À quoi ressemble le quotidien de Sophie Wilmes ?

Rencontre avec notre Vice Première Ministre pour parler de vélo, de bijoux anciens et de hachis Parmentier !

Par Ingrid Van Langhendonck. Photos Laetizia Bazzoni. |

C’est probablement le visage que l’on a le plus vu sur nos écrans de télévision en 2020. Sophie Wilmes, que l’on connaissait mal, nous est apparue comme une femme de tête, une workaholic et maman de quatre enfants…

Mais comment fait-elle pour combiner toutes ces casquettes ?

La ministre accepte de se prêter au jeu, et après avoir dû déplacer le rendez-vous plusieurs fois, elle nous reçoit dans son bureau de la rue des Petits Carmes à deux pas du Sablon, au 6e étage, où elle passe ses journées entourée de signataires, avec une vue splendide sur tout Bruxelles et la pointe de l’Hôtel de Ville. Un bureau que Sophie Wilmes, bien qu’elle ne soit ici que depuis trois mois, s’est approprié en y affichant un grand pêle-mêle couvert de photos de ses enfants, qu’elle nous demandera pourtant de ne pas photographier.

« C’est tout à fait moi pourtant, j’ai toujours travaillé entourée de mes petits, mais je les protège autant que je peux », explique-t-elle. Elle nous laisse cependant photographier les dessins, les bricolages et nous montre même, avec une pointe de fierté, la dernière réalisation de sa fille pour la fête des mères, qui trône juste à côté de son grand bureau en acajou…

Elle se montre détendue et souriante, seul l’attaché de presse surveille la montre : nous n’avons qu’une tranche horaire limitée dans l’une de ses journées marathon… Alors, quand nous lui expliquons que nous sommes là pour comprendre comment avec un tel niveau de responsabilités – et on aurait posé la même question à un homme ! - elle parvient encore à profiter de sa vie de famille nombreuse, elle commence par dire en riant qu’il ne lui reste du temps pour rien. 

 

Les vacances et les voyages sont-ils un moyen de vous ressourcer ? 

J’adore les voyages, mais comme tout le monde je n’ai plus voyagé depuis un an. Notre famille a une particularité : mon mari est australien. Tous les deux ans, nous  partons donc en Australie ; nous allons voir la famille, et on en profite toujours pour aménager une à deux semaines rien qu’entre nous, pour emmener les enfants visiter ce pays qui est si vaste. On part en trek, en sac à dos, on essaye d’être proches de la nature et, surtout, j’essaye de vraiment lâcher prise avec mon quotidien…

Même si j’avoue qu’avec un métier comme le mien, une déconnexion totale n’est jamais vraiment possible : je cherche toujours un peu de WiFi, car je ne peux pas me permettre d’être totalement injoignable plusieurs jours de suite. C’est comme ça, cela fait partie du job... 

Avec un papa australien, une maman belge, quelles langues parle-t-on chez vous ? 

On parle trois langues. Le français et l’anglais, naturellement, mais aussi le néerlandais car nous habitons Rhode-Saint-Genése : les enfants ont été scolarisés en Flandre et parlaient aussi en néerlandais à la maison. Cela donne un joyeux mélange de ces trois langues ; on saute de l’une à l’autre sans vraiment réfléchir, c’est devenu un réflexe, à tel point que je ne saurais plus vous dire dans quelle langue j’ai donné telle directive ou abordé tel sujet avec un de mes enfants (elle rit). Puis j’ai la conviction que le bilinguisme est un cadeau important que l’on peut faire à ses enfants de nos jours. 

Pas de voyages, pas de vacances, comment faites-vous pour déconnecter ? Avez-vous des routines, une technique de relaxation ? Faites-vous du Yoga ? 

