Un collier peut-il vraiment devenir votre nouveau meilleur ami ? - Un collier blanc, un micro intégré, des textos censés vous consoler : bienvenue dans l’ère du « meilleur ami » autour du cou. - Camille Vernin

Un collier peut-il vraiment devenir votre nouveau meilleur ami ?

Mi-gadget, mi-dystopie, le bijou connecté Friend fait déjà grincer des dents jusque dans le métro new-yorkais. Reste à savoir si l’on tient là un futur compagnon ou juste un Tamagotchi de poche.
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Friend

Imaginez, vous êtes new-yorkais, vous descendez dans le métro les yeux encore collés, le mug de café chaud dans la main, et là, entre deux affiches de comédies musicales, vous tombez sur cette promesse : « Un ami, c’est quelqu’un qui écoute, répond et vous soutient ». En dessous, un site : friend.com. À côté, une main rageuse a inscrit au marqueur : « AI wouldn’t care if you lived or died » (« L’IA se moquerait bien que vous viviez ou mouriez »). Bienvenue dans l’ère du collier-confident. Ou plutôt : bienvenue dans un épisode live de Black Mirror.

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Un collier qui vous « écoute »

Le gadget s’appelle Friend. Pour 129 dollars, vous repartez avec une sorte de bouton blanc suspendu à un cordon fin, sorte de croisement entre un pendentif Muji et un bip d’alerte pour personnes âgées. Sauf que celui-ci ne prévient pas les secours, mais se transforme en pote numérique censé capter votre quotidien via micro intégré et vous envoyer des textos sur mesure.


En théorie, c’est un peu comme si un ami imaginaire connecté vous suivait partout, prêt à hocher la tête en disant « Oh, vraiment ? Dis-m’en plus ». En pratique, selon celles et ceux qui ont pu le tester, ce serait plutôt comme vivre avec une vieille tante anxieuse et dure de la feuille. Le collier capte des bribes, se trompe d’intonation, oublie votre prénom, et demande en boucle si tout va bien. Malaise.

Le cerveau derrière l’objet

Derrière Friend se cache Avi Schiffmann, un petit génie d’à peine 22 ans qui avait déjà créé un site de suivi du Covid visité par des millions de personnes. Harvard dropout, Webby Award remis par Fauci, levée de fonds de 7 millions de dollars. Bref, le CV qui ferait pâlir n’importe quelle start-up nation.

Sauf que cette fois, son invention fascine autant qu’elle irrite. Oui, les pubs new-yorkaises (11 000 posters, excusez du peu) ont été la plus grande campagne du métro cette année. Mais elles sont vite devenues le support d’un graffiti contestataire géant : « Get real friends », « Surveillance capitalism », « Be a luddite »… Schiffmann, loin de s’en offusquer, jubile même. Selon lui, le fait même que les gens taguent les affiches est la preuve de son « œuvre artistique ».

Entre anticipation et dystopie

Difficile de ne pas penser à ce collier quantique dans Black Mirror (« Bête Noire ») qui permet à son porteur de remodeler la réalité à la carte. Ou au médaillon-horcruxe d’Harry Potter, porteur de malveillance rampante, collé au cou comme un poids invisible. Sauf qu’ici, la dystopie est plus molle et plus maladroite. Friend n’est pas un objet démoniaque qui vous corrompt insidieusement, mais plutôt un jouet anxieux qui vous demande « T’es sûr d’aller bien ? Tu sembles silencieux… » lorsque vous essayez juste de respirer entre deux réunions.

Quant aux premières reviews, elles oscillent entre comédie et inquiétude. Parmi les scènes les plus drôles relatées par celles et ceux qui ont déjà pu faire joujou avec le nouveau pendentif, on citera :

  • Le collier qui se fait remarquer en public : « Ah, c’est ce truc bizarre que je vois partout ! »
  • Il bugge régulièrement : déconnexion, réponses à retardement (7 à 10 secondes, soit une éternité à l’ère TikTok)
  • Il pose des questions intrusives ou absurdes, du style : « Ton manager m’approuve ? Quelle approbation ! » en pleine réunion (sinon ce n’est pas drôle).
  • Et puis il y a l’énorme disclaimer juridique : pour l’allumer, il faut signer un pavé qui ressemble plus à un contrat de surveillance qu’à un pacte d’amitié.

L’éternelle quête de l’ami artificiel

Rien de neuf sous le soleil : Google Glass s’est pris un mur en 2013, Meta tente les lunettes AI façon Ray-Ban dystopiques, et OpenAI prépare son propre gadget. Mais l’époque a changé. On sort de quinze ans de surconsommation digitale, de scroll compulsif et de Zooms épuisants. Les ados eux-mêmes commencent à rêver d’écoles sans téléphone.


Alors est-ce que Friend marque la ligne rouge ? Est-ce qu’on vient d’atteindre le moment où l’humain dit « stop » à la machine ? Peut-être. Ou peut-être que, dans dix ans, tout le monde se baladera avec son collier confident. Quoi qu’il en soit, à la question : est-ce qu’un collier peut devenir votre nouveau meilleur ami ? Franchement, si votre définition d’un ami, c’est un micro qui radote et des textos aussi rassurants qu’une peluche à piles, alors oui, bingo. Sinon, autant faire ce que conseillait le graffiti du métro new-yorkais : allez boire un verre avec vos vrais amis. Ils ne seront pas toujours d’accord avec vous, mais au moins, ils ne vous feront pas signer une clause sur la cession de vos données avant de trinquer.

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