
Sur les réseaux, les vidéos adorent opposer deux profils de voyageurs. La personne Type A prépare les billets, vérifie la météo et organise sa trousse de médicaments. La Type B improvise jusqu’au dernier moment et demande, le jour du départ, si un hôtel a bien été réservé. Ce format simple se multiplie depuis 2025 et chacun y reconnaît sa sœur, son collègue, si pas sa propre personne.
Derrière la tendance se cache pourtant une histoire médicale un brin moins légère. Le Type A n’a pas été imaginé par des psychologues pour commenter nos valises, mais par des cardiologues étudiant les maladies coronariennes. L’industrie du tabac a ensuite compris l’intérêt de déplacer la discussion de la cigarette vers le caractère des fumeurs. Quel rapport ? On vous explique.
Ce que votre signe astro dit de vous...
Au commencement était… un fauteuil usé
Dans les années 50, au cabinet des cardiologues américains Meyer Friedman et Ray Rosenman, certains sièges de la salle d’attente se seraient usés de façon inhabituelle. Des patients souffrant de problèmes cardiaques auraient eu tendance à s’asseoir au bord, à bouger et à se relever rapidement.
Selon les versions, cette observation aurait été faite par une secrétaire ou un tapissier. Son origine reste incertaine. En revanche, Friedman et Rosenman publient bien une étude en 1959. Ils y décrivent un comportement marqué par la compétition, l’impatience, l’hostilité, l’ambition et le sentiment de toujours manquer de temps. Le profil B est défini par opposition : plus calme, moins agressif et moins centré sur la performance.
Il ne s’agit donc pas, à l’origine, d’un test sur le sens de l’organisation, mais d’une hypothèse sur le risque cardiaque. Les premiers résultats paraissent la soutenir. Le modèle quitte ensuite les revues médicales, devient un livre à succès et entre dans le langage courant.
Une aubaine pour l’industrie du tabac
En 2012, trois chercheurs ont révélé que l’industrie du tabac avait financé pendant des décennies des études sur le Type A. L’objectif était stratégique : attribuer une partie des maladies cardiaques au stress et à la personnalité permettait de minimiser le rôle de la cigarette.
Depuis, le Type A s’est révélé peu fiable pour évaluer le risque cardiaque. Parmi les traits étudiés, l’hostilité semble davantage associée aux maladies coronariennes que l’organisation, l’ambition ou la compétition. Être très organisé ne constitue donc pas un facteur de risque médical.
Pourquoi ça cartonne aujourd’hui ?
Parce que le concept est visuel et facile à partager. Quelques images suffisent pour opposer deux façons de travailler, de voyager ou d’organiser une soirée. Chacun peut choisir son profil et reconnaître celui de ses proches.
Ces catégories permettent aussi de nommer certaines habitudes sans entrer dans des explications trop personnelles. La psychologue Cailin Jordan estime qu’elles peuvent servir de raccourci pour mieux se comprendre. Le professeur Nick Haslam rappelle cependant que notre personnalité n’est jamais figée : nous pouvons être méthodiques dans certaines situations et beaucoup plus détendus dans d’autres.
Personne n’est une lettre majuscule
Une personne peut être organisée au travail, désordonnée chez elle, préparer ses vacances plusieurs mois à l’avance et répondre tardivement à ses messages. Le modèle Type A/Type B simplifie donc une réalité bien plus nuancée.
Notre personnalité évolue aussi avec le temps. Une étude menée auprès de plus de 132.000 adultes âgés de 21 à 60 ans a montré que plusieurs traits continuent de changer à l’âge adulte. Nous conservons certaines tendances, mais rien n’est définitivement fixé à 30 ans.
Ces catégories deviennent surtout problématiques lorsqu’elles servent d’excuses. Être Type B ne justifie pas d’oublier de prévenir les autres. Être Type A n’autorise pas à leur imposer son organisation. Ces étiquettes peuvent décrire des habitudes, mais elles ne cautionnent pas tous les comportements.
Que signifient les Types C et D ?
Le Type C est souvent présenté en ligne comme un équilibre entre A et B. Historiquement, il désignait pourtant des personnes qui exprimaient peu leurs émotions, évitaient les conflits et défendaient difficilement leurs besoins. Des chercheurs ont supposé que ce profil pouvait favoriser le cancer, mais cette hypothèse est aujourd’hui largement discréditée.
Le Type D – pour distressed, soit « en détresse » – combine une tendance aux émotions négatives et un malaise dans les relations sociales. Ses effets possibles sur la santé cardiovasculaire sont encore étudiés, mais cette catégorie ne constitue pas un diagnostic.
Pour se comprendre, mieux vaut cinq curseurs
Aujourd’hui, les psychologues décrivent plutôt la personnalité à partir de plusieurs dimensions. Le modèle des Big Five en distingue cinq : l’ouverture à la nouveauté, le sens de l’organisation, l’extraversion, l’attention portée aux autres et la tendance à ressentir des émotions négatives. Chaque personne se situe à un niveau différent sur ces axes. Ce modèle est moins spectaculaire que l’opposition entre Type A et Type B, mais il donne une image plus précise et nuancée de la personnalité.
Faut-il supprimer les vidéos Type A/Type B ? Non. Comme les signes astrologiques ou les maisons de Poudlard, elles créent du jeu, de la reconnaissance et des conversations. Il faut seulement les utiliser à bon escient. Le Type A/B peut décrire une situation, mais il ne résume pas une personne, ne prédit pas son avenir et ne remplace ni une évaluation psychologique ni un avis médical.
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