
KRJST : cinq lettres pour redéfinir l’alphabet de la tapisserie, donner une nouvelle impulsion au tissage jacquard, à la broderie… Erika Schillebeeckx et Justine de Moriamé, diplômées d’un master en design de mode et accessoires à l’E.N.S.A.V La Cambre, se sont rencontrées en 2011, pendant leur dernière année d’études. « Je voulais créer une collection de vêtements, un ami nous a prêté sa cave. On s’est lancé avec Justine… Nous avons créé cinq collections présentées à Paris. Mais le rythme trop rapide de la mode ne nous convenait pas », précise Erika Schillebeeckx.
Découvrez en vidéo pourquoi cette pièce de la maison est en train de disparaître en Belgique :
En feuilletant leurs premiers look books, on constate que l’ADN de KRJST était déjà bien présent, avec des motifs conçus, dessinés, imprimés et tissés à partir des différentes pièces de vêtements de la ligne mixte. Et c’est dans l’atelier néerlandais, qui fabriquait leurs tissus exclusifs, qu’elles expérimentent leurs premières tapisseries. « Nous n’avons pas appris les techniques traditionnelles. Nous avons exploré, sans règles et en toute liberté, la complexité du tissage jacquard, amplifiée avec la technologie numérique ».
Dans leur première exposition, organisée à la galerie Atelier Relief de Bruxelles, elles présentent leurs travaux de recherche (dessins, photos, tissages). C’est à cette occasion qu’elles exposent aussi leur premier tissage mural sculptural Recollection. Elles sont ensuite choisies pour réaliser le commissariat et la scénographie de l’exposition Recollection à la Belfius Art Gallery. Elles exécutent alors leur première série de tissages comprenant deux pièces monumentales.
Une technique empirique
Pour fabriquer le carton de base, représentant la composition finale à tisser, Erika et Justine croisent les outils, font dialoguer les techniques, avec des fragments de dessins, réalisés à la peinture acrylique, au pastel, intégrant des parties de motifs 3D, réalisés sur ordinateur. Le motif final, composé d’un foisonnement de dessins juxtaposés et confondus, est imprimé sur un tissu. Il est ensuite réalisé en tissage jacquard par une entreprise gantoise. « Chaque couleur doit être traduite par le croisement des fils, on réalise des tests jusqu’à satisfaction complète du résultat, avant de mettre la pièce en machine ». Mais cette trame mécanique n’est qu’un canevas, le début de l’œuvre en genèse, ensuite travaillée à quatre mains par Erika et Justine. « On détisse certaines parties, on travaille sur l’opacité et la transparence, on joue avec les armures et les fils, leur mise en tension. Les broderies en relief sont réalisées avec des mélanges de fils mats et brillants, des applications de cordons et tresses, des intégrations de fils de papier ».
Côté matières, Erika et Justine ne s’interdisent rien : raphia, caoutchouc, papier de récupération, fils de tous bords et fabrication maison de fils en torsadant différentes fibres. « Certains fils proviennent Belgique, certaines qualités recyclées d’Allemagne et les éléments en papier du Japon ».
Un univers onirique
Les motifs organiques s’inspirent de la nature, de la minéralité, empruntant aux contes, légendes et à la mythologie, leurs personnages imaginaires. Des monstres, des silhouettes inspirées par un bestiaire enchanté, apparaissent et disparaissent comme dans un processus de métamorphose. Les éléments figuratifs se mêlent à des traits plus flous et abstraits. « On se plonge dans la matière, en faisant travailler notre inconscient. La composition reste ouverte, telle une narration offerte au spectateur pour résonner en lui ».
Depuis 2015, KRJST a noué des partenariats solides avec plusieurs galeries et institutions nationales et internationales comme Silversquare ou la Fondation Boghossian… Le studio a aussi rejoint, en 2019, Zaventem Ateliers, un espace d’ateliers d’artistes, créé par le designer Lionel Jadot, lieu de rencontres transdisciplinaires, à l’image de la philosophie du studio qui s’interroge sur l’art, sa fonction, ses processus créatifs…
Récemment, KRJST a collaboré avec la maison édition 1.6.9 pour imaginer le triptyque Sea Spirit, transformant le sol en un univers peuplé de créatures marines et terrestres. Les trois tapis tuftés main, Kraken, Skrimsli et Umibozu, tracent des espaces intimes et zones de confort, tout en explorant une variété de reliefs faits de couleurs, matières et tissages. Le travail s’inscrit dans une démarche écoresponsable avec le choix d’une fibre nylon ECONYL, 100 % recyclée et recyclable, fabriquée à partir de filets de pêche et de déchets plastique. La pratique de KRSJT se déploie aujourd’hui en œuvres spontanées et commandes, sur mesure.
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