
Mieux vaut être (bien) accompagné pour ne pas risquer de se perdre dans le QG de la maison belge Scabal : plus de 10.000 mètres carrés de bureaux, de studios de création, de halls de stockage et d’espaces dédiés à la logistique. Le jour de notre rendez-vous, Scabal s’apprête à présenter sa collection hiver 2026/2027 à des distributeurs internationaux. « Notre activité est divisée en trois catégories », nous explique Gregor Thissen, président de Scabal : « De grandes maisons de mode nous commandent des tissus exclusifs que vous ne trouverez que chez elles. Nous collaborons avec des marques comme Hermès, Dior ou Prada pour lesquelles nous tissons la laine, le cachemire ou la soie. Nous avons notamment eu la chance de travailler sur la dernière collection Chanel de Karl Lagerfeld », poursuit-il. « En marge de ces références, nous développons nos propres collections de tissus disponibles dans nos boutiques et chez nos distributeurs. Enfin, nous proposons une ligne de prêt-à-porter élaborée sur base de nos étoffes », explique-t-il.
Fondée en 1938, la société est plutôt du genre fidèle : à son quartier, celui du Pentagone, au cœur de la capitale, mais aussi à ses collaborateurs. Ils sont 80 à œuvrer au sein du siège de Bruxelles et 600 dans le monde. « Scabal, c’est un écosystème qui s’articule autour de notre filature de Hudderfield, en Angleterre. C’est là que sont fabriqués presque tous nos tissus. Nos costumes et notre ligne de prêt-à-porter sont produits au Portugal », ajoute Gregor Thissen en nous guidant dans le labyrinthe Scabal.
L’esprit Savile Row
Curieusement, la plus ancienne boutique Scabal n’est pas à Bruxelles, mais à Londres. « Depuis le début des années 70, elle est implantée sur Savile Row, la rue des tailleurs ; ces artisans utilisent nos tissus », poursuit Gregor Thissen. « L’atelier de confection situé à l’arrière du magasin est en outre un passage obligé pour de nombreuses costumières de films qui viennent s’y fournir. Même si ces commandes spéciales sont totalement indépendantes de la création de nos collections, les collaborations avec l’univers du cinéma sont une source d’inspiration pour nos équipes », précise le chef d’entreprise en nous présentant Luca Driusso, directeur créatif, en charge de l’élaboration des collections d’étoffes.
Saison après saison, il imagine de nouvelles références ; des créations dans l’air du temps qui enrichissent les classiques du catalogue Scabal. Son rôle : concevoir de nouvelles combinaisons de chaînes et de trames sous le signe de l’innovation, mais aussi d’une audace affirmée. Cet automne, la marque a ainsi lancé une collection centrée sur 12 tableaux peints par Dali pour Scabal en 1971. Le résultat : 12 tissus librement inspirés des œuvres du maître espagnol. Les hommes les plus fantasques peuvent même choisir de faire doubler leur veste dans un tissu qui reprend certains fragments de la peinture. « Nous collaborons aussi avec des étudiants du London College of Fashion dans le cadre d’un programme centré sur le métier de tailleur, ainsi qu’avec des artistes que nous accueillons en résidence ; l’occasion de créer de nouveaux ponts entre l’art contemporain et le tissu, mais aussi de donner aux collaborateurs de l’entreprise accès à une collection d’œuvres qui s’enrichit d’année en année. »
Scabal à la verticale
Gregor Thissen poursuit la visite d’un pas assuré. C’est qu’il a encore de nombreux coins secrets à nous montrer. Comme la partie du bâtiment où l’on fabrique et assemble les « bunches ». Inventé par Otto Herz, le fondateur de Scabal – un Allemand qui avait fui son pays à l’aube de la guerre –, il s’agit d’un ingénieux système permettant de regrouper de manière esthétique et pratique plusieurs échantillons de tissus d’une même collection. Presque 80 ans plus tard, ces « bunches » servent encore à présenter les différentes références du catalogue.

