
Ex-styliste de mode, Joan Bedronne a fait ses études à La Cambre, aux côtés de Toni Delcampe, aujourd’hui professeur dans cette même école. Jeune diplômée, elle entre dans la maison Liebaert, une entreprise de textiles élastiques, adaptés à la lingerie. Devenue directrice artistique de la firme flamande, elle travaille avec les plus grandes marques : Chantal Thomass, La Perla, Chantelle, Simone Pérèle, Princesse Tam-Tam, Walcoal… « Dans les années 1990 et 2000, j’ai participé au renouveau de la lingerie, qui sortait des teintes classiques, noir et blanc, avec l’émergence des dentelles stretch, des découpes fantaisie et d’un déferlement de couleurs ».
Encore plus de contenu «maison» avec en vidéo notre visite de l’atelier de la table étoilée de Thomas Troupin, à la tête du resto Toma ! à Liège :
La société Libeart a notamment mis au point le « Spacer » un tissu tridimensionnel, sorte de tricotage circulaire, intégrant un fil transparent de nylon, que l’on peut mouler pour fabriquer des coques de soutien-gorge. Après 25 ans dans cette société qui employait, à l’époque, plus de 300 personnes, elle pense avoir fait le tour de la question. « Le soutien-gorge est une pièce très complexe à fabriquer, tel un puzzle de 50 morceaux de tissu, avec trois ou quatre tissus différents, ce qui explique son prix élevé. Dans sa conception, il se rapproche de la chaussure ».
La naissance d’une signature
Intégrée à l’équipe de l’artiste Isabelle de Borchgrave, elle participe notamment à la réalisation des costumes de l’exposition sur Frida Kahlo. Après un an et demi passé aux côtés de cette créatrice, elle décide de lancer sa propre marque de design. « J’avais commencé à travailler sur mon projet personnel, en parallèle avec mon travail de peinture sur papier, au sein de l’atelier d’Isabelle de Borchgrave. J’avais envie de créer des objets poétiques et utiles mettant en valeur le travail de la matière, avec de belles finitions, mais aussi valoriser les artisans belges et leur savoir-faire. Aujourd’hui 80 % de la production est réalisée en Belgique. Le travail de la pierre, du métal et du bois est assuré par des ateliers locaux. Seules les pièces en noyer sont fabriquées en Slovénie. Pour le verre, je collabore avec des artisans de Trévise et de Murano ».
Démarrée avant le covid, la marque Mademoiselle Jo a participé au salon Maison & Objet de septembre 2020, où elle a reçu un excellent accueil. Son vide-poche suspendu Toupy et sa table d’appoint Youmy interpellent les visiteurs à la recherche de petits meubles de complément, aux proportions bien pensées, faciles à intégrer, dans toutes les pièces de l’intérieur, notamment dans les espaces urbains où souvent l’espace manque. Car les créations de Joan Bedronne développent un esprit pratique pour favoriser le gain de place.
L’art de se démarquer en douceur
Par certains aspects, le travail de Joan s’apparente à la joaillerie et l’orfèvrerie. Ses créations se distinguent par leurs détails, témoignant d’une recherche de la perfection : un cordon de cuir, emprunté à l’univers de la mode, à la façon d’un passepoil, venant souligner les lignes courbes des étagères Waly ou du banc Opy ; un décor en marqueterie de laiton sur l’assise du tabouret Assy. « Nous déclinons plusieurs finitions pour les tables Youmy, en métal plié, dans le but de réchauffer cette matière réputée froide. On se démarque des coloris standards. La teinte bronze offre des nuances, façon canon de fusil. Le ton noir présente des reflets bleutés. La patine foggy est appliquée à la main en quatre couches vieillies, pour offrir un résultat chaleureux. Les couleurs dégradées sont issues des techniques de la carrosserie ».
À la recherche de profondeur et de densité dans les couleurs, c’est en superposant plusieurs couches de verre de teintes différentes que le ton sophistiqué, des patères Glowy et de la coupe Loupy, a été obtenu. Parmi les dernières créations de Mademoiselle Jo, la lampe de table Saily, composée de plaques de laiton recouvertes d’une feuille de pierre texturée, sublimée par l’éclairage artificiel. « Je souhaite aussi développer des lasures sur le bois de frêne et de nouveaux coloris dégradés sur les tables Youmy ».
Alors que Joane s’occupe pleinement de la création et la production, il y a un an et demi, Lauranne Goval l’a rejointe pour assurer les activités commerciales et administratives. En parallèle de la collection, où les modèles Toupy et Youmy sont devenus best-sellers, Mademoiselle Jo développe des projets particuliers et sur mesure. C’est ainsi que la table de salon Opy, en frêne clair, serti de cuir, est déclinée en banc, ou que la console Misty en métal, est réchauffée par la patine foggy.
En vente sur son webshop, les créations de Mademoiselle Jo sont aussi distribuées dans dix boutiques en Belgique, à Bruxelles, Namur, Liège, Arlon, Nieuport… où l’on peut observer le soin minutieux réservé à la fabrication, la sensualité des matières sublimées et peaufinées, pour leur offrir une qualité plus tactile. Alors que le choix récent du travertin rouge, teinté de rose, pour habiller le vide-poche suspendu Youmy, procure une dimension encore plus féminine à cet objet.
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