Bonnes résolutions: pourquoi notre quête de bien-être peut finir par nous rendre malade - Sigrid Descamps - Journaliste

Bonnes résolutions: pourquoi notre quête de bien-être peut finir par nous rendre malade

« Reconnecte-toi », « Sois positive », « Lâche prise », « Mange sainement », « Fais plus de sport »… Les injonctions, surtout en ce début d’année, pour « aller bien » pullulent. Au point de générer au final chez beaucoup des réactions inverses : culpabilité, fatigue, stress, tristesse. Un paradoxe que l’on décrypte avec une experte de la santé mentale.
Sigrid Descamps Journaliste
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Cela ne vous aura pas échappé : des conseils de votre médecin ou coach aux messages véhiculés par les médias et sur les réseaux sociaux, le bien-être est devenu une norme absolue, voire une obligation. Il faut à tout prix chercher l’épanouissement, prôner la positivité, savoir lâcher prise, soigner son corps, être bienveillant avec soi et avec les autres… Sur papier, c’est positif. Paradoxalement, dans la vie, de plus en plus de patients, adeptes de sports, d’alimentation saine, de mantras… débarquent dans les cabinets de spécialistes de santé mentale pour évoquer des problèmes préoccupants de fatigue, de stress, de culpabilité, de manque… Et si la quête permanente de mieux-être développait une réelle souffrance ? Réponses avec la psychologue clinicienne, spécialiste en psychonutrition, Victoria Rizzo.

En quoi la quête incessante de bien-être peut-elle devenir problématique ?
Dans la société actuelle, la notion de bien-être est omniprésente, mais avec une visée paradoxale car elle finit par générer de la culpabilité. On a envie d’aller bien, de s’améliorer, et en même temps, on se heurte à des limites, à des obstacles, à des difficultés personnelles, qui nécessitent parfois un accompagnement plus profond que celui qu’on imagine. C’est assez évident à la période des bonnes résolutions : on décide de perdre du poids, de mieux manger, de faire du sport, d’arrêter de fumer… On consulte (ou pas) un nutritionniste, un coach sportif, un hypnothérapeute… mais sans forcément travailler un problème de fond, parfois présent depuis des années. Les comportements compensatoires sont souvent des réponses à quelque chose de plus profond. Le discours dominant est souvent : « Il suffit de », « Il n’y a qu’à », « C’est une question de volonté ». Cela place l’individu dans l’idée que toutes les solutions sont à sa portée, ce qui est en partie vrai, mais l’expose aussi à une perte de repères. À force d’informations et de solutions standardisées, il peut se perdre, sans parvenir à mettre en place des changements durables.
On a aussi l’impression que cette quête de bien-être implique des privations, et donc, crée des frustrations, ou encore, que le moindre écart fait naître un sentiment de culpabilité…
Oui, totalement. Dès qu’on s’impose un objectif, le moindre écart est vécu comme un échec. Prenons l’exemple d’un régime : une personne se dit qu’elle doit absolument le suivre, puis elle craque pour un morceau de gâteau ou un paquet de chips. La culpabilité apparaît, avec le sentiment de s’être éloignée de son objectif. La vraie question est : comment trouver un équilibre entre des injonctions au bien-être et ne pas se sentir privé ? Parfois, les écarts font aussi partie de l’équilibre : ils participent au bien-être, au plaisir, et permettent justement de tenir dans la durée.
Comment accompagner cela de manière plus saine ?
La première chose à faire est de clarifier ses réels besoins. Quand une personne parle de son bien-être, de quel bien-être parle-t-elle ? Qu’est-ce qui, concrètement, la fera se sentir mieux dans six mois, un an ? Ensuite, il faut interroger les objectifs et les moyens. Partons de l’exemple de la perte de poids : qu’est-ce que cela signifie réellement pour la personne ? Et de quoi est-elle capable ; quels efforts est-elle prête à fournir pour atteindre son objectif ? Si ce dernier et les moyens ne sont pas compatibles, cela veut peut-être dire que l’objectif visé n’est pas le bon. On associe souvent le bien-être uniquement au sport et à l’alimentation. Ce sont effectivement des facteurs importants, mais il ne faut pas entrer dans une logique de diète ou de privation. Il s’agit plutôt d’optimiser son capital santé, physique et psychologique, en utilisant l’alimentation (ou le sport) comme un soutien, pas comme une contrainte. L’objectif est de se sentir mieux, de retrouver plus d’énergie, une meilleure concentration, une humeur plus stable… Il ne s’agit pas de supprimer les plaisirs, mais de sortir de la logique des « craquages », très culpabilisante, pour retrouver une alimentation plus consciente et intuitive.
Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans ces injonctions ? Derrière les discours d’acceptation de soi qui y circulent, est-ce que l’on ne continue finalement pas de promouvoir un idéal unique ?
Ils jouent en effet un rôle majeur. On parle beaucoup d’acceptation de soi, mais en parallèle, les réseaux véhiculent toujours le même idéal : être performant, en bonne santé, mince, actif, épanoui. Cela crée une grande confusion. On entre alors dans ce que j’appelle le « positivisme toxique » : on valorise tellement le fait d’avoir un état d’esprit positif qu’on en oublie que l’humain est aussi fait d’émotions difficiles, de limites, de fragilités. Ce type de discours nie une partie de la réalité émotionnelle des personnes. À moyen et long termes, ces injonctions empêchent des changements durables. L’accompagnement doit être progressif, adapté, respectueux du rythme de chacun, et parfois passer par plusieurs étapes : psychothérapie, travail sur l’alimentation, activité physique, créativité…
Ces problématiques touchent-elles tout le monde ?
C’est généralisé, mais l’impact varie selon les moments de vie. Les adolescentes sont ainsi très exposées aux réseaux sociaux et aux modèles irréalistes. Cela peut entraîner chez elles des comportements alimentaires problématiques, voire pathologiques. Chez les femmes entre 30 et 45 ans, on retrouve plutôt le syndrome de la Wonder Woman qui doit réussir sur tous les plans, savoir tout gérer, et évidemment, sans se plaindre. Les émotions sont mises de côté, et l’alimentation devient parfois un refuge émotionnel. Les hommes sont tout autant concernés par la dépression ou l’anxiété, mais ils en parlent moins et consultent moins. Ils ont tendance à gérer seuls, parfois par des moyens moins sains.
Y a-t-il des signes qui doivent nous alerter ? Peut-on prendre conscience des dérives de notre quête de bien-être ?
La personne nie ce qu’elle ressent pour continuer à faire, toujours plus. Elle fonctionne en mode automatique, accumule les tâches, elle a du mal à déléguer, cherche la reconnaissance et peut développer une forme d’addiction à la performance. Cette quête peut progressivement mener au surmenage et à l’épuisement total, dont il est ensuite très long de se remettre. À ce stade, un accompagnement devient indispensable.
Comment s’en protéger ? En se coupant des réseaux sociaux ?
Entre autres. Il faut se poser des questions essentielles : pourquoi ai-je besoin du regard des réseaux sociaux ? Qu’est-ce que je cherche à travers cela ? Jusqu’où suis-je prêt à m’épuiser pour une validation extérieure ? Se protéger, c’est prendre du recul et se demander à partir de quand l’injonction positive cesse d’être bénéfique pour devenir toxique !

Découvrez en vidéo la leçon de bien-être de Natasha Andrews :

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