« D’année en année, nos étoffes gagnent en finesse et en légèreté. L’appellation Super 180, la norme chez Scabal, signifie que le tissu est fabriqué à partir d’une laine extrêmement fine. C’est d’ailleurs notre spécialité ; en termes de finesse des étoffes, nous sommes pionniers. Un beau tissu, c’est une couleur sublime, un toucher agréable et, évidemment, un tombé parfait », confirme Gregor Thissen. « Nous importons notre laine d’Australie, nous la filons et la tissons dans notre propre atelier en Angleterre. On peut parler d’une verticalité intégrée dans le sens où nous maîtrisons notre chaîne de production de A à Z. »
Fils d’or et de diamant
Gregor Thissen nous parle ensuite de Treasure Box, une étoffe particulière, semblable à un bijou : « Nous intégrons un fil de soie habillé d’or aux autres fils de chaîne », poursuit-il avant de nous présenter Diamond Chip. « C’est notre plus grand secret de fabrication : de la poudre de diamant ajoutée au fil lors du tissage ». Si, un jour, vous vous offrez ce luxe, votre tailleur recevra le tissu dans une boîte précieuse qui comprend aussi une étiquette à coudre à l’intérieur du vêtement.

Reste à savoir qui, hormis James Bond, porte ces étoffes d’exception au quotidien ? Au cinéma, Daniel Craig a en effet porté du Scabal, au même titre qu’Al Pacino dans Le Parrain ou encore Robert De Niro dans Casino, mais dans la boutique Scabal de Bruxelles ou de Shangaï, les clients anonymes sont nombreux. Ceux qui commandent un premier costume optent généralement pour un tissu Eaton ou Galaxy uni ou à carreaux ». « Une fois les mesures prises, ils n’ont plus qu’à choisir l’étoffe et les finitions. En cinq semaines, le costume est prêt », explique Véronique, directrice de la boutique bruxelloise. « Parfois, les essayages peuvent durer des heures ; parce que c’est la première fois qu’ils passent au magasin ou juste parce qu’ils ont envie de profiter du moment », poursuit-elle.
Découvrez en vidéo notre interview mode avec Lucky Love :
Hollywood, ni vu, ni connu
Si vous avez craqué pour la veste de smoking orange à revers noirs d’Eggsy, le personnage incarné par Taron Egerton dans le film Kingsman, il se pourrait – comme l’a fait un client de la boutique du boulevard de Waterloo –, que vous vouliez le même. « Nous sommes très discrets sur les personnalités qui portent du Scabal », avoue Véronique. « Mais visiblement, ce client était bien renseigné. Véronique nous parle aussi d’un monsieur séduit par la collection New Deluxe. « Pour être assorti aux robes de son épouse, il a commandé plusieurs costumes en jaune, fuchsia ou encore orange ».

Véronique nous parle aussi d’un très chic costume en tartan destiné à un client un peu excentrique. « La veste était doublée d’un tissu camouflage noir et marine. Les boutons étaient recouverts de la même étoffe, également utilisée pour le revers du pantalon. Le tout rehaussé d’une piqûre orange », s’enthousiasme-t-elle.
Chez Scabal, le principe de la demi-mesure permet, non seulement, de vous faire faire un costume parfaitement coupé, mais aussi de le personnaliser en piochant parmi 200 finitions différentes : doublure, poches, revers, boutonnage… Les possibilités sont infinies. Les plus créatifs peuvent évidemment faire broder leurs initiales ou un vers de poème à l’intérieur ou à l’extérieur du costume. « Nous sommes une maison de luxe. Chaque détail ou demande est incluse dans le prix du costume. Le client peut donc se lâcher vraiment », précise Véronique qui nous confie habiller de plus en plus de femmes. « Elles ne sont pas nombreuses, mais les costumes que nous réalisons pour elles leur donnent une allure folle ».
Ne manquez plus aucune actualité lifestyle sur sosoir.lesoir.be et abonnez-vous dès maintenant à nos newsletters thématiques en cliquant ici.
Sur le même sujet














