prix, c’est le même scénario qui se répète à chaque fois. Après tout, les tarifs jugés « élitistes » sont pourtant pleinement au coeur de l’ADN Grolet dont la provocation tarifaire est un moteur narratif. Les 14 € la tablette ou les 18 € la pâte à tartiner divisent autant qu’ils fascinent. Tout comme son sandwich à 30 € en 2024 avait créé une véritable tempête médiatique, tout en remplissant tranquillement les caisses.
Grolet, héro principal de son univers
L’homme a compris que son véritable produit, c’était son univers. Après la pâtisserie inaugurée en 2019 et le café rue Danielle-Casanova en 2024, voici la chocolaterie. Trois adresses, un même quartier, comme une partie de Monopoly qu’il joue contre lui-même. Et sur le fond, rien ne déçoit. L’immersion est millimétrée, les formats nomades, le packaging léché. Le positionnement prix ? Premium assumé, au-dessus de la moyenne parisienne, pensé comme un luxe de niche… mais pour le grand public.
Faut-il y aller ? Oui, si on aime la pâtisserie-spectacle et qu’on accepte de payer autant pour l’expérience que pour le grammage. Non, si on préfère un ratio cacao/€ plus raisonnable, car certaines maisons bean-to-bar feront tout aussi bien, pour moins. Mais si on cherche un shoot de sucre, d’enfance et de storytelling, c’est là que ça coule.
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