
Le 2 novembre dernier, le coureur de Formule 1 Charles Leclerc annonçait ses fiançailles avec sa compagne Alexandra Saint Mleux sur son compte Instagram. La publication est glamour, à l’image du couple. La future Madame Leclerc porte une robe nuisette bleu ciel, des biscuits décorés de A et C sont déposés sur des assiettes blanches, un imposant cœur en pétales de roses rouges est reproduit sur le sol. Et puis au milieu de toute cette mise en scène, il y a Léo. Léo est l’adorable teckel à poils longs de Charles Leclerc et Alexandra Saint Mleux. L’animal suscite presque plus l’attention que la bague de fiançailles. Mais n’est-ce pas l’effet recherché…
Avant l’annonce de leurs fiançailles, le couple avait déjà exposé à plusieurs reprises leur animal : sur un yacht sous le soleil de la Riviera française, dans un jet privé ou dans les différents paddocks de Formule 1. Des « story à la une » sont même entièrement dédiées au teckel. Le couple réunit à eux deux presque 25 millions de followers. Une belle pub pour leur couple, leurs fiançailles… et leur toutou.

Le boom de la teckel mania
Il faut dire que l’animal a de quoi nous faire craquer avec son corps en forme de saucisse et ses petites pattes. À l’instar de Charles Leclerc et Alexandra Saint Mleux, l’ex-Miss France et Miss Univers Iris Mittenaere a elle aussi adopté non pas un, mais deux teckels. Eux aussi sont mis en scène dans 1001 décors. « Il suffit qu’une personnalité adopte un teckel pour que le chien devienne incontournable » glisse Yoann Latouche, fondateur de l’agence YLG, une agence d’influence et de marketing spécialisée pour animaux de compagnie.
La preuve qu’on assiste à une véritable teckel mania, l’animal a ses propres festivals en Europe. En Belgique, le Teckelfest a connu sa deuxième édition à la ferme de Hazegras à Knokke-Heist au mois d’octobre. Les fondatrices de l’événement expliquent sur le site internet : « En tant que quatre passionnés de teckels, nous avons pensé qu’il était grand temps d’organiser une journée réunissant les teckels, leurs propriétaires et tous les amateurs ». Tout était réuni pour faire plaisir aux chiens et à leurs maîtres avec un marché pour teckels, une course de teckels et même une séance de yoga réalisée aux côtés de son compagnon à quatre pattes. En France, la sixième édition de la « Grande Marche des Teckels » s’est tenue le 16 novembre dernier. Cette édition 2025 a réuni 2.554 petits teckels : 56 % venaient de Paris et région parisienne, 34 % du reste de l’Hexagone et 10 % d’Europe. La diversité était au rendez-vous avec 31 % de teckels à poils longs, 43 % ras et 26 % poils durs.

La teckel mania démontre un phénomène plus profond : l’engouement pour les chiens sur les réseaux sociaux. Certains maîtres décident même de créer un compte Instagram pour leur fidèle compagnon. « Ces comptes ont été crescendo jusqu’à devenir quelque chose de totalement normal. C’est entré dans les mœurs. Ce phénomène était très citadin et cantonné aux grandes villes, mais il s’implante désormais aussi dans les campagnes » commente Yoann Latouche.
Selon lui, cette mise en lumière des chiens sur les contenus digitaux s’explique par une société devenue de plus en plus « instagramable ». Yoann Latouche nous confie qu’un post Instagram avec un animal génère deux fois plus d’engagement. Certains internautes valorisent leur animal pour générer du likes, des commentaires et attirer des partenariats. D’autres le font par passion et par plaisir sans rien attendre en retour. « Aujourd’hui, tout ce qui nous entoure doit avoir le potentiel pour Instagram. On le voit dans le choix des races de chiens. À l’époque, les personnalités choisissaient leur race de chien en fonction de l’image qu’elles souhaitaient renvoyer. Sylvie Vartan avait un Shih tzu, Line Renaud un cavalier King-Charles, les présidents français s’entouraient de labradors noirs. Le chien renvoyait à notre statut social. Mais des décennies plus tard, la donne a changé ».

