
Fini le beige, les intérieurs aseptisés et la tyrannie du « Clean Girl aesthetic » qui imposait de vivre une vie aussi ordonnée qu’un tableur Excel. Après des années d’ascétisme, la tendance qui sature les réseaux et les trottoirs tient en une phrase : « Having a life core ». Ou l’art de montrer que l’on est trop occupé à vivre pour se soucier d’être parfait.
Et si vous adoptiez la surcompensation pour booster votre style cet hiver ?
C’est la revanche du bordel sur l’esthétique minimaliste. Après nous avons été forcés à admirer des routines matinales complètement surréalistes à 5h du matin et à arborer des sacs tellement microscopiques que l’on pouvait à peine y glisser un smartphone, le vent a tourné. La mode n’est qu’un rollercoaster permanent, qui oscille entre deux extrêmes. L’esthétique du moment prend donc un virage radical en célébrant cette fois le chaos, le trop-plein, le « vrai ».
Le sac à main comme baromètre social
Le symptôme le plus flagrant de ce tournant se porte à l’épaule. Exit le mini-sac bijou, et bonjour cabas XXL qui déborde. L’icône absolue de ce mouvement ? Jane Birkin, qui utilisait son sac Hermès hors de prix comme vulgaire fourre-tout, y entassant agenda, photos, baskets et en-cas, le tout décoré de grigris et de breloques.
Le look « Having a life core », c’est exactement ça : des écouteurs filaires emmêlés qui dépassent de la poche, un manteau froissé parce qu’on a couru pour attraper le bus, un thermos à la main, et un sac ouvert qui laisse entrevoir un ordinateur portable, une tenue de yoga et un livre de poche corné. L’apparence n’est plus statique, elle est cinétique. Une dégaine qui balance un message clair : « Je suis archi-booké, je suis attendu, je pèse. »
Pourquoi maintenant ?
Ce retour au tangible n’a rien d’anodin en réalité. Dans un monde de plus en plus dominé par l’IA, les fake news et les filtres lissants, la perfection est presque devenue suspecte, voire carrément ringarde. La symétrie clinique, c’est pour les robots. À l’humain le privilège de la rature.
Assumer un fashion faux pas par manque de temps ou transporter toute sa maison sur son dos devient une preuve d’authenticité. Une manière de rappeler que l’on vit dans le monde réel, dans lequel il pleut, on est en retard et où l’on a besoin de sa batterie portable pour survivre à la journée. On reste dans la mise en scène de soi, sinon ce ne serait pas drôle, mais selon un scénario beaucoup plus clément que précédemment.
Une glamourisation du surmenage ?
Une trend qui semble libératrice de prime abord. Enfin, on peut arrêter de culpabiliser parce que notre appartement ne ressemble pas à un showroom Bolia. Mais le « Having a life core » conserve en filigrane une saveur élitiste : c’est le luxe de montrer que son agenda est aussi plein que son cabas. Que l’on possède une vie trop riche et trop remplie pour s’encombrer de détails.
L’équation est limpide : sursaturation égale validation. Avoir un sac rempli, c’est avoir une vie remplie aux yeux du monde. Si l’on force le trait, on entre carrément dans une sorte d’érotisation du burn-out, où l’anxiété s’affiche fièrement dans un t-shirt mal repassé et où la frénésie du quotidien a définitivement ringardisé le teint frais et reposé des années confinement.
Bref, pour être cool en 2026, il ne faudra surtout pas avoir l’air d’avoir passé deux heures à se préparer devant un miroir, mais plutôt donner l’impression de sortir d’une réunion décisive pour filer à un vernissage, tout en ayant oublié de fermer son sac. Avec si possible une séance de pilate reformer entre les deux. Le comble du chic, c’est le lâcher-prise… parfaitement maîtrisé.
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