
Il y a des adresses qu’on croit inamovibles. Le Samouraï en faisait partie. Ouvert en 1975 par le duo de fondateurs Teruo Sasaoka et Saito Harumi, ce restaurant japonais a longtemps trôné rue Fossé aux Loups, à côté du Théâtre de la Monnaie. L’endroit avait déjà esquissé un mini-déménagement il y a six ans – littéralement en face – avant de faire ses valises pour de bon. Aujourd’hui, c’est à l’ombre des vitrines chics de l’avenue Louise, au numéro 104, que l’adresse rouvre ses portes dans un tout nouvel écrin baigné de lumière et de bois clair.
Encore plus de contenu « à table » avec en vidéo la recette du chef Maxime Colin composée de pastèque et gambas grillées :
Un Japon tout en retenue
Dès le seuil, l’atmosphère vous cueille. Rien de folklorique ici, aucune armure de samouraï ni lanterne en papier : juste l’essence du Japon, distillée avec parcimonie. Murs en terre cuite, chaises rose poudré, rideaux noren en coton flottant nonchalamment, estampes jaunes passées… Un immense bonzaï trône au milieu de la pièce comme une sculpture silencieuse, tandis que les signatures de clients célèbres – dont un « Good Food ! » enthousiaste griffonné par les Scorpions – viennent discrètement rappeler la longue histoire du lieu.
C’est que l’âme du Samouraï n’a pas disparu avec son changement de quartier. L’équipe, restée la même, continue de perpétuer l’exigence quasi ascétique qui a fait sa réputation. En salle, Taketo Saito – fils du fondateur – accueille avec élégance une clientèle fidèle, tandis qu’en cuisine, Mitsuhiro Imura – formé à l’école hôtelière au Japon et passé par de grandes tables comme chez Claude Dupont** – orchestre la brigade avec la précision d’un métronome. À leurs côtés, Hugues Polart, autodidacte amoureux du Japon et figure discrète du lieu, veille à la cohérence du projet.
Une cuisine millimétrée
On s’y rend un samedi soir. La salle est pleine. Il est presque minuit et les convives prolongent la soirée sans se presser. C’est ça, Samouraï : un lieu où l’on se sent bien, tout simplement. Le service glisse, l’ambiance est calme, le temps ralentit.
Côté carte, les classiques de la maison sont au rendez-vous : le cabillaud noir caramélisé (Gindara Saikôyaki), le foie gras poêlé à la mirabelle japonaise, ou encore le filet d’Angus façon Wafû Steak pour les amateurs de viande. Tout est préparé à la minute. Les sushis sont roulés à la commande, le poisson est d’une fraîcheur désarmante. On peut commander à la carte ou opter pour le menu du chef (entre 89 et 105€), qui propose une série de petites assiettes d’inspiration kaiseki : dégustation de tapas japonaises (maki saumon-concombre, mousse de patate douce au bouillon de légumes, gelée de vinaigre de riz…), aubergine caramélisée au miso, sushi accompagné d’une soupe miso aux algues, sans oublier la glace vanille à la sauce marron flambée au cognac. Une composition équilibrée, entre technicité et générosité, dans un enchaînement de textures et de températures qui surprend et rassure à la fois.
Un lieu qui ne se fige jamais
Un peu moins de mémoire dans les murs donc, mais un Samouraï nouvelle génération qui gagne en confort et en lumière. Le pari est réussi : en s’installant sur l’avenue Louise, le plus ancien restaurant japonais de Bruxelles s’offre un rajeunissement sans trahir son ADN. On y vient pour un dîner à deux, une célébration en petit comité (la salle accueille jusqu’à 70 couverts) ou simplement pour s’offrir un Japon hors du Japon, où chaque détail est pensé, sans effet superflu.
Ceux qui connaissent la maison retrouveront leur madeleine. Les autres découvriront un lieu suspendu, rare et précieux, à la croisée entre tradition et modernité. Bref, un classique qui ne vieillit pas. Bonne nouvelle, leur terrasse arrive !
Infos :
- Où ? Avenue Louise 104, 1050 Ixelles
- Quand ? Du mardi au samedi de midi à 14h et de 19h à 21h30. Fermé le dimanche et lundi.
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