Voyager près de chez soi : pourquoi le microtourisme séduit de plus en plus

Voyager près de chez soi : pourquoi le microtourisme séduit de plus en plus - Le Parc naturel des deux Ourthes et sa vue imprenable.

Et si la beauté du voyage consistait à prendre le temps de se perdre dans les rues de notre quartier ou à lever les yeux pour admirer les façades d’une ville voisine ? Ces scènes sont l’essence même du microvoyage qui propose de repenser notre manière d’explorer ce qui nous entoure. Ou quand la proximité devient un terrain de jeu séduisant et surprenant. 

Selon des chiffres de l’ONU Tourisme, il y a eu 690 millions de touristes internationaux entre janvier et juin 2025, soit environ 33 millions de plus que durant la même période en 2024. Les individus voyagent toujours plus aux quatre coins du globe avec en toile de fond le spectre du surtourisme. On parle de surtourisme lorsqu’un trop grand nombre de voyageurs affluent vers une même destination dépassant sa capacité d’accueil. Face à ces flots incessants de visiteurs dans un même lieu se dessine une autre tendance : celle du microtourisme.

Explorer les coulisses de notre vie

Le sociologue Rémy Oudghiri s’est consacré au sujet dans son ouvrage Microvoyage : le paradis à deux pas (PUF). “Le microvoyage est par définition un voyage court, dans le temps et dans l’espace. Il ne dure en général pas plus d’une journée. Comme vous avez seulement 24h vous ne pouvez pas aller très loin. La destination finale est en général près de chez vous, dans votre ville, votre village, dans une région voisine…”. Rémy Oudghiri se souvient de son premier microvoyage entrepris à Casablanca au Maroc. “J’étais adolescent et je suivais toujours le même trajet pour me rendre de ma maison à l’école. Et puis un jour, j’ai décidé de bifurquer. J’ai voulu explorer l’endroit où je vivais. Je me suis baladé dans les rues, j’ai découvert de nouveaux quartiers. Je me suis rendu compte qu’à deux pas de chez moi il y avait des endroits que je ne soupçonnais pas avec de très belles maisons, de très beaux jardins, des lieux moins beaux, mais qui m’attiraient tout de même”.

Voyager près de chez soi : pourquoi le microtourisme séduit de plus en plus - D.R
Le sociologue Remy Oudghiri, auteur du livre Microvoyage : le paradis à deux pas  (PUF) - D.R

Rémy Oudghiri parle d’explorer “les coulisses de notre vie” quand il évoque le microvoyage. Par habitude, par négligence ou par convention, nous ne prenons pas le temps de regarder et de visiter ce qui nous entoure. Mais voyager autour de chez soi se révèle tout aussi passionnant qu’un voyage lointain et standardisé où les contraintes sont plus nombreuses. “Il faut préparer ses papiers d’identité, prévoir un minimum de bagages.... Avec le microvoyage, on part avec très peu de choses. On laisse libre cours à sa liberté pour mieux ressentir les choses qui nous entourent. J’oppose le microvoyageur au touriste : le but du touriste est d’avoir vu, celui du microvoyageur est d’avoir vécu”.

Audrey nous donne rendez-vous une après-midi d’octobre au bar à bières GIST sur la place de la Vieille Halle aux Blés, à Bruxelles. C’est la première fois qu’elle franchit les portes de cette adresse aux accents vintage. “C’est un peu du microvoyage quand on y pense !” (rires). La jeune trentenaire est une habituée du microvoyage. “J’ai toujours vécu dans des grandes villes, à Paris, Lille, Bordeaux et Bruxelles. Il y avait donc pas mal de possibilités. J’aime en savoir plus sur l’environnement qui m’entoure”. Le premier microvoyage d’Audrey a eu lieu à Lille il y a 10 ans. “J’y étais souvent le week-end. Beaucoup de mes amis repartaient dans leurs familles, j’étais alors souvent seule. Je me suis intéressée à la ville et ses environs, j’ai visité presque tous les musées. J’avais même acheté un guide touristique !”.

Voyager près de chez soi : pourquoi le microtourisme séduit de plus en plus - Jean-Paul Remy
A Bruxelles, les fresques des Marolles constituent un terrain de jeu intéressant pour pratiquer le microtourisme. - Jean-Paul Remy

Audrey est installée dans le quartier des Marolles depuis un an. Elle s’y est aventurée pour le connaître davantage et découvrir ses trésors cachés comme ses fresques BD où l’on croise au détour d’une rue Boule et Bill, Blake et Mortimer ou Spirou. Audrey s’est aussi improvisée une journée à Anvers, Louvain ou plus récemment Namur. La jeune française s’adonne au microtourisme pour des raisons écologiques et en raison des contraintes du quotidien. “Je ne prends pas l’avion, sauf quand il s’agit d’aller voir des proches qui vivent à l’étranger comme à Rome. Forcément, ça réduit tout de suite les possibilités. Et puis je n’ai pas toujours le temps de partir loin avec le travail qui m’occupe beaucoup. J’essaie de me dire que je peux faire un peu de tourisme autour de chez moi. J’apprends des choses sans avoir besoin d’aller loin”.