Découvrez en images les crèches pour chiens, une solution de garde qui cartonne de plus en plus en Belgique :
Le phénomène des Crossbreeds
En 2025, les people (chanteurs, acteurs, influenceurs…) continuent de choisir des races mais ils optent dorénavant pour des croisements, appelés des crossbreeds. Des chiens venus des États-Unis et hautement Instagrammable. Les plus connus sont les Pomsky, croisés entre un Loulou de Poméranie et un Husky, les Cockapoo entre le caniche et le cocker, mais aussi les Bernedoodle, entre un bouvier bernois et un caniche. Ces chiens, devenus des it-dogs au même titre que les it-girls, ont des visages à croquer, des silhouettes terriblement mignonnes, mais ils ont un prix. « Ils valent généralement deux fois plus cher qu’un chien de race. De plus, aucun test n’est réalisé, ou en tout cas très rarement. Ces chiens sont devenus entre guillemets des phénomènes de société, mais un problème réside : les individus n’ont pas toujours conscience de l’animal qu’ils prennent ».
Prendre un animal illumine un feed Instagram, mais implique des responsabilités. Yoann Latouche pointe d’ailleurs du doigt les dérives autour de ces croisements. Le fondateur de l’agence YLG précise que de plus en plus de marchands surfent sur ce phénomène en réalisant des croisements non réfléchis où la génétique n’est pas travaillée et avec aucun test de santé une fois de plus.

Ces expositions et ces mises en scène sur Instagram et même TikTok soulèvent une question : les chiens sont-ils devenus les nouveaux accessoires de mode ? « Ça l’est pour certaines personnes, mais si l’on prend du recul, ça l’a toujours été. C’est juste que les choses se sont démocratisées. Les gens ont déjà plus de moyens aujourd’hui. Il y a des décennies et même des siècles, il fallait être riche pour avoir un chien. À la cour de Versailles, on trouvait des épagneuls papillons. Ils étaient les chiens de compagnie des dames, mais aussi des accessoires, un peu comme le deuxième sac à main ».
Une dogmania pas près de s’arrêter
L’engouement autour des chiens ne date pas d’Instagram. Ils étaient auparavant mis en lumière dans les films et la littérature. Le cocker était plus en vogue que jamais avec Boule et Bill, le Saint Bernard a connu son heure de gloire avec le film Beethoven, les Dalmatiens avec Les 101 Dalmatiens. Ce phénomène peut-il pour autant s’essouffler ou au contraire perdurer ? « Les tendances des Pet Parents (parents d’animaux) et de la Dogmania ont de beaux jours devant eux. On le voit, des personnes ne veulent plus d’enfants et ne veulent plus les contraintes qui vont avec. Elles vont alors préférer adopter un chien ».
Ce constat est confirmé dans certains pays comme la Corée du Sud. Selon les chiffres relevés par Gmarket, première plateforme de commerce en ligne du pays, 43 % des ventes de poussettes étaient à destination des nourrissons et 57 %, pour les chiens et chats. À titre comparatif, les achats de poussettes pour animaux ne représentaient que 33 %, en 2021, et 36 %, en 2022. En Espagne, on trouve plus de chiens que d’enfants. Une enquête de l’institut de sondage Funcas révèle que le pays compte environ neuf millions de chiens et presque six millions de chats contre 6,6 millions d’enfants de moins de 14 ans. « On constate aussi que les animaux arrivent vite au Moyen Orient. En Chine, les experts estiment qu’il y aura plus de chiens que d’enfants dans cinq ans ».
Cette toutou mania, en apparence légère, soulève des phénomènes sociologiques bien plus profonds. « On adopte aussi un chien pour combler une solitude. Depuis l’avènement des réseaux sociaux, même si on est connecté et qu’on parle avec tout le monde, on n’échange plus avec les gens à côté de nous. Le chien reste le meilleur réseau social du monde. Tu as un chien, les célibataires le savent, tu ne restes pas trop célibataire quand tu as un chien (rires). C’est le meilleur moyen de rencontrer des gens, de draguer, de sortir… ». L’adage dit que le chien est le meilleur ami de l’homme. Il résonne encore plus fort à l’aube de 2026… et au-delà.
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