(Elle éclate de rire)  Je ris, parce que j’avais un jour déclaré lors d’une interview que rien que l’idée de faire du yoga me rendait nerveuse. J’en ai vexé quelques-uns ce jour-là, mais je dois vous avouer que j’ai révisé ma position sur le sujet depuis. J’ai appris qu’il existe tellement de yogas différents, des plus contemplatifs aux plus acrobatiques, mais il y a aussi le faut qu’au fil du temps, je me surprends à cherche d’autres types d’apaisement et de déconnexion. Je dois admettre qu’une légère attirance se fait ressentir. Donc je ne fais pas de yoga, aujourd’hui, mais j’ai envie de vous dire : je n’en fais pas encore !

Je travaille tous les jours, et j’ai de longues journées donc chaque respiration est pour ma famille. Si d’aventure je peux libérer quelques heures pour moi, seule, alors je fais du vélo. J’adore le vélo, et j’ai la chance de vivre à deux pas de la forêt de Soignes, il y a tellement de possibilités de faire de belles et longues balades, en pleine nature, dans un cadre unique… Sinon, en journée, si j’en ressens le besoin et si j’en ai l’opportunité, je vais simplement marcher, pas longtemps, vingt minutes, et ça me fait du bien. 
 
Vous  dormez bien ? 

Vous mettez le doigt sur quelque chose d’important : cela dépend, mais quand je dors mal, je le prends comme un signe. Alors je veille à ne pas rester trop longtemps dans une période où je dors mal. J’écoute ce genre de signal et je fais en sorte que cela change: je mets en place ce qu’il faut ; je travaille sur ce qui doit être travaillé … 

Avez-vous vraiment le sentiment d’avoir trouvé le bon équilibre ? 

J’ai quand même été absente de longues semaines en octobre, (la ministre a été sévèrement touchée par la Covid, NDLR) je n’avais jamais été aussi longtemps absente du bureau, presque six semaines… Et très objectivement, je suis revenue un peu trop tôt. Mais je dois dire que le travail pour moi, c’est un moteur, j’ai dû faire la part des choses entre ce qui me porte dans la vie et préserver ce qui est important… Mon mari et mon médecin traitant ne seront peut-être pas d’accord avec ce que je vais vous dire (elle sourit), mais je souhaite équilibrer davantage. Je ne suis pas sûre d’y parvenir, mais le souhait est plus prégnant aujourd’hui.

Avec tout ce qui nous est arrivé, nous avons tous fait le point. Il est vrai que la maladie m’a imposé un temps d’arrêt et j’ai l’impression d’avoir compris que nous ne sommes pas des machines, que ce n’est pas simplement ‘on’ ou ‘off’ dans la vie, il y a des moments difficiles chez chacun d’entre nous, et le monde du travail a tendance à catégoriser les souffrances. C’est quelque chose qui doit évoluer. 

 

Que vous reste-t-il de votre vie de famille ? Quelles sont les choses que vous privilégiez avec si peu de temps disponible ?

Je cuisine avec mes enfants! Je ne suis pas une grande cuisinière, ce que j’aime surtout c’est le fait d’être en cuisine avec eux, c’est un moment de rencontre, ou l’on fait quelque chose ensemble mais c’est avant tout un échange, et j’ai une petite qui adore ça. Sinon, dans l’absolu, je n’ai pas de plaisir particulier à travailler seule en cuisine, sauf de les voir se régaler des plats ultrasimples que je fais facilement et qu’ils estiment que je fais bien : la bolognaise ou le hachis Parmentier ; des choses classiques, généreuses, vraiment basiques…  

Nous avons instauré une sorte de roulement en cuisine et le dimanche soir, c’est mon tour. Nous sommes six à la maison, il y a presque de quoi avoir chacun son jour, surtout que mes enfants sont hyper-autonomes et ils mettent la main à la pâte. Au niveau des menus, je pense pouvoir dire que l’on mange sainement à la maison… Enfin, je ne suis pas toujours là pour tout contrôler, mais on cuisine beaucoup de légumes, et on privilégie le frais. Après, n’allez pas croire que mes enfants n’aiment pas la pizza. (Rires)

Dans un milieu si masculin, diriez-vous qu’il faut s’habiller « comme un homme » pour trouver sa place ? Avez-vous dû faire des concessions sur ce point ? 

C’est intéressant comme question: il y a un phénomène que l’on peut observer, c’est que dans tous les milieux, il y a une espèce d’uniforme. Que ce soit dans celui de la pub, de la banque, les milieux artistiques… On trouvera toujours une sorte de convention d’habillement, des codes communs et les groupe ont tendance à créer du mimétisme entre eux… Dans le monde politique, je ne sens pas l’injonction de m’habiller  « comme un homme », mais au même titre que tous les ministres, je ne me vois pas arriver en tennis et en jean au bureau, alors que c’est ma tenue privilégiée du week-end ; cela ne se fait pas et c’est normal… Je suis évidemment attentive aux circonstances. J’ai porté serment dans une robe par exemple, une robe bleue que j’ai depuis des années et que j’adore !

Dans un moment aussi important, j’avais envie de porter un vêtement dans lequel je me sens bien, cela donne de l’assurance. Après, si je porte un pantalon, je n’estime pas que je m’habille comme un homme, au contraire… Ce serait un comble, les femmes ont bataillé pour porter des pantalons, donc j’estime qu’affirmer sa féminité ne passe pas par le fait de porter une jupe et je me sens parfaitement féminine en tailleur pantalon. Je ne m’interdis pas grand-chose : comme vous le voyez, j’ai un look assez classique, donc ce n’est pas un renoncement pour moi de ne pas venir travailler en minijupe !

J’aime beaucoup certaines marques belges, comme Essentiel, Rue Blanche, Âme ou Clio Goldbrenner, ou des marques parisiennes comme Ba&sh, qui ont toutes un côté classique, mais avec un twist moderne. Et puis il y a Diane Von Fürstenberg, chez qui j’aime tout, c’est une de mes marques préférées, j’aime ses imprimés, le côté années 70, l’élégance qu’elle dégage. 

Vous semblez entourée de photos, de souvenirs et d’objets… Quel rapport avez-vous aux objets ? 
J’ai un lien affectif à certains objets. C’est notamment le cas de ma bague de fiançailles : c’est un bijou ancien. Je suis fan d’Art déco et de bijoux anciens; j’ai directement eu un coup de cœur en découvrant ce bijou, mais c’est vrai que c’est inhabituel de choisir une bague qui a déjà vécu pour marquer le début d’une histoire…

Bizarrement, une partie de moi espérait tout de même en la choisissant qu’elle avait eu une belle histoire, car on vient y imprimer sa propre histoire, un peu de soi, et ce n’est pas écrit, je ne savais pas ce que ce bijou avait traversé avant d’arriver à mon doigt ... Aujourd’hui, je suis mariée depuis vingt ans et je me suis totalement approprié l’histoire de cette bague, aujourd’hui, son histoire, c’est nous ! Nous avons réécrit ou continué à écrire cette histoire et même si je ne sais pas d’où elle vient, ni à qui elle a appartenu, j’ai aujourd’hui au moins la certitude qu’elle ne porte pas malheur. (Rires)

Seriez-vous superstitieuse ?  Avez-vous des gris-gris ?

Je ne pense pas être franchement superstitieuse, mais je vais vous faire une confidence : j’essaye toujours d’avoir sur moi, que ce soit au poignet ou au cou, ou d’une quelconque manière, une ancre de bateau. C’est une sorte de talisman, en souvenir de mon papa, qui est parti trop tôt et qui a travaillé dans la marine, il était passionné par la mer et c’est ma manière de le garder près de moi...  

Vous aurait-il transmis une passion particulière pour la mer ou pour la navigation ?

J’adore la mer. Toutes les mers sont fascinantes à regarder, mais j’ai une relation toute particulière à la mer du Nord. Aller à la côte me fait un bien fou, quand j’arrive et que je me retrouve face à cette mer et à ces couleurs singulières, c’est chaque fois la même magie : dès que je la vois, je respire différemment. 

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