On reste en Belgique pour découvrir en vidéo nos bonnes adresses à Nivelles :

Développer une philosophie du regard

Le microvoyage peut se pratiquer chaque semaine : pendant le week-end, dès que nous avons une ou deux journées de repos... “C’est l’une des forces du microvoyage. Des gens recherchent l’exceptionnel une fois par an, à des milliers de kilomètres. En réalité, vous pouvez le vivre chaque semaine, pas si loin de chez vous, en vous laissant porter et en essayant d’aller à la rencontre du monde qui vous entoure. Sans filtres, ni préjugés et en sondant notre esprit d’explorateur de la proximité. L’explorateur n’est pas celui qui va gravir une montagne, monter à bord d’un bateau, aller à la rencontre d’une nouvelle culture. Non, l’explorateur est celui qui regarde le monde avec l’idée qu’il y a des choses à découvrir autour de nous et qui développe une philosophie du regard” détaille Remy Oudghiri. La beauté du microtourisme réside dans les détails : on peut s’extasier devant une façade Art déco, une œuvre street art, la quiétude d’un parc, l’ambiance d’une petite place d’un quartier…

Le microvoyage réinvente et déconstruit notre manière de voyager. Dans l’imaginaire collectif, un séjour réussi et dépaysant doit se dérouler dans une destination lointaine. Il n’y a qu’à voir les publications postées sur les réseaux sociaux pour s’en rendre compte. Les internautes publient plus souvent des souvenirs dans la chaleur du Maroc, le froid de la Suède, ou les paysages vertigineux du Japon, que de leur séjour dans une province belge. Les décors sont plus vendeurs avec en prime un effet waouh. De telles destinations peuvent donner envie de faire pareil. “Le microvoyage nous incite à explorer le monde non pas selon les recommandations des autres, mais selon ce qui nous appelle. Chaque personne est appelée par des choses différentes : la végétation, l’architecture, la culture… En fonction de ce qui nous anime, on crée non seulement notre propre voyage, mais on en devient acteur”.

Voyager près de chez soi : pourquoi le microtourisme séduit de plus en plus - Jean-Paul Remy
La beauté du microvoyage réside dans la beauté des détails comme ici aec la Maison Verhaeghe à Bruxelles - Jean-Paul Remy

À la clé, un séjour qui n’appartient qu’à nous, loin des injonctions. Rémy Oudghiri suggère d’ailleurs de se lancer dans le microtourisme très tôt le matin. “Vous voyez le monde s’éclairer et prendre vie au fur et à mesure de votre exploration. Il y a parfois quelque chose de poétique avec des scènes de vie qui se dessinent sous nos yeux : une lumière qui s’allume, une deuxième, une troisième… Le monde est alors comme un orchestre”.

L’exemple de la Wallonie et de la microaventure

De par sa petite taille, la Belgique est idéale pour pratiquer le microtourisme le temps d’une après-midi, d’une ou deux journées. Rémy Oudghiri a par exemple exploré Liège. Il nous confie une anecdote avec un chauffeur de taxi. “Il m’a demandé ce que je venais faire à Liège. Je lui ai répondu ‘explorer’. Il était très étonné et m’a répondu qu’il n’y a rien à voir ! Bon, clairement il n’a pas l’esprit microvoyage (rires), mais la vérité, c’est que Liège a été une merveille avec ce mélange de nature et de ville où l’on se retrouve tout ensuite sur les collines”.

Des initiatives sont mises en place dans le pays. L’organisme Visit Wallonia mise sur le microvoyage et plus précisément la microaventure. “Dès le Covid, nous avons clairement eu l’intention de nous positionner sur ce terrain. L’idée est de réaliser des aventures de quelques heures à quelques jours, idéalement en plein milieu de la nature avec des moyens de déplacements doux. J’oserai presque dire que la logique du voyage devrait être ainsi” nous glisse Julien Libert, chef de projet nature à VisitWallonia.

La Wallonie constitue un terrain de jeu idéal pour s’adonner au microtourisme et à la microaventure grâce à des territoires comme les Ardennes connues pour leur vaste nature. Il y a 30 ans, la région a développé son RaVel (Réseau Autonome des Voies Lentes). Depuis 15 ans, les premières initiatives de bivouac organisées existent. Plus récemment, le Parc naturel des Deux Ourthes a développé de nouveaux sentiers transfrontaliers comme l’Escapardenne qui relie Clervaux à la Roche-en-Ardenne. Mais comme le souligne Julien Libert, “la Wallonie ne s’est pas découvert un potentiel pour les microaventures depuis peu : des personnes ont développé des structures, des nouveaux sentiers. Il faut se souvenir de ce qui a été fait auparavant”.

Encore plus d’évasion avec notre interview de Denis Van Weynbergh :

Sur le terrain, l’expert, qui est également guide de randonnées, constate une hausse de la fréquentation après le Covid. “Des individus qui n’avaient pas l’habitude de réaliser des randonnées se sont lancés car il n’y avait que cela qui était possible à l’époque. Mais cela a amené des problématiques, notamment en gestion de flux touristiques. Des zones naturelles en Wallonie ont été extrêmement fréquentées”. Sans compter l’impact des réseaux sociaux, plus particulièrement Instagram, qui a focalisé l’attention sur certains endroits. “La réserve naturelle Burdinale-Mehaignei a été fermée à cause du trop grand nombre de déchets. Le Ninglinspo, un torrent en province de Liège, a connu le même sort”.

Des situations qui prouvent que le microvoyage est lui touché par des problématiques habituellement associées au tourisme de masse. Un tel constat soulève une question essentielle : le tourisme a-t-il atteint ses limites en 2025 ?

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