Des bijoux à base de déchets plastiques, le défi créatif d’Isabelle Azaïs - Collier issu de la collection « Corail Mutant » - Agnès Zamboni

Des bijoux à base de déchets plastiques, le défi créatif d’Isabelle Azaïs

« Ennoblisseuse de déchets plastiques » : c’est ainsi qu’Isabelle Azaïs, créatrice de bijoux, se définit, avec une petite note d’humour, consciente de ne pas rentrer dans une case. Une distinction d’autant plus forte qu’il n’existe pas encore de section plastique ni d’apprentissage spécifique pour travailler ce type de matériaux.
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D.r

À la base des Coraux Mutants d’Isabelle Azaïs, on trouve des enveloppes métallisées colorées et iridescentes des ballons gonflés à l’hélium, les emballages des paquets de chips, des plastiques et papiers plastifiés du quotidien, le tout-venant… Ses bijoux n’en nécessitent que de petites quantités. On ne reconnaît pas les matières d’origine. Les boîtes en carton de grandes marques, souvent récupérées sur le trottoir, servent aussi d’écrins à ses créations. On ne devine rien de leur seconde vie. Elle se révèle seulement lorsqu’on découvre l’atelier d’Isabelle.

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Un parcours technique et artistique

C’est en 2000 qu’Isabelle Azaïs débarque à Bruxelles, prête à conquérir la Belgique avec ses toiles floutées et ponctuées d’éclaboussures, dénonçant le pouvoir de l’apparence. Elle n’a pas trouvé son public, à Toulouse, où elle a aussi étudié aux Beaux-Arts, pratiqué la sculpture, la peinture et évolué dans le milieu de l’évènementiel. « J’avais 35 ans et aucun contact. Dans l’atelier bruxellois où je travaillais, j’ai déniché un stock de morceaux de cuir. Après une décennie consacrée à la peinture, je me suis mise à fabriquer des bijoux en peau. J’ai ouvert un atelier boutique rue du Marché au charbon. »

Formée également aux métiers du bâtiment, Isabelle est dotée de connaissances dans les matériaux et leur résistance. Elle développe ainsi ses propres solutions techniques. Autodidacte dans le domaine des arts appliqués, sa double formation lui donne la force de se lancer en tant que créatrice indépendante. Et c’est durant la pandémie qu’elle commence à expérimenter les plastiques à usage éphémère. En 2024, ses créations ont déjà été exposées à New York, au Portugal, en Italie, en Suisse, en Allemagne et, bien sûr, à Gand et à Bruxelles, pendant la Brussels Jewellery Week.

Une approche empirique

Légers comme des plumes, composés à partir de plastiques souples et rigides lamifiés en multicouches pour leur conférer une certaine rigidité, les Coraux Mutants profitent des couleurs originales de leurs matériaux de base. « La superposition de plastiques translucides sur du noir compose une couleur argentée. Le rose fuchsia est obtenu à partir d’un fragment de plastique blanc opaque et d’un autre morceau rouge, recouverts d’un troisième élément translucide. » Les différentes couches sont thermosoudées à l’aide d’un fer. La difficulté principale provient de la maîtrise de la chaleur. Par certains aspects, la technique d’Isabelle emprunte à la marqueterie. Les outils utilisés sont semblables à ceux du cuir.

Derrière les petites perforations ou rayures décoratives, se cache une méthode pour assembler les couches de plastique en les superposant. La collection Coraux Mutants est née de l’expérimentation. Je ne dessine aucun modèle. Je teste et si le résultat me convient, je l’utilise pour créer des pièces qui sont ensuite assemblées selon une composition libre. Je fabrique moi-même les fermoirs des broches, l’attache des colliers. L’envers d’un bijou est aussi important que l’endroit.

Son style se dessine à travers les découpes, les harmonies de couleurs, l’inspiration de la flore marine, des minéraux comme la pierre volcanique, la nature du jardin japonais. « Et ce sont justement les plastiques polluant les mers et océans qui sont utilisés dans la fabrication de ses bijoux. À la fin d’un marathon de Bruxelles, j’ai récupéré des couvertures de survie, couleur or et argent, remplissant les poubelles. » Laminée avec une feuille d’acétate entre les deux épaisseurs, une nouvelle matière, dorée, réversible, est née.

À côté de cette collection, Isabelle a mis au point une technique de vannerie aléatoire à partir des sangles, plus ou moins rigides, renforçant les cartons d’emballage. « Dans ce matériau, la couleur jaune est rare, le noir est très commun, tandis que le vert est la marque des matériaux de construction », précise encore Isabelle qui décèle rapidement la valeur esthétique d’un élément pour le détourner de son usage courant. D’autres interventions artistiques ponctuelles lui ont permis de sensibiliser le public à la pollution de l’eau. « Pour une expo au musée des égouts de Bruxelles, j’ai réalisé des bâches décoratives. Nous avalons, chaque semaine, l’équivalent d’une carte de crédit, en particules de microplastique ». Et alors que les bijoux d’Isabelle connaissent un franc succès, l’envie de peindre renaît. « C’est une alternance qui me convient, je passe du lourd au léger et inversement ».

Les bijoux d’Isabelle Azaïs sont actuellement présentés chez Hectare Galerie (hectare-galerie.be), à Bruxelles et, à l’occasion des fêtes de Noël, à la galerie Be Craft (becraft.org) des Abattoirs de Mons. Les peintures sont à retrouver, en janvier, à la galerie Mathilde Hatzenberger.

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