Qui est Charlotte Abramow, la photographe belge que Paris nous envie ?

À 32 ans, elle s’impose comme l’une des photographes les plus prisées de sa génération, bossant tour à tour avec Angèle, Suzane ou Marina Rollman. Tandis qu’elle met son papa en lumière dans une belle et touchante expo immersive, on lui croque le portrait…
Sigrid Descamps Journaliste
Vous dédiez une exposition entière à votre papa défunt. Quels rôles vos parents ont-ils joué dans votre déploiement ?
Médecins, ils ont toujours aimé l’art, ma maman en particulier ; elle avait la fibre artistique, elle faisait de très belles photos et était passionnée de musique classique. J’ai fait du piano très tôt, du théâtre, du dessin… Ils m’ont toujours encouragée à m’exprimer par l’art, même si c’était juste pour m’amuser. Maman m’emmenait dans des musées aussi, où j’ai notamment découvert Juan Miró… J’ai baigné dans cet amour de l’art. Quand ma passion pour la photo s’est développée, mes parents étaient contents. Quand j’ai dit que j’avais envie d’en faire mon métier, ils ont eu un peu peur, parce qu’ils ne connaissaient pas le milieu… Ils auraient pu m’inciter à faire une carrière scientifique, et heureusement ça n’a pas été le cas (rires). Je pense que ma mère, ça l’avait un peu traumatisée, elle était donc plutôt en mode « Fais ce que tu veux, ne sacrifie pas ta vie dans des études horribles ». Des amis qui habitaient dans le sud de la France leur ont parlé du festival d’Arles, et nous sommes allés voir à quoi ça ressemblait. J’avais 16 ans, et il y avait un stage d’une journée avec Paolo Roversi, un des premiers photographes que j’ai découverts, et qui reste un de mes préférés. Maman a insisté auprès des organisateurs pour que je le fasse – il fallait pourtant 18 ans – en disant que j’étais très passionnée, très motivée, qu’il fallait me laisser une chance… Elle pouvait être très intense (rires). Je la remercie beaucoup pour ça. C’est sûr que si j’avais eu des parents qui m’empêchaient de m’exprimer ou qui m’auraient découragée, ça aurait changé ma trajectoire !
Qui est Charlotte Abramow, la photographe belge que Paris nous envie ? - Sigrid Descamps - Journaliste
Maurice – Désorientation
Vous avez été happée par la photo très tôt, étiez-vous mue par l’envie d’immortaliser et de partager ce que vous voyiez ?
Il y a eu très tôt un truc de partage, oui… j’ai tenu un blog dès le début. J’étais par contre tout de suite plus dans le monde de l’imaginaire, que dans la photo documentaire. C’était une forme d’échappatoire ; je suis une grande rêveuse, je suis beaucoup dans la lune… C’était ma manière de construire mon monde, de créer mon langage. J’ai commencé à 13 ans un peu par ennui, un peu par hasard, et c’est devenu obsessionnel tout de suite. Les toutes premières photos que j’ai faites, avec un petit Nikon Coolpix en mode macro, c’étaient des photos du style : les pattes de mon chat, les fleurs dans le jardin, un mégot de cigarette en dessous d’une Converse, etc. Ça a commencé d’une manière assez étrange par des objets, quelques autoportraits aussi. Puis, j’ai photographié mes copines. Elles se sentaient en confiance et sublimées, du coup, ça s’est propagé dans les écoles à Bruxelles, où on disait « Charlotte peut te faire une belle photo de profil Facebook » (rires).
Quand vous êtes-vous dit que ce serait votre métier ?
Assez tôt. Déjà, parce que je n’avais pas envie de faire autre chose et surtout que je ne me sentais pas capable de faire autre chose. Et surtout, il y a eu la rencontre avec Paolo Roversi. Il m’a donné beaucoup de chaleur, de compliments, de confiance… Se faire « adouber » par son icône, c’est mieux que tout en fait. Il m’a apporté confiance et reconnaissance. Quand je suis retournée faire un stage avec lui à Arles, il m’a dit « J’ai une surprise pour toi ». L’équipe de Polka Magazine, un magazine de photojournalisme, m’a suivie pour faire une vidéo en mode « Le jeune talent à suivre ». En parallèle, Paolo Roversi avait écrit un article sur mes photos qu’il avait intitulé « La fragilité et l’âme d’une guerrière ». J’étais sur le c… : à 17 ans, mon photographe préféré qui écrivait quelques paragraphes sur moi et mon travail… Ça m’a donné des ailes !
L’humain est au centre de votre travail. Choisissez vos sujets en fonction de cela ou s’imposent-ils à vous comme des évidences ?
C’est un peu un mélange des deux, à différents degrés. La maladie de mon père, par exemple, je ne l’ai pas choisie, ça m’est tombé dessus. Après, il y a eu la démarche d’en faire autre chose, de la transformer. Pour le coup, il y avait une vraie nécessité. Mon travail avec Angèle, c’était plus une rencontre et même si j’ai pris beaucoup de plaisir à façonner son univers visuel, et qu’on avait pas mal d’inspirations communes, il y avait moins ce truc de nécessité artistique absolue. Après j’essaie toujours que tout ce que je fais soit au minimum guidé par du sens. J’aime saisir l’opportunité pour faire passer un message, progresser les mentalités, comme avec le clip de Balance ton quoi ou celui de Suzane, Clit is Good, ou encore le manuel de Sex Education pour Netflix. Sauf quand évidemment il faut faire un job plus commercial pour payer les factures (rires). Et encore, même là, je travaille toujours avec le cœur.
Vous distillez aussi toujours de la lumière et de la bienveillance dans vos projets, même si les sujets sont tristes ou sérieux…
Je suis une grande anxieuse, bien plus que ce que mon travail montre ; ça doit être ma façon d’extérioriser. Il y a aussi une volonté de désamorcer des tabous, ça m’intéresse beaucoup dans mon travail… et dans mes relations aux autres. J’aime parler de choses assez intimes, personnelles, et voir qu’on est tous concernés. Quand j’ai commencé à poster les photos de mon papa, j’ai eu peur – j’ai même failli ne pas lancer ce projet. C’est alors que j’ai reçu plein de messages d’inconnus, qui me parlaient de manière hyper intime de la maladie d’un proche… C’est hyper touchant de voir qu’on est tous un peu chacun dans son coin, alors qu’en fait, on souffre tous des mêmes choses !
Qui est Charlotte Abramow, la photographe belge que Paris nous envie ? - Charlotte Abramow. - Sigrid Descamps - Journaliste
Maurice - Le Prochain Monde - Charlotte Abramow.

MAURICE, Tristesse et rigolade, jusqu’au 21/12/25, Hangar Art.

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