
La bataille de marteaux a été orchestrée par la maison Maurice Auction. Au centre de l’arène : la collection personnelle de Mouna Ayoub, femme d’affaires et collectionneuse aux 2.500 pièces haute couture. Si des créations de Marc Bohan ou Raf Simons étaient au catalogue, c’est bien l’enfant terrible de la mode, John Galliano, qui a pulvérisé tous les records.
Sophie Fontanel, la critique mode nous donne une leçon de style :
Le sacre du look « SDF »
Le clou du spectacle ? Le lot 39. Une robe du soir en soie peinte à la main, issue de la collection polémique Printemps/Été 2000 de Dior, baptisée « Clochards » (ou Homeless). À l’époque, le défilé avait scandalisé, accusé d’esthétiser la misère. Vingt-cinq ans plus tard, le scandale est devenu un investissement boursier. La robe, une pièce maîtresse au corsage torsadé évoquant des sacs plastiques et aux coutures imitant grossièrement du scotch noir, a été adjugée 510.000 euros (hors frais).
C’est l’ironie suprême du marché de l’art : une création pensée comme une réflexion radicale sur la marginalité, avec ses baleines qui éclatent comme un vieux parapluie cassé, devient l’objet de désir ultime des ultra-riches.
Le flair de Mouna Ayoub
Pourquoi un tel prix ? Au-delà de la «hype» actuelle autour des archives Galliano, c’est l’état de conservation de la robe en question qui a affolé les compteurs. Car Mouna Ayoub n’est pas une cliente comme les autres, elle n’altère jamais les pièces de défilé. Pas question d’ajuster la taille ou de faire un ourlet. Elle achète l’oeuvre brute.
Concernant cette collection « Clochards » que le Tout-Paris de l’époque avait boudée, elle confie avoir tout acheté par coup de cœur. Pour elle, Galliano incarnait une libération vestimentaire nécessaire après son divorce. Une audace qui paie : la vente totale a généré plus de 6 millions d’euros, un record mondial pour une vente de haute couture.
Galliano-mania
Cette vente confirme une tendance : les années Galliano chez Dior sont devenues le Graal du vintage. Pour preuve, une autre tenue de la même collection, un ensemble manteau et pantalon à l’aspect «usé», s’est envolée pour 624.000 euros (frais inclus). La célèbre robe « imprimé journal », cousin couture de celle portée par Carrie Bradshaw, a atteint quant à elle les 300.000 euros.
Dans la salle, on croisait aussi bien les équipes du patrimoine de Dior que des figures comme Stephanie Seymour ou des marchands venus de Los Angeles. Tous venus célébrer – et monnayer – le génie d’un homme qui, il y a deux décennies, transformait le rebut en or. L’alchimie est totale : vingt ans plus tard, le trash est devenu de l’or en barre
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