Tesla, de la révolution à la chute

Tesla, de la révolution à la chute - Stéphane Lémeret

Selon les chiffres du premier semestre 2025, près d’un tiers des nouvelles immatriculations enregistrées chez nous sont des voitures électriques. Dont des Tesla… Un sujet brûlant dans le microcosme automobile.

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D.R

La voiture électrique a la cote en Belgique et ce n’est pas un hasard. Le gouvernement a très tôt pris des mesures en faveur de l’électrique. Dès 2007 les entreprises et les indépendants pouvaient déduire l’achat d’un VE à hauteur de… 120 % de sa valeur ! Les modèles ne se bousculaient pourtant guère à l’époque. La Renault Zoé n’est par exemple arrivée qu’en 2012, et la Tesla Model S un an plus tard. Mais la mesure a été maintenue jusqu’en 2019, année où la déductibilité a été ramenée à 100 %, ce qui reste très attractif. Voilà pourquoi notre petit pays est une locomotive européenne en la matière, avec 32,8 % de VE parmi les voitures neuves, contre 25 % au premier semestre 2024.

Soulignons aussi que parmi ces 32,8 %, 12,3 % sont à mettre au crédit d’acheteurs particuliers. Ça fait donc plus de 9.300 personnes en 6 mois qui ont choisi délibérément une électrique. Petit à petit, l’oiseau fait son nid. Et quand on regarde dans nos rues, on a l’impression que ce nid est majoritairement peuplé de Tesla. Un nom qui fait débat…

Tesla, la star déchue

Il y a encore cinq ans, rouler en Tesla relevait presque du manifeste. C’était afficher une sorte d’engagement moral pour le futur. C’était être un pionnier du grand changement ! Plus qu’une marque différente, Tesla symbolisait l’entrée de l’automobile dans une ère nouvelle. Aujourd’hui, où en est ce symbole ?

Avant de faire le point sur le présent, cherchons dans le passé les origines du succès. Premièrement, il y avait une communication, brillante et, accessoirement, gratuite : Elon Musk n’avait qu’à lâcher un Tweet pour créer un buzz planétaire. Ensuite, il y avait cette promesse de rupture. Avec Tesla, la voiture électrique n’avait plus la moindre saveur de renoncement, et devenait même un objet de désir, un must have. Bien sûr, il y avait le bond technologique et l’aspect ludique de la voiture. Enfin, ajoutons un design épuré, un habitacle réduit à un écran de taille jamais vue en automobile, et des performances alors réservées aux grosses sportives.

People et glamour

Durant à peu près une décennie, Tesla a profité de cette image d’autant plus flatteuse, qu’elle était entretenue par une clientèle de stars planétaires, de DiCaprio à Clooney, en passant par Cameron Diaz, Matt Damon, Will Smith et les incontournables familles Kardashian et Beckham, à l’engagement environnemental plus ou moins sincère.

Mais aujourd’hui, à force de promesses non tenues, on commence à voir « derrière le maquillage ». Le pick-up Cybertruck devait être une révolution, il est fragile, mal fini, difficile à produire donc beaucoup plus cher que prévu, et les exemplaires invendus s’empilent en ce moment même sur les parkings. La conduite autonome ? Une chimère qui vaut à Tesla de plus en plus de soucis judiciaires. En effet, la version la plus avancée du système se nomme FSD, pour Full Self Driving. Autrement dit, conduite autonome totale. Une dénomination mensongère, si bien que les autorités américaines s’en sont mêlées. Et cela ne serait qu’anecdotique, si les systèmes (pas si) autonomes de Tesla n’avaient pas déjà quelque 50 décès à leur triste actif.

Autre problème moins dramatique : la gamme vieillit. Les Model S et Model X ont déjà plus de dix ans (elles viennent d’ailleurs d’être retirées des catalogues européens), tandis que les Model 3 et Model Y n’ont que très peu évolué depuis leur lancement. Pendant ce temps, les grandes marques charbonnent : Mercedes, BMW, Audi, Hyundai, Kia ou le chinois BYD proposent désormais des modèles tout aussi performants, mieux finis et souvent plus abordables. L’avantage technologique a presque totalement disparu.

Même le fameux « tout à l’écran », jadis salué comme un progrès majeur, se révèle être une économie mal inspirée. Comme le répète inlassablement la presse automobile, quelle que soit la marque essayée, supprimer des boutons physiques n’a rien de visionnaire, il s’agit juste d’une économie de bout de chandelle dangereuse. Tesla a pourtant vu dans cette erreur un business case supplémentaire, et a réintroduit la manette de clignotant… en option !

L’encombrant patron

Enfin, on ne peut évidemment éviter le sujet Elon Musk. C’était le visionnaire, le révolutionnaire. C’était le Steve Jobs de l’automobile. Et puis il a décidé de se mêler de liberté d’expression et de politique. Il a racheté Twitter et en a fait le canal de SA communication. À partir de là, les choses ont dégénéré. De déclaration choc en position inacceptable, l’image de Musk a basculé vers quelque chose d’obscur, réactionnaire et fascisant. Tout le contraire de la clientèle progressiste, première à adopter l’électrique, dont la réaction est soit de se débarrasser de sa Tesla, soit de protester mollement en collant un sticker anti-Musk sur le pare-chocs.

Tesla, de la révolution à la chute - Photo News/Gage Skidmore - Stéphane Lémeret
Elon Musk - Photo News/Gage Skidmore

Mais entre les problèmes techniques déjà cités et cette image en chute libre, les résultats sont tangibles : les Tesla ne valent plus rien en occasion. Donc l’investissement ne vaut le coup ni pour les particuliers, ni pour les entreprises. Donc les ventes chutent, donc le cours de l’action dévisse. Combien de temps avant que les investisseurs arrivent à pousser Musk dehors ? Difficile à dire, mais l’avenir de la marque est plus que jamais incertain.

En revanche, Tesla aura clairement fait bouger les lignes, et si aujourd’hui près d’un tiers des voitures vendues en Belgique sont 100 % électrique, c’est en grande partie grâce à Tesla, qui a réussi à faire croire au monde entier (et particulièrement aux politiciens belges) que l’électrique pour tous était possible. Quitte à avoir raison bien trop tôt car pour le moment, on est encore très loin du compte. Pas mal de Belges, notamment ceux qui habitent dans des appartements en ville, auraient en effet bien du mal à passer au tout électrique. Les infrastructures de recharge en milieu urbain sont effectivement très loin de pouvoir contenter tout le monde, et les choses ne bougent pas énormément. C’est pourtant le principal frein au développement de la voiture électrique.

Encore plus de contenu mobilité avec en vidéo notre immersion dans les coulisses des 24 h du Mans :

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