
Elle s’appelle Pauline Mylle, mais c’est sous le nom de ses créations, Paulini, qu’elle se fait de plus en plus connaître. Le 9 septembre, certaines de ses silhouettes défileront lors de la soirée du gala, Accord Parfait, au majestueux château Calmeyn (Drogenbos), en « accord parfait », justement, avec le menu gastronomique proposé. « Parce que l’élégance se déguste autant qu’elle se porte », nous glisse-t-on du côté de l’organisation de l’événement caritatif (pour le projet Target Victory qui supporte le handisport). Aux fourneaux : le chef David-Alexandre Bruno (Quartz) et les Belgium Pastry Lions. Derrière le bar : Margaux Balemans et Eric Boschman. Et, derrière le rideau, les maisons Scabal (pour les hommes) et Paulini.
Pour Pauline Mylle, jeune styliste originaire de Courtrai, il ne s’agira pas d’un premier défilé du genre ; elle a déjà présenté certains de ses modèles sur des catwalks. Pas à la Fashion Week de Paris ni à celle de Milan – elle en rêve, évidemment ! –, mais c’est déjà un bon bout de chemin parcouru dans un monde difficilement pénétrable… qu’on ait le diplôme de la London College of Fashion au bout des ciseaux, ou pas. « Je me souviens de la première robe ‘professionnelle’ que j’ai faite. Une petite robe noire que j’avais imaginée pour moi, pour un événement. Sur place, j’ai reçu beaucoup de compliments et cela a débouché sur des commandes de robes ! Les gens ont aimé la matière, les détails des coutures, les manches volumineuses… ». Ces aspects-là ont marqué au crayon le style Paulini. « J’aime travailler avec des matières légères qui donnent l’impression de flotter dans l’air ».
Un p’ti tour et puis revient
À 28 ans, on sent la styliste déterminée à faire connaître ses créations au-delà du territoire belge, parfois trop fermé. « Ce n’est pas facile ici d’aller toucher le bon type de clientèle ». Pauline a même failli ne pas se lancer dans le business. Après ses quatre années d’études, stagiaire, elle est déçue par la réalité du travail dans l’industrie de la mode. « A posteriori, je me dis que ça m’a quand même servi d’expérience… ». Elle décide alors d’intégrer une école de management à Anvers pour décrocher un master, dans un domaine nettement moins artistique et finit par travailler pour l’entreprise familiale, puis chez IBM. « Ça n’avait rien à voir ! ». Jusqu’au jour où sa passion d’enfant et son besoin d’exprimer sa créativité ont repris le dessus, alors qu’elle avait quasiment abandonné son atelier chez elle, à Courtrai. « Puis, j’ai commencé à y retrouver de plus en plus. Je me suis rendu compte que ce qui m’animait en couture ce n’était pas de suivre la vision de quelqu’un d’autre, mais la mienne ». C’était il y a trois ans…
Lui reviennent les images d’elle enfant, au contact de ses premiers vêtements. « Quand j’étais petite, la mode était mon langage. J’étais très timide, très réservée à l’époque. M’habiller, c’était ma façon de montrer qui j’étais sans devoir parler. Ma passion m’est venue de là. Et à 13 ans, j’ai dit à mes parents que je voulais aller étudier au London Fashion College. Pourtant, je ne savais pas coudre un vêtement, on n’apprend plus ça de nos jours. Mais j’avais beaucoup observé ma grand-mère coudre, et je réparais mes peluches… ».
Grandir durablement
Ses premières créations professionnelles, elle les fait sur-mesure, en recherche d’unicité. « Je voulais confectionner des pièces qu’on ne trouverait nulle part ailleurs ». Pas question donc pour elle de céder aux sirènes du prêt-à-porter. C’est plutôt la haute couture qui l’appelle. « Mais en faisant grandir ma propre société, et en la gardant durable. Mes tissus viennent d’Italie pour la soie par exemple, d’Angleterre pour le tweed ou encore de France pour la broderie et rien n’est externalisé, tout est fait ici dans l’atelier de Courtrai », précise-t-elle, son regard de créatrice tourné vers Yves Saint Laurent. « J’ai l’impression d’avoir des similitudes avec lui. Je remarque que les matières avec lesquelles je travaille sont celles qu’il utilisait, par exemple. »
Aujourd’hui, cependant, à côté des ses créations sur-mesure, Paulini – le nom de sa marque lui vient du surnom affectueux que lui donne son papa – dispose d’une collection de base. « Mais pas question pour nous de reproduire 50 fois la même robe. Parce que la Belgique est petite et personne ne veut arriver à une soirée et voir une autre personne porter la même tenue ». Quelque 60 robes luxueuses (chacune pouvant requérir entre deux jours et une semaine de confection) sont sorties de son atelier cette année. C’est cinq fois plus qu’à ses récents débuts. « J’aimerais n’être que dans mon atelier à confectionner mais quand on démarre, qu’on est petit, on doit tout faire : le marketing, les réseaux sociaux, participer à des événements… ». Parce qu’elle le sait : « faire des connexions dans ce milieu, c’est très important. Mais c’est très difficile aussi. Beaucoup de mes clientes s’habillent chez Dior, Chanel et chez Natan ». Le signe qu’un jour Pauline (Paulini) habillera à son tour la reine Mathilde ? « J’espère », sourit-elle. Cela arrivera peut-être avant qu’elle n’habille les hommes. « Ça, ça arrivera peut-être… Mais pas tout de suite. Parce que je crois que je comprends mieux les silhouettes féminines ».
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