Helena n’est pas une star. N’en déplaisent à ceux qui peuvent (très) maladroitement l’aborder en rue : « Bien sûr je t’ai reconnue, t’es plus jolie en vrai, dans ton œil, y’a un truc ; Mais t’es une star, là j’parle à une star », dépeint-elle dans le morceau Capuche. Sa capuche, ce jour-là, elle ne la porte pas. Elle n’en est pas moins cool, Helena, mais elle n’a pas besoin de se cacher. Elle chante que « Tout a changé, rien n’a changé », et c’est bien vrai. Elle se fait fort de rester une fille « normale » dont la vie est, elle, devenue « anormale ». L’artiste féminine la plus adulée du moment aime « ce côté un peu girl next door » qu’elle renvoie, comme si elle était « la cousine ou la sœur », nous glisse-t-elle dans un sourire. Parce qu’elle sourit et rit beaucoup Helena, sa voix est douce et enjouée, et ses yeux au bleu perçant brillent : elle est consciente de vivre « sa best life » même si sa vie « est aussi ici, en Belgique » et qu’il lui faut parfois manquer des moments importants. Mais, en même temps, elle mûrit aussi plus vite, apprend les codes du monde de la musique et se découvre : « Je grandis en même temps que les filles de ma génération », constate-t-elle simplement. Oui, mais avec ce petit truc en plus tout de même, de l’ordre du porte-voix – même si « ça me fait encore un peu peur d’utiliser ce mot » – plus que de celui d’une « reine de Belgique », ce surnom qu’elle « tolère une fois sur deux », plaisante-t-elle encore.
Helena, quand le succès est devenu fulgurant avec votre premier album (Hélé), vous êtes-vous dit que c’était trop pour vous, que vous ne sauriez pas gérer ?Cela m’a traversé l’esprit, mais je n’ai jamais été seule à gérer ça. Au quotidien, dès qu’il se passe quelque chose de positif ou de négatif pour moi, je suis toujours entourée. Pendant tout ce qui s’est passé autour de l’album et de la tournée, jamais je ne me suis retrouvée seule face à mes émotions. Je n’ai pas de mal à parler, à exprimer ce que je ressens, et tout le monde autour de moi était au courant. Et quand j’ai un peu trop tiré sur la corde, quand j’ai peut-être failli flancher, je l’ai tout de suite dit et on a un peu allégé le planning. Je m’écoute énormément. Et on me conseille de le faire…Vous êtes bien entourée. Mais est-ce que le succès vous a ôté cette naïveté qui vous caractérisait ?Je dis encore que je suis naïve parce que je découvre plein de choses et des codes que je n’ai pas, dans le monde de la musique par exemple. Je me l’autorise donc à certains moments. Ma naïveté en ce qui concerne la notoriété s’est, par contre, peut-être un peu effacée, parce que ça fait deux ans que ma vie a vachement changé. Je l’ai compris, c’est acté.Et quid de votre timidité ?J’étais timide quand j’étais petite. Ma mère m’a mise aux cours de théâtre pour me décoincer un peu. Puis, j’ai changé d’école et ça a été beaucoup mieux à partir de ce moment-là. Ma timidité en soi, elle apparaît uniquement dans des situations où je ne me sens pas à l’aise. Je peux arriver dans un groupe où je ne connais personne et être extrêmement sociable… C’est marrant parce qu’on m’a demandé ça au casting de la Star Ac’ : si j’étais timide, si j’étais sociable (sourire). J’ai répondu : « Moi, aucun problème de sociabilité ! Je suis partie trois ans de suite en échange, j’ai rencontré mille personnes et mes copines le savent : je peux être en soirée n’importe où, je finis par parler à tout le monde. » Puis, je suis arrivée au château de la Star Ac’ et j’étais incapable de causer ! Je me sentais nulle. Quand je me sens moindre, que je trouve les autres plus intéressants que moi, que j’ai l’impression que ce que je dis ne va rien apporter au groupe, alors je deviens timide, je me renferme. Je ne me reconnaissais pas, c’était atroce parce que je le disais aux coordinatrices : « Vous savez que je ne suis pas comme ça. » Ça m’énervait !Et vous vivez aujourd’hui vraiment votre « best life » comme dit votre mère dans « Maman s’inquiète » ?Oui ! Ma maman est de nature stressée. Que ce soit pour moi ou n’importe lequel de ses enfants, elle l’a toujours été. Il suffit d’un coup de téléphone pour que je lui raconte ce que j’ai fait cette semaine, que je lui explique à quel point c’était génial, pour que tout d’un coup elle soit rassurée et déstresse. Les rôles se sont presque inversés. Non pas que je m’inquiète pour elle, mais je la rassure énormément. Elle me dit que je suis presque devenue plus mature qu’elle ! Un jour, il n’y a pas si longtemps, elle m’a dit – et ça m’a beaucoup touchée – qu’elle pouvait partir tranquille en voyant la femme que j’étais devenue et que je la rendais plus sereine. Elle est hyper fière de voir cette évolution et que je n’ai presque plus besoin d’elle… enfin presque (sourire).Vous refusez le terme « star » pour vous qualifier. N’en déplaise à ceux qui vous accostent en utilisant ce mot…Pour moi, c’est une personne connue du grand public. Les gens te connaissent mais ils ne savent pas trop pourquoi. Moi, je chante, j’écris des chansons, et c’est pour ça qu’on me connaît. Je pense qu’on peut être une star sans s’exprimer artistiquement. Aujourd’hui, rien que sur Instagram, on peut être une star…Vous avez tenu à vivre en coloc avec vos meilleures amies, et en Belgique, pas à Paris où tout se passe ? De fait, ça ne fait pas « star »… …Réédition de l’album Hélé 2 (Sony). En concert les 9, 10 et 11 avril à Forest National. En festival le 26 juillet aux Francos de Spa.