
Fin mai 2026, au Casino Municipal de Biarritz, Matthieu Blazy présentait sa collection Croisière 2026-2027. Et sous les sacro-saints tweeds de la maison, un choc : la « Cap-Heel ». Une chaussure à l’apogée du minimalisme, composée uniquement d’un bout de cuir au talon, de trois brides nouées à la cheville, d’un logo gravé et… c’est tout. Rien sous la plante du pied, rien sous les orteils. Tous deux se retrouvent livrés au sol. Une excentricité podale aux airs de provoc’, mais qui pose néanmoins une vraie question : la mode essaie-t-elle de supprimer la chaussure ?
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Car alors qu’on lui prédisait une fin de carrière anticipée, la « Cap-Heel » vient de connaître son heure de gloire aux pieds de Margaret Qualley. L’actrice magnétique dans The Substance, est apparue le 20 août 2026, à la première londonienne du film post-apocalyptique The Dog Stars de Ridley Scott, chaussée du fameux modèle. Peu importe que le tapis rouge se soit résumé ce jour-là à un béton gris bien brut. Sous sa robe noire à franges et sa chevelure ton sur ton, l’absurdité du geste s’habillait soudain d’une insolente élégance.


Ni accident, ni manifeste
Si l’image prête à sourire, le geste n’est pas tout à fait une première. Julia Roberts s’était déjà pointée pieds nus à Cannes en 2016 pour boycotter l’obligation des talons. Kristen Stewart avait fait de même deux ans plus tard, et Cameron Diaz avait fini la soirée sans chaussures en 2003 après avoir pété un talon. La différence ? Qualley, elle, n’a rien cassé ni protesté. C’était prévu dès le départ.
Pourtant, cette envie de mettre le pied à nu ne date pas d’hier. Blazy, passé par les archives de Martin Margiela avant de reprendre Chanel en 2025, connaît ses classiques. En 1996, Margiela sortait en effet sa Tabi « Le Topless » : une semelle, un talon, et du scotch pour faire tenir le tout. L’exact inverse de Chanel. En 1997, le Belge Jurgi Persoons poussait le vice encore plus loin avec un escarpin en bois et cuir vernis dépourvu de toute semelle : le talon haut était là, mais le pied touchait le sol. La même année, Jeremy Scott enroulait des bandages autour de talons aiguilles pour son premier show parisien inspiré par Crash.
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Si l’on remonte plus loin, Salvatore Ferragamo créait son Invisible Sandal en 1947 avec du simple fil de nylon transparent. Et dans l’art, l’Américaine Pippa Garner dessinait en 1982 dans son Better Living Catalog le « Add-a-Heel », un talon clipsable à porter à même le pied.
De Marilyn Monroe et ses Cinderella Slippers dans les années 50 jusqu’à la Barefoot Zero sortie par Demna chez Balenciaga pour l’automne 2025 (une semelle en EVA qui attache juste le gros orteil), la mode n’a de cesse de vouloir faire disparaître le soulier. En alignant sa version sans semelle à côté des chaussures à orteils Vibram ou des sock-shoes de pilates de Coperni, Chanel signe le caprice ultime de l’hyper-luxe : montrer qu’on vit dans un monde assez propre pour pouvoir sortir sans semelles.
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