
Le quiet luxury est en train de perdre du terrain. La preuve, avec ce lapin mutant au sourire carnassier qui est venu semer un joyeux désordre dans les dressings les plus calibrés. Son nom ? Labubu. Kawaii et monstrueux en même temps, ce doudou aux dents pointues et à la fourrure colorée s’accroche partout – à des sacs Prada comme à des gilets Uniqlo – et déclenche des émeutes à l’entrée des magasins. Une simple peluche ? C’est plus. Labubu s’impose comme un phénomène socioculturel, un objet de convoitise, quasiment un totem générationnel. Et, à bien y regarder… un miroir de nos dérives consuméristes.
Découvrez en vidéo pourquoi les puzzles et coloriages continuent de séduire les adultes :
Labubu, le monstre « mignon » qui affole TikTok
Il faut remonter à 2015 pour retrouver les premiers croquis du Labubu, imaginé par l’illustrateur hongkongais Kasing Lung. Le personnage est d’abord un petit freak attachant aux allures de lapin Gremlin. C’est la marque chinoise Pop Mart, géant du jouet en édition limitée (hello Sonny Angel !), qui le transforme en success-story mondiale. Après avoir conquis l’Asie, le Labubu débarque en Europe dans sa version porte-clés en 2023. Et explose tout sur son passage.
Sur TikTok, le hashtag #Labubu dépasse les 1,4 million de vidéos. On y voit des ados, des trentenaires ou des influenceuses ultra-lookées ouvrir frénétiquement des « blind boxes » comme s’ils jouaient leur vie. Car oui, les Labubu s’achètent à l’aveugle. Impossible de choisir son modèle. On achète, on déballe, on espère. Et si l’on tombe sur une édition rare, on la revend à prix d’or. Certaines montent à plus de 500 € sur les sites de revente. Prix d’origine ? Environ 30 €.
Qui se cache derrière la peluche ?
Pop Mart n’a rien laissé au hasard. Comme Supreme ou les Yeezy en leur temps, la marque mise sur la rareté, le mystère, la frustration. Pas de réassort massif, pas de précommande, pas de transparence. Juste un joyeux chaos alimenté par des collabs bien senties avec des stars qui font office d’ambassadeurs officieux. Parmi eux, Rihanna aperçue avec un Labubu rose pendu à son Vuitton, Dua Lipa et ses posts Instagram ou encore Lisa de Blackpink se filmant en plein « unboxing ». Résultat : des files d’attente monstres à Paris, Londres ou Bangkok, et des scènes d’hystérie collective dignes d’un concert de Taylor Swift.
Une obsession qui en dit long
Mais que dit cette peluche de nous, exactement ? Pourquoi tant d’agitation pour un jouet ? Il y a, bien sûr, l’effet générationnel. Labubu coche toutes les cases de la Gen Z : nostalgie de l’enfance, esthétique « moche mais mignon », fétichisme des objets-cultes, et surtout… storytelling ultra-efficace. Dans une époque où l’émotion prime sur l’utile, où l’on ne veut plus posséder des objets mais des expériences, Labubu offre le frisson et la dopamine de la chasse.
Mais l’euphorie pose question. À Londres, les incidents se sont multipliés : bagarres, insultes, menaces. À tel point que Pop Mart a été contraint de retirer temporairement les Labubu de ses boutiques britanniques. En Chine, l’État est même intervenu, interdisant la vente aux moins de 8 ans et imposant l’accord parental jusqu’à 16. En ligne, des fans réclament des tirages au sort, des files d’attente numériques, des quotas équitables. On frôle le burn-out collectif pour… une peluche.
Une hype déjà datée ?
Là où le quiet luxury promettait un retour à l’élégance discrète, Labubu incarne tout l’opposé : le retour du bizarre assumé, du clinquant, du fake revendiqué. Comme un pied de nez aux diktats de la sobriété façon revanche par l’exubérance. Mais à force de marketing agressif et de ruptures de stock organisées, le phénomène commence à sentir le réchauffé. Certains dénoncent une hype artificielle, une addiction savamment orchestrée, une infantilisation galopante. Pendant que d’autres s’en amusent, n’y voyant pas le mal.
Dans une ère où l’on accroche des peluches à des sacs à 3 000 €, où l’on vend de la rareté plus que des objets, Labubu cristallise une époque consumériste un peu grotesque. Comme ces lapins fluo aux grandes dents finalement. Oui, il semble que Labubu ne soit pas là pour faire l’unanimité, mais pour faire parler, grincer, vibrer. Comme tous les objets cultes, il divise. Et c’est précisément ce qui fait sa force.
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