
Le monde du travail est en pleine ébullition post-Covid. Les aspirations ont évolué du côté de la Gen-Z, qui exige un rythme décalé, un management bienveillant et une réelle qualité de vie au bureau, tandis que les aînés la pointent du doigt pour son implication moins grande au bureau. Il y a le télétravail aussi, sur lequel s’égratignent employés soucieux de conserver leur flexibilité acquise pendant la pandémie et employeurs qui voient dans le présentéisme un gage de productivité.
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Le slashing, c’est quoi ?
Dans cet univers en pleine mutation vient s’insérer discrètement le slashing. Le terme vient en réalité du signe « slash » (/) utilisé pour séparer ses diverses occupations sur un CV, comme « graphiste / photographe / consultant ».. Ce phénomène qui se développe depuis le confinement désigne l’attrait pour de plus en plus de travailleurs et travailleuses d’occuper plusieurs activités professionnelles ou rôles en même temps, si possible dans des domaines complètement différents.
S’il se présente désormais sous un pseudonyme tendance, le phénomène demeure vieux comme le monde. Dès la Renaissance, on prônait déjà la figure du « polymathe », soit une personne érudite dans de nombreux domaines. Parmi les slasheurs célèbres du 15e et 16e siècle, on citera par exemple Léonard de Vinci, qui jonglait entre peinture, architecture, musique, astronomie, mathématiques, anatomie…
C’est la révolution industrielle qui a érigé la spécialisation et l’expertise comme nouvelles valeurs phares. Les ouvriers se spécialisent dans un domaine et n’en sortent plus. Aujourd’hui, place au slashing. Exit le CDI à temps plein et place à la multiactivité, que ce soit au sein d’une ou de plusieurs entreprises.
Déborah De Visscher, slasheuse par nature
« J’ai quasiment toujours eu plusieurs métiers à la fois, mais je ne connaissais pas ce terme », explique Déborah De Visscher, fondatrice de The Slash. Son parcours en est la parfaite illustration : après une carrière dans l’événementiel et le marketing, elle a toujours gardé une activité parallèle, comme l’enseignement ou la gestion d’une école de devoirs. « Je ne pourrais pas être prof à temps plein, j’ai besoin d’apprendre différentes choses », confie-t-elle.
Au fil des années, Déborah a accumulé diverses expériences : plans de rénovation pour des maisons, vente de mobilier de seconde main, expositions de ses dessins et peintures… « Je n’ai jamais peur de quitter un job pour apprendre de nouvelles choses. Quand j’ai découvert le terme slasheur grâce à une coach professionnelle, ça a été un soulagement de me rendre compte que je n’étais pas anormale. »
Mais être slasheur n’est pas toujours simple. « On souffre souvent du syndrome de l’imposteur. Quand on dit qu’on est dans l’enseignement, mais aussi dans l’événementiel et dans le design d’intérieur, on nous demande toujours : « Mais tu es spécialisée dans quoi ?’ Comme si on ne pouvait pas être compétent dans plusieurs domaines », raconte-t-elle.
Une vie pro sur-mesure
Tandis que certains sont contraints de se tourner vers le slashing faute de décrocher un CDI à temps plein, d’autres l’adoptent volontairement pour apporter un peu de dynamisme à leur carrière. Professeur de français le lundi, journaliste le mardi et mercredi et coach sportif le reste de la semaine, voilà à quoi ressemble le quotidien d’un slasheur. Une réalité qui concerne tout de même près de 2,1 millions de personnes en France.
Le phénomène s’est développé en même temps que le « boulot contrainte » est passé au « boulot plaisir ». Parallèlement, l’essoufflement des avantages offerts par le salariat (couverture santé, sécurité de l’emploi, accès à un logement grâce à une rémunération fixe) a changé la donne. « Quitte à ne plus avoir les contreparties de nos parents, autant profiter de la vie », résume Déborah. Pour combler leurs exigences grandissantes, les travailleurs multiplient des emplois très différents pour remplir certains critères manquants, arrondir leurs fins de mois, se faire plaisir ou tout simplement trouver du sens.
Quels avantages ?
En premier lieu, une plus grande flexibilité. Le slashing permet de s’affranchir des contraintes horaires traditionnelles. En jonglant entre plusieurs métiers ou activités, on peut organiser un emploi du temps adapté à ses besoins et envies. Une souplesse qui permet de mieux concilier vie professionnelle et personnelle.
Il y a ensuite la diversité des expériences et des compétences. Travailler sur plusieurs fronts permet d’apprendre constamment, de sortir de sa zone de confort et de diversifier ses compétences. On stimule son esprit en luttant contre la routine et en boostant sa créativité, tout en renforçant son profil professionnel en accumulant les savoir-faire complémentaires.
Pour certains, c’est aussi un moyen de multiplier les sources de revenus et de se créer une stabilité financière plus importante que celle offerte par un seul emploi à temps plein.
Vers une transformation du monde du travail ?
Déborah en est convaincue : « La vie est trop courte pour n’avoir qu’un seul métier ». Elle observe chez les jeunes générations un rejet du modèle professionnel traditionnel : « Grimper les échelons dans la même boîte, c’est terminé. Les jeunes ne veulent plus faire le même métier pendant 30 ans, et c’est la société qui va devoir s’adapter à eux, pas l’inverse. »
Elle souligne également l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi. « Si on est spécialisé dans un seul domaine, il va falloir se diversifier. Les jeunes ont une soif d’apprentissage, ils veulent être dans l’action plutôt que sur les bancs de l’école ». Si certains métiers restent peu compatibles avec le slashing – comme la médecine ou le droit par exemple –, d’autres, comme l’enseignement, offrent de nombreuses opportunités de cumuler plusieurs activités. « J’ai des collègues profs qui sont aussi fleuristes, psychologues ou encore administrateurs d’ASBL », raconte Déborah.
Sa plateforme The Slash accompagne justement les travailleurs souhaitant combiner plusieurs carrières en freelance. « Beaucoup rêvent d’un autre métier sans forcément pouvoir y arriver. Mais en développant leurs compétences et en les mettant au service de clients, ils peuvent atteindre un équilibre entre stabilité financière et passion », conclut-elle. Alors, effet de mode ou nouvelle manière de concevoir le travail. Une chose est sûre, les évolutions récentes sont en train de redéfinir nos carrières.
Intéressés ? Une conférence sur le slashing comme coming-out professionnel aura justement lieu le 3 avril prochain à Bruxelles. Rendez-vous sur billetweb.fr.
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