Hélène Gateau nous explique pourquoi dormir avec son chien est bénéfique : « C’est en parlant de mes nuits que j’ai fait un point sur ma vie »
La nuit est un monde bien mystérieux qui fait pourtant partie de notre existence et notre quotidien. La vétérinaire Hélène Gateau s’y est aventurée à travers son livre Dormir seul, à deux… ou avec son chien ? (Édition Albin Michel). Rencontre (et confessions nocturnes).
ParAudrey Morard,
PhotoDelphine Ghosarossian
Dans son livre intitulé Dormir seul, à deux… ou avec son chien ?, la vétérinaire Hélène Gateau questionne, analyse et décrypte nos nuits, en les passant au peigne fin. Un ouvrage intime, dont certaines parties feront écho à notre propre sommeil, mais aussi nos propres craintes. Comme le titre le laisse présager, la spécialiste soulève aussi la question de dormir aux côtés de son compagnon à quatre pattes. Une pratique qui était déjà répandue au temps des empereurs et impératrices en Chine comme elle nous l’explique...
Pourquoi avoir décidé d’explorer le thème de la nuit dans votre livre « Dormir seul, à deux… ou avec son chien ? »
Parce qu’il s’agit d’un sujet justement peu exploré (sourire). On en parle très très peu, alors que quand on regarde à l’échelle d’une vie combien de temps on passe à dormir, c’est quasiment un tiers de notre existence. Mais il s’y passe bien plus de choses que simplement dormir. Pas mal d’enjeux gravitent.
Quels sont justement ces enjeux ?
Il y a un enjeu de santé puisque le sommeil est indispensable à notre survie et à notre bien-être. Il y a aussi un enjeu d’angoisse car la nuit est aussi associée à l’obscurité, aux ténèbres, aux pensées obsessionnelles et anxieuses. On a longtemps dit que la nuit était liée à un repos social, mais ce n’est pas toujours le cas.
Quand on lit votre livre, on se rend compte à quel point nous sommes vulnérables pendant la nuit…
Vulnérables, c’est exactement ça. Surtout nous les femmes que ce soit par rapport au manque de sommeil, à nos plus grandes difficultés à trouver le sommeil ou dès que l’on commence à ressasser. C’est évidemment un livre qui s’adresse plus aux femmes puisqu’il y a l’idée de mettre la lumière sur les nuits des femmes
On découvre tout au long de votre livre, des anecdotes et d’histoires associées à votre rapport à la nuit. Était-ce une manière de réaliser une introspection sur vous-même ?
Bien sûr. À vrai dire, mon livre s’est construit au fil de l’eau. Je me suis rendu compte que j’avais envie d’explorer cette thématique de la nuit, puis j’ai commencé à ouvrir une porte qui me permettait d’en ouvrir une autre et ainsi de suite… J’ai fait une plongée au cœur de mes nuits et je ne m’attendais pas à tout ce que j’allais trouver. J’ai découvert des choses sur moi-même, mon rapport aux hommes et à la solitude, mais aussi sur ma relation avec mon chien Colonel. Étonnamment, c’est en parlant de mes nuits que j’ai fait un point sur ma vie.
Quels ont été les chapitres les plus faciles et les plus difficiles à écrire ?
Les plus simples ont été ceux consacrés à mon chien, sur l’exploration des insomnies et leurs conséquences sur le corps… Mais dès que j’ai dû m’atteler aux sujets autour des nuits et de ma relation à mes amours passés, ce fut un peu plus compliqué. Je me suis souvent demandé : ‘jusqu’où tu dois aller dans ce voile que tu lèves sur ton intimité ?’. Mais il n’y a que quand on donne de soi et qu’on s’exprime sur son propre vécu que cela parle et résonne chez les autres. Pour que les gens puissent s’identifier à mes propos, il fallait que je donne un peu de moi.
C’est une preuve du lien de dormir avec son chien. ll y a une réciprocité : je lui fais confiance, il me fait confiance. Ces moments nous rapprochent de notre animalité.
Hélène Gateau
D.R
Vous en parliez, votre chien tient une place importante dans votre vie. On apprend dans votre ouvrage que dormir avec votre chien est une pratique ancestrale…
Exactement, je l’ai appris en faisant mes recherches. Des écrits datant du Moyen-Âge parlent de la présence des chiens dans les couches des humains. Alexandre-Le-Grand dormait avec son mastiff après une bataille. Des chiens partageaient aussi les lits des impératrices et empereurs de Chine. Ce n’est pas une lubie de bobo de dormir avec son chien ; c’est quelque chose qui existe depuis la nuit des temps et qui rend l’expérience encore plus légitime et naturelle. Il y avait auparavant une dimension plus utilitaire avec la chaleur que l’animal apportait, il pouvait aussi prévenir en cas de présence menaçante. Aujourd’hui, l’utilité est plus de l’ordre de l’affectif.
Vous racontez que la première fois que votre chien est venu sur votre lit, vous êtes allé le chercher et l’avez pris dans les bras. Vous expliquez que vous étiez alors dans un moment de solitude…
Exactement, mais que ce soit durant la nuit ou dans ma vie, je ne dis pas que mon chien remplace mon petit ami. J’ai toujours préféré, non pas me contenter, mais plutôt apprécier sa présence à lui pour ne pas être seule, que de me trouver avec quelqu’un avec qui je n’avais pas d’atomes crochus… C’est une preuve du lien de dormir avec son chien. ll y a une réciprocité : je lui fais confiance, il me fait confiance. Ces moments nous rapprochent de notre animalité comme je l’explique dans le livre.
Que vous apportent ces nuits passées à côté de votre chien, mentalement et physiquement ?
Physiquement, il y a comme un aspect doudou et tactile. Il m’arrive très souvent de mettre ma main sur lui, de le prendre contre moi, de l’écouter. Mes sens sont mis en éveil. Mentalement, j’ai le sentiment de profiter de lui, de jour comme de nuit, de ne manquer aucun moment de ma vie à ses côtés. Cela construit notre relation et renforce notre lien d’attachement. J’aimerais réussir à m’inspirer de sa facilité à m’endormir ! (rires).
Le sommeil est aujourd’hui devenu du temps perdu pour certains, car nous sommes dans une société de la performance et de l’ultra connectivité.
On apprend aussi dans votre livre que les animaux comprennent très vite l’importance et la préciosité du sommeil…
Disons que c’est naturel pour eux. Cela reste un besoin primaire qu’ils subissent très facilement. Ils dorment parce qu’ils sont fatigués, parce que le sommeil les envahit… Malheureusement, pour certains êtres humains, le sommeil est aujourd’hui devenu du temps perdu parce que nous sommes dans une société de la performance et de l’ultra connectivité. Nos nuits sont d’ailleurs dérangées par des notifications en permanence, notre sommeil s’en trouve altéré. Et puis on procrastine, on repousse ce moment où l’on doit se mettre au lit. C’est dans ces moments-là que je me suis dit qu’on doit s’inspirer du chien. Il va dormir parce qu’il pique du nez, il va se coucher alors que l’humain résiste, reprend son téléphone, scrolle, continue une série même si cela fait cinq fois qu’il baille…
Il y a quelque chose de paradoxal car on parle très souvent de nos nuits et notre sommeil avec notre conjoint, nos amis, notre famille, nos collègues, mais n’en prenons pas soin…
Tout à fait, mais je crois qu’on est en train de prendre conscience que le sommeil devient un enjeu de santé publique. On dort de moins en moins, on a perdu 1h30 de sommeil ces deux dernières années. Les enfants et les adolescents sont eux aussi touchés. Le risque d’obésité et de surpoids augmente chez les jeunes qui manquent de sommeil, sans compter les répercussions sur la concentration au quotidien. On ne chérit pas assez le sommeil, mais je pense qu’on l’intellectualise trop en en parlant. On oublie que c’est quelque chose qui doit être naturel et qu’on devrait au final à peine questionner. On devrait aller dormir quand le sommeil arrive et avoir comme un lâcher prise vis-à-vis du sommeil. Écouter son corps est essentiel.
Et aujourd’hui, comment vont vos nuits et votre sommeil ?
La nuit et le sommeil sont un peu devenus mes obsessions. Je dors mal, mais je suis en train d’entreprendre des démarches pour être prise en charge d’un point de vie médical et tester des thérapies comportementales et cognitives de façon à m’en sortir parce que je suis en bonne santé, je fais du sport, j’ai un travail, j’ai des amis et une vie sociale. J’ai finalement tout pour être heureuse, mais le sommeil est un gros point noir. J’aimerais vous dire que j’ai trouvé une solution, mais ce n’est pas le cas, mais je vous remercie de me poser la question (sourire